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Fureur des Vivres

Lundi 12 Mai 2008

Fureur des Vivres n° 5, mai 2008, les nourritures vagabondes

Le luxe fait-il bon ménage avec la “cuisine de rue” ? 

Street food chic 

Manger dans la rue est loin d’être une évidence en France et le fast-food à la française reste un concept à inventer ! La France est le parent pauvre de la street-food ; partout dans le monde et en Europe, notamment dans les pays anglo-saxons, les gens ne s’effraient pas de manger dans la rue quand les français préfèrent une vraie pause «déjeuner», même écourtée !
 
Pourtant sous l’impulsion d’une vie active toujours plus effrénée, la street food des étudiants mangeurs de hamburgers a séduit en quelques années les working girls et business men (vraisemblablement les mêmes qui ont vieilli !) : manger sur le chemin du bureau ou durant les séances de shopping un en-cas sain et gourmand a provoqué une évolution qualitative du fast-food : les sandwiches sont devenus chics voire gastronomiques, même si le snacking «luxe» reste une niche, un épiphénomène sur un marché parvenu à maturité et qui s’oriente sur le haut de gamme sain.
 
Il y a bientôt 20 ans, une enseigne de sandwiches hauts de gamme à emporter se créait à Paris : Lina’s importait en France l’art de vivre new-yorkais entre ses bagels et ses spécialités au pastrami. On a même pu goûter à Noël un sandwich au foie gras ! Face à une offre proposant des matières premières industrielles, Lina’s a été le premier à faire appel à des artisans et offrir à sa clientèle des produits sophistiqués, avec des recettes plus élaborées. Son concept de «sandwich sur mesure» est en soi a priori incompatible avec le «fast». Et pourtant… En 7 minutes en moyenne, on est servi et une bonne moitié de la clientèle choisit d’emporter son lunch sous le bras ! Dans la même veine, une sandwicherie avait également ouvert la voie au snacking haut de gamme : Cosi offre du pain cuit dans un four façon tandoori, fourré à la minutes d’une foultitude de bonnes choses…

Depuis, d’autres enseignes se sont installées sur le créneau du prêt à emporter haut de gamme. Cojean et ses sandwiches sains surfent sur la vague du diététiquement correct, quant à Exki, la marque affiche clairement un positionnement écolo, éthique et équitable (le credo également de A point café, la restauration rapide à Lyon, signée Alain Alexanian), avec en plus «du sain et bon» version végétarien. 

Chez Ladurée et Fauchon, on peut aussi emporter des en-cas très chic, voire carrément gastronomiques, aux garnitures parfois luxueuses : les choux et éclairs salés, toasts gourmands et pas moins de vingt tartelettes chez le premier, ou la célèbre madeleine salée à la truffe et l’insolite baguette-foie gras-fraise pour le second.
 
Et quand les chefs se lancent dans la street-food, c’est soit en détournant la cuisine de rue et en en faisant des plats chics, sophistiqués à découvrir chez eux, soit en imaginant du snacking à la hauteur de leur image. Depuis le temps que la haute gastronomie ne fait plus recette, la plupart des chefs étoilés ouvrent tour à tour restaurants branchés ou bistrots, plus rentables que les grandes tables. Dans la foulée d’une «bistrot attitude», les sandwicheries «de luxe» s’ouvrent depuis quelques années à travers l’Hexagone ; parmi les premiers à se lancer : Alain Ducasse et le boulanger Eric Kayser avec le concept BE, la «boulangerie-épicerie» car le pain est la base de cette cuisine sur le pouce à savourer en arpentant la capitale ; l’inspiration est lointaine, dans ces pays où la cuisine de rue est populaire, le pita turc est devenu le «levantin» et on trouve également un pain roulé façon sushi, héritage du parcours japonais du boulanger !
Plus récemment, les brasseries de Paul Bocuse à Lyon capitalisent également sur la qualité du pain, qui serait un peu la marque de fabrique de cette french street food : c’est un MOF boulanger qui préside à la qualité panifiée des sandwiches signés Bocuse !
 
De leur côté, les frères Pourcel avaient expérimenté il y a quelques années le snacking de luxe avec d’incroyables sandwiches de luxe à croquer sur la plage, comme le Saint-Trop, au homard, chutney d'ananas et mangue servi avec un granité de tomate verte, ou encore le Pain sushi, réalisé avec un pain craquant au lin, du thon mi-cuit au sésame, un râpé de navet au jus de citron et des copeaux de bonite séchée. Dans la foulée, ils ont créé Sens NoMade, un snack chic et urbain au cœur de Montpellier. Le lieu devient Insensé, mi-sandwicherie, mi-restaurant «classique», avec un recentrage sur des produits moins luxueux mais tout aussi gourmands.
In’sensé est aussi le titre de leur livre dédié au snacking et à l’apéro-clubbing. Le monde de la nuit adopte, et c’est assez nouveau, une nourriture rapide à grignoter du bout des doigts dans les clubs en écoutant de la musique lounge… Plus vraiment de la street food, plutôt de la dance food ! Cela correspond peut être à une tendance de fond et salutaire qui consiste à avaler tapas ou pinxos en buvant des drinks !
 
Mais le vrai luxe reste incompatible avec le caractère populaire de la street food, le gros de la restauration rapide chic se recentre sur des recettes élaborées, gourmandes et, avant tout, saines. Un peu partout dans les grandes villes fleurissent de nouveaux concepts inspirés des modèles londoniens, new-yorkais ou madrilènes. Bars à soupes, sandwicheries chic, bagels stores conjuguent rapidité avec qualité. Leurs seuls mots d'ordre : privilégier la qualité des produits, faire le plein de vitamines et équilibrer nos pauses déjeuner. Le nouveau cheval de bataille est une "street food" savoureuse et équilibrée ou "Fast good" (concept déposé par Ferran Adrià). Mais s’il ne devait rester qu’un snacking de luxe, le plus symbolique serait sans doute le sandwich à la truffe de Michel Rostang, un luxe à plus de 100 euros ! Et qui vaut bien l’omelette au caviar du Norma’s à New York ou la pizza à 1000 dollars également spécialité de la Big Apple…
 
Alors que sera le site que va prochainement ouvrir Thierry Marx à Paris ? Lui, le pape de la street food qui en a fait un rendez-vous mensuel et sans couvert dans son restaurant de Cordeillan Bages. Lui qui s’est aussi improvisé «street cooker» d’un camion à pizzas lors d’une précédente édition du Grand Fooding !
On y trouvera sûrement de l’inspiration japonaise, la culture du Soleil Levant dominant l’œuvre du chef. Mais y trouvera-t-on du foie gras et du caviar ? Rien n’est moins sûr…
 
Quelques adresses de street food chic…
Be 73, boulevard de Courcelles à Paris
Cojean 17, boulevard Haussmann à Paris
Cordeillan-Bages Route des Chateaux à Pauillac
Insensé 42, avenue St Lazare à Montpellier
Fauchon 24-26 place de la Madeleine à Paris
Ladurée 16, rue Royale/75, avenue des Champs-Elysées à Paris
Lina’s 30 boulevard des Italiens à Paris
 
Et remerciements à Rémy Lucas, agence Cate marketing, Etienne Kempf, responsable marketing de Lina’s.

Tiuscha 

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Vendredi 09 Mai 2008

La boulette, du néolithique au McDo

Fureur des Vivres n° 5, mai 2008, les nourritures vagabondes

Le burger américain n’est qu’un nouvel épisode d’une histoire longue comme l’humanité. Ou presque.

 





La boulette, du néolithique au McDo

Les gourmets sans frontière le savent bien. Toutes les cuisines du monde ont leur boulette de viande. Du soutzoukakia chypriote au nuong vietnamien, du köttbullar suédois au youvarlakia crétois, via le bitki russe et autres keftédè, kefta, kotfte ou kébbé orientaux. Bref, la boulette règne sur les popotes planétaires. C’est qu’il y a quelque chose de primitif et de rassurant dans l’aspect de cette préparation-là. La boulette de viande, c’est à la fois le néné maternel et la coucouille paternelle. Le ballon de la récré et la crotte de nez amoureusement roulée entre le pouce et l’index. La boulette, c’est aussi la transformation culinaire la plus rudimentaire certes, mais aussi la plus radicale. Car d’un bœuf sur patte à une boulette sur table, il y a un sacré boulot. Et il semble que ça fasse belle lurette que l’humanité y soit rompue.

 
Il y a quelques années, l’éditrice genevoise Michèle Stroun publiait son savant et gourmand Eloge de la boulette (ed. Métropolis, 2000), haletante balade dans l’histoire de l’art culinaire. L’affaire démarre par un cours d’archéologie spéculatif. Nous voilà en Inde en 4000 avant J-C, où brille la civilisation de Mohenjo Daro. On a déjà tout le matos pour faire à manger : des couteaux, des mortiers, des récipients à cuire. On mange de la viande, on connaît les épices, on cuit, on broie, on aromatise. D’où de probables archéo-boulettes, que l’auteur imagine avec gourmandise.
On saute ensuite chez les Romains. Le grand cuisinier d’alors, Apicius, consacre le deuxième chapitre de son Livre, le plus vieux recueil de recettes connu, aux saucisses, paupiettes, croquettes et autres… boulettes. Des boulettes de vulves de truie farcies, par exemple. Bon app’.
Des boulettes encore, toujours et partout ; dans l’Espagne musulmane, dans le Paris médiéval ou dans les cocottes des juifs d’Europe de l’Est du XIXe siècle.
 
Aussi universelle soit-elle, la boulette se montre aussi identitaire. Sa recette vous situe illico dans le cosmos. A table devant des bouboules fumantes, la famille mange du rite et de la généalogie. «Une recette transmise de génération en génération se doit d’être modifiée au passage. Chaque femme laisse une trace presque imperceptible dans une longue continuité», note Michèle Stroun.

 
Le McDo n’est plus très loin. Car de la boulette communautaire au burger mondialisé, voyez-vous, il n’y a guère qu’un coup de la paume de la main sur cette chère sphère carnée. Ronald n’a ainsi fait qu’aplatir six millénaires d’histoire culinaire. En y ajoutant deux morceaux de pain mou et des frites industrielles. En cela, le fast-food ricain s’inscrit dans une saga immémoriale. Et réalise le vieux rêve humain de manger de la viande tous les jours, tout en goûtant au pain blanc, celui des nantis. Ajoutez à cela le restaurant enfin accessible à tous, et on commence à piger le succès de la multinationale du hamburger.
 
Estèbe

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Jeudi 24 Avril 2008

Rêve de tamarin

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

Egmont Labadie, auteur des "Zinzins du Zinc" a accepté d'écrire un article très poétique sur le tamarin, dans le cadre de notre numéro de Fureur des Vivres consacré à l'amertume. Bonne lecture. 






Rêve de tamarin

C’était il y a neuf ans, nous passions notre voyage de noces à la Réunion. Entre le rougail (civet) de cabri, le rhum arrangé, les achards (salades acides, amères et pimentées), les douces lentilles de Cilaos, nos palais recevaient le don d’une nature aux cent microclimats. Au milieu, un goût un peu amer, un peu râpeux, parfois désagréable, dont on nous dit un jour qu’il provenait du tamarin.
Pouvions-nous deviner que cette structure ligneuse, c’était celle de ces grands arbres majestueux que nous voyions sur les promenades de bord de mer ? Elancé comme un baobab, certes moins grand (30 mètres), c’était donc le père de ce goût, qui me rappelait l’amertume des tanins des vins rouges du sud-ouest, mais aussi la légère agressivité de la citronnelle, ou du bâton de réglisse…
 
Les années ont passé depuis ce voyage, le tamarin est resté dans ma mémoire gustative, j’ai recherché ce goût, cru le retrouver dans certaines salades thaïlandaises…pour finalement m’apercevoir que le goût que j’associais au tamarin, c’était en fait celui des pousses de bambou. Quelle déception ! Cette amertume, cette structure ligneuse, ne provenait pas de mon grand arbre rêvé…D’un seul coup, la cristallisation s’écroulait, la pyramide du souvenir gustatif perdait sa base et retombait dans le tout-venant de la gastronomie asiatique vue d’ici, germes de soja, pousses de bambou, Suzi-Wan, etc. Mais le sentiment qui m’envahit était bien celui qui nous intéresse : l’amertume.
 
Et finalement, l’amer, cet amer de la pousse de bambou, mêlé au massalé (le mélange d’épices réunionnais) dans quelque achard dégusté dans le cirque d’un ancien volcan, cet amer, c’était le goût de la nostalgie-mélancolie d’un paradis perdu. En ce sens, mon «tamarin» était parfait : amer, très amer, assez amer, pour réveiller une conscience perdue dans les affres du plaisir d’un voyage idyllique, et pour associer son goût à la vue de ces grands arbres aux cosses amusantes, qui, quand on en suivait le tronc du regard, nous amenaient à la lune renversée de l’océan indien.
 
Pour apprécier l’amertume du tamarin :
Les supermarchés asiatiques proposent de la pâte de tamarin, sans additifs chimiques. Cette pâte a les propriétés combinées de l’airelle et du verjus, à la fois acide, amère, avec une pointe de goût de fruit rouge et un léger côté fariné, comme un kaki.
Comme l’airelle, on peut utiliser cette pâte avec un gibier : dans les sucs de cuisson de la viande, qu’elle ait été rôtie ou poêlée, il suffit de déposer une bonne cuillère de pâte de tamarin, et de la diluer progressivement, au besoin en ajoutant du vin blanc si le tout s’épaissit trop. On obtient ainsi un jus un peu sirupeux, qui relèvera la viande.

Egmont Labadie

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Mercredi 23 Avril 2008

Couleur café, Dieu que j’aime ta saveur amère

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

Fureur des Vivres ouvrira régulièrement ses colonnes à des auteurs qui ont quelque chose à dire. Ce mois-ci c'est Tiuscha qui a souhaité s'y coller.

Le café est une boisson quotidienne, voire pluri-quotidienne pour des millions d’individus ! Entre sa découverte par le monde occidental et sa popularisation, il s’est écoulé très peu de temps, contrairement au cacao, autre produit «exotique» amer qui fut longtemps un privilège et un produit de luxe !

Couleur café, Dieu que j’aime ta saveur amère

Un petit noir à travers l’histoire…
Né en Afrique équatoriale entre l’Ethiopie et le Yémen (où la légende raconte les fébrilités dansantes de chèvres surcaféinées !), le café s’est développé surtout entre le Xème siècle et le XVème siècle dans le monde arabe qui le pare de vertus médicales. Il y conquiert ses lettres de noblesse, y acquiert son nouveau nom, «kahwa», qui en arabe, évoque tantôt un vin sucré dans l’ancienne poésie, tantôt l’amour divin pour les mystiques. L’Islam proscrivant le vin, le café le remplace donc et lui subtilise son patronyme !
Boisson populaire du Caire à Constantinople et Istanbul, où fleurissent des «maisons de café», il aborde les côtes européennes via les villes portuaires comme Venise ou Marseille au début du XVIIème siècle. Vers 1669, l'ambassadeur de l'empire ottoman à Paris, Soliman Aga, vante les mérites de la boisson auprès de la haute société parisienne, en se livrant à des mises en scène que singera Molière dans son Bourgeois Gentilhomme !
 
C’est l’engouement immédiat ! Hormis l’Eglise qui voit dans cette noire et amère substance la marque du Malin, toutes les couches de la population se mettent rapidement au café. Ses vertus euphorisantes et énergisantes sont un atout pour ceux qui travaillent, de l’ouvrier à l’homme politique. Parmi les grands buveurs de café figurent Louis XV, Talleyrand, Napoléon 1er, les écrivains Voltaire, Balzac (qui l’étudia de façon approfondie) ou encore Céline, qui parle souvent du sacro-saint café-crème ou café au lait… Et bien sûr les encyclopédistes. De là à imaginer le café-boisson et le café-institution aux commandes des événements de 1789, il n’y a qu’un pas…
Les compositeurs Bach et Beethoven furent également de grands consommateurs de café, le premier lui composa même une cantate !
 
Au début du XVIIIème siècle, les Hollandais, suivis de près par les Français et les Espagnols exploitent des plantations de caféiers dans leurs colonies respectives ; de l’Afrique, le café s’installe en Indonésie, Amérique du Sud et dans les Antilles.
Il s’échange vite en bourse et devient l’une des plus importantes cotations sur les marchés mondiaux.
 
Le marché du café sous haute surveillance
Depuis 1880, le café est côté sur deux places financières principales, Londres pour les robustas et New York pour les arabicas. En dépit du maintien relatif des prix depuis plusieurs années, ce système de cotation met en péril les petits producteurs locaux, quand l’un des géants du café subit des aléas climatiques ou économiques qui font chuter les cours de quelques points. Son rôle géo-politique est capital, surtout quand on sait qu’il est contrôlé à 85% par les grandes multinationales comme Philip Morris (l’International Kraft Jacobs Suchar avec les marques Jacques Vabre, Grand’Mère, Maxwell) ou Sara Lee (Maison du café), et que cette matière première est hautement soumise à la spéculation !
D’où la naissance d’une économie «parallèle», équitable, limitant les intermédiaires et garantissant aux producteurs des prix de vente minimum. Le label Max Havelaar garantit ce seuil de survie qui donne bonne conscience aux buveurs de café !
 
Le café est aujourd’hui la deuxième matière première après le pétrole et la première denrée alimentaire échangée dans le monde, il représente 10 à 12 milliards de dollars pour environ 6 millions de tonnes produites par an ! Le Brésil est de loin le premier producteur (près de 2 millions de tonnes, soit 33 millions de sacs de café de 60 kilos puisque telle est l’unité de mesure…) et ce depuis ses débuts (à la fin du XIXème siècle, il assurait 90 % de la production mondiale) ; viennent ensuite le Vietnam, la Colombie qui à eux trois, se partagent plus de 60 % de la production mondiale.
 
Côté consommation, ce sont contre toute attente les nordiques et les hollandais qui absorbent le plus de café (de 10 à 12 kg/an per capita en moyenne), viennent ensuite les pays germanophones, puis la Belgique et la France (seulement 6 kg), le Canada, les Etats-Unis et l’Italie n’en consomment que 4 kilos. Mais ce n’est évidemment pas la même qualité de café ! Au total, 1,5 milliards de tasses sont bues chaque jour. C’est avec le thé, la principale boisson… après l’eau bien sûr !
 
On trouve sur le marché du café en grains à moudre soi-même, du café moulu ou encore lyophilisé. On trouve également du café décaféiné, dont on a extrait la caféine, avant torréfaction. A l’heure actuelle la majeure partie du café se consomme en sachet moulu mais le marché du café en capsules explose littéralement posant après la question du café équitable, celle du café écologique…
 
Culture de l’or vert
Le caféier est un arbuste dont les fleurs blanches ont un parfum délicieux rappelant le jasmin et dont les fruits rougissent à maturité. La «cerise» contient généralement 2 grains couverts d’une fine pellicule nommée «parchemin». Il existe environ 70 espèces de plantes de café connues, mais deux seulement (les plus rentables !) sont commercialisées : le Coffea Arabica (celui provenant historiquement d’Ethiopie et du Yémen et popularisé par les arabes) et le Coffea Robusta (ainsi nommé pour sa résistance aux maladies, il contient plus de caféine et de composés chlorogéniques donnant un café plus amer). Le Coffea Arabica pousse dans des zones très pluvieuses situées dans des régions de haute altitude à climat subtropical. Il représente les trois quarts de la production mondiale. Au sein de l’espèce Arabica, on compte plusieurs variétés fameuses, telles que le Moka, du nom du port yéménite dont il est originaire, ou le Bourbon, ancienne variété cultivée jadis dans les Antilles françaises.
L’Arabica est réputé donner un café plus fin, de meilleure qualité, moins amer et contenir deux à trois fois moins de caféine que le Robusta ! Mais en raison de sa fragilité, d’autres espèces ont été plantées de façon anecdotique au début du XXème siècle : Coffea Liberica et Coffea Excelsa sont deux alternatives, peu développées à ce jour. Toujours pour réduire l’incidence des maladies sur les plants de caféiers, l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) travaille à des versions hybrides et tentent d’isoler les gènes du café, notamment celui de l’amertume, notamment pour diminuer cette dernière ! Les chercheurs ont ainsi identifié une espèce (Coffea pseudozangueriae) qui a la particularité d’être naturellement dépourvue de caféine et pauvre en acides chlorogéniques, composés responsables de l’amertume.
 
Dans le cas de production de masse, les fruits sont collectés par des machines (avec un rendement variant de 200 à 700 kilos par hectare) mais récoltés à la main pour les grands crus de café. Puis vient le temps de l’extraction du grain, idéalement dans les 6 heures qui suivent la récolte, l’objectif est alors d’enlever le parchemin, cette pellicule. Une première méthode «à sec» consiste à laisser sécher les cerises au soleil 15 à 20 jours afin de récupérer le grain. L’autre méthode dite «humide» (avec ou sans enzyme) passe par le trempage dans un bain suivi du dépulpage, puis d’une fermentation permettant d’éliminer les reste de pulpes et le «parchemin». Les grains sont alors rincés et séchés. Cette opération de lavage nécessite des soins, une main d’œuvre plus importants, mais la qualité obtenue est meilleure : des expériences ont montré que la qualité de cette technique de préparation allait de pair avec une augmentation de l’acidité et de l’arôme en parallèle d’une diminution du corps et de l’amertume. Après déparchage ou décorticage, deux opérations finales de «nettoyage» du grain, le tri s’opère, différemment selon les pays. La variété bien sûr, la taille du grain, sa pureté, la méthode d’extraction dont il est issu, les divers critères de sélection garantissent aux torréfacteurs la garantie d’un grain de qualité. Fin du processus avec l’ensachage (dans les fameux sacs de 60 kilos, étalon mondial) et le stockage, puis le transport du café…
 
La torréfaction, petit traité de chimie pour comprendre «l’amer»
Les torréfacteurs s'approvisionnent tous sur les mêmes marchés de café vert. Leur première tâche est donc la sélection du café : en choisissant sa provenance (Brésil, Colombie, Cameroun, Kenya, Mexique, Costa-Rica, Jamaïque, Éthiopie, Honduras, Inde), l'espèce (Robusta ou Arabica), en vérifiant les critères définis ci-dessus et en dégustant les qualités organoleptiques du grain vert. Ils testent ainsi l’arôme et la saveur, définissent l’assemblage entre différents lots (souvent de 3 à 7 origines) et imaginent déjà quel sera le meilleur café possible, le plus équilibré (ou pas, selon le pays consommateur !). Là, tout est affaire de compétence humaine, d’expérience, de savoir-faire acquis au terme de longues années de pratique…
 
La torréfaction, action de griller le café, est un processus chimique complexe qui fait intervenir plusieurs métamorphoses créant l’arôme et la saveur. Le café vert est un composé chimique constitué de près de 250 molécules, on en trouve 800 dans le café torréfié !
Le café contient 30 % de sucre, 15 à 20 % de matières grasses, 11 % de protéines, 10 % d’eau en moyenne, des sels minéraux en faible quantité, des vitamines B1, B2, B9, E, PP, ainsi que des alcaloïdes.
Parmi ces derniers figure la caféine (plus présent dans Robusta qu’Arabica) composé azoté amer présent en trop faible quantité pour justifier l’amertume du café, qui naît essentiellement de la dégradation partielle d’acides chlorogéniques durant la torréfaction.
Autre transformation subie, le grain de café perd 20 % de son poids mais gagne 60 % de volume. Les sucres et les acides aminés vont, sous l’action de la chaleur, interagir et «caraméliser» le café, opérant un changement de couleur et d’arôme, selon la réaction de Maillard (la même que celle de cuisson des viandes, notamment, ou du beurre noisette…). C’est principalement cette réaction qui crée les molécules aromatiques du café et qui lui donne tout son arôme, tandis que le grain vert en est quasiment dépourvu, avec des notes plutôt herbacées qui rappellent le foin…
 
Le type de torréfaction, la méthode utilisée et sa durée permet aussi d’obtenir des grains plus ou moins grillés, ou grillés plus ou moins vite avec des changements radicaux quant aux qualités organoleptiques obtenues !
Jadis, on pilait et on grillait le café chez soi à la poêle ! Désormais, on torréfie dans un grilloir automatique, différent selon qu’il s’agit de processus industriel ou de technique artisanale.
Il existe tout d’abord la torréfaction traditionnelle : on chauffe le café une vingtaine de minutes à 200°C environ (avec un rendement moyen de 700 kg/heure): la torréfaction proprement dite s'effectue au cours des 10 premières minutes, le développement des arômes lors des 10 minutes suivantes. A la température de 170°, le café commence à perdre de son humidité ; sa couleur devient jaune puis rousse. Le crépitement particulier des graines permet de connaître l'état d'avancement de la torréfaction. Entre 200 et 230° commence la décomposition pyrogène et l'apparition des huiles aromatiques. La pellicule se détachant des grains est peu à peu aspirée par une soufflerie. Une fois la torréfaction achevée, les grains sont refroidis à l'air libre, par de l'eau ou par brassage d'air. Plus le refroidissement sera rapide, plus il sera efficace, les grains continuant à ce torréfier en refroidissant. Il existe une autre méthode de refroidissement, à l’eau, mais elle a pour inconvénients d’oxyder le café et de bloquer les arômes ; elle joue également un rôle dans le poids du paquet vendu !
 
La torréfaction rapide permet de torréfier 400 kilos de café en une dizaine de minutes seulement (grâce à des machines puissantes). Le café y est maintenu dans de l'air brûlant à 360°C. Puisque cette méthode s’arrête pile au moment où la réaction de Maillard commence, on obtient un café qui a certes changé de pigmentation, mais qui a perdu son acidité et gagné de l'amertume, et surtout développé à peine 30 % de ses arômes ! De plus, ce café est à une telle température qu’il ne peut être refroidi qu’à l’eau. Cette méthode est surtout employée pour les cafés destinés à la grande distribution.
 
Enfin, durant la torréfaction «flash» en 90 secondes, le café est torréfié à très haute température par un bombardement d’ondes. A cette température et à cette vitesse, les réactions de Maillard ne peuvent se produire. Le café est simplement carbonisé sur sa surface et cru à l'intérieur. Il est également refroidi à l'eau. C'est, de loin, la méthode la plus économique - les grands torréfacteurs mondiaux l’utilisent - mais aussi la plus mauvaise.
 
Pour ces différentes méthodes, des variations de temps donnent des cafés différents : on distingue la torréfaction très claire, courte, qui donne un café acide avec des arômes de pain grillé ou de céréale qu’affectionnent les américains. On parle de «torréfaction blonde» pour un café acide et sans amertume comme on l’aime dans les pays nordiques, puis de torréfaction «froc de moine», un peu moins acide et à peine plus amère pour le café apprécié en Allemagne et aux Etats-Unis.
Par une torréfaction plus longue, on développe les notes d’amertume et on diminue l’acidité.
Les Français le boivent ainsi plus équilibré, le café étant autant acide qu’amer. Au-delà on obtient une torréfaction à l’italienne avec une amertume plus prononcée, ou à la napolitaine, où l’acidité a disparu pour ne laisser que l’amertume !
 
De même, on ne torréfie pas de la même façon deux origines, deux crus de café différents : un sidamo d’Ethiopie à la saveur fruitée et acidulée doit être torréfié clair, a contrario d’un café mexicain qui supportera une torréfaction longue. La taille du grain comme son humidité et sa texture jouent un rôle dans le choix de la torréfaction.
 
Le café, à boire et à manger…
ou l’art du barista au service du plaisir et de la gastronomie
La préparation du café commencent par sa réduction en poudre. Aujourd’hui, on le consomme surtout moulu, mais d’après l’éminent critique gastronomique Brillat-Savarin (confirmé plus tard par Balzac), il semble que le fait de piler le café au mortier permette d’obtenir un café plus aromatique !
Puis, il existe différents modes de préparation de la boisson : la plus ancienne méthode, celle du café turc ou grec, est la décoction qui utilise une mouture de café extra fine, un peu d’eau et beaucoup de sucre portés à ébullition (3 ou 4 fois avec un temps de repos entre chacune).
Egalement très classique, l’infusion est encore employée, notamment par les torréfacteurs lors des dégustations professionnelles, en utilisant une cafetière à piston qui sépare le marc du liquide. La lixiviation est un genre d’infusion qui s’effectue à travers un filtre à café. Enfin, la percolation se fait à la vapeur d’eau envoyée à haute pression et nécessite une mouture très fine.
 
On utilise idéalement de l’eau de source ou une eau filtrée ; mieux vaut éviter les eaux minéralisées ainsi que les eaux calcaires, ces dernières inhibent les arômes et, surtout, abîment les machines, percolateurs ou cafetières.
Un café filtré avec une eau trop chaude sera  «brûlé», de même qu’il ne doit pas être réchauffé : la boisson devient alors amère et âpre. A contrario, avec une eau pas assez chaude, les arômes risquent de ne pas être extraits.
Le café en grains se conserve dans un sachet hermétiquement fermé au réfrigérateur, le café moulu, plutôt dans un endroit frais et sec.
 
La caféologie est au café ce que l’œnologie est au vin, elle se fonde sur l’analyse des crus, des origines de cafés, de leurs terroirs et se base sur l’art de la dégustation : l’œil, le nez, la bouche, comme pour un vin testent l’apparence, la couleur, puis le parfum et enfin, le corps, la saveur, les notes aromatiques…
Quant au barista, c’est le «sommelier du café», il connaît l’art de sélectionner les grains et de préparer cette boisson aromatique. Pas de grand café en Italie sans barista ! Cette profession y est née, s’y est institutionnalisée jusqu’à la création d’un championnat du monde, où les baristas se battent à coup de caffè latte ! Ils doivent notamment savoir préparer les spécialités de café suivantes, quelques-unes parmi les nombreuses recettes de café.
 
L’espresso est un café infusé avec de l’eau sous une pression de 9 bars, à environ 90°C. Le temps d’extraction pour une tasse d’espresso doit être compris entre 20 et 25 secondes. Cette méthode, mise au point par des anglais, a été réellement perfectionnée par des Italiens dans la première moitié du XXème siècle. L’espresso est préparé avec 7g de café pour 50 ml d’eau. Sa caractéristique, en dehors du corps et de la saveur denses, est la légère mousse dont il est coiffé.
Le caffè ristreto est un expresso concentré préparé avec moitié d’eau par rapport au premier, soit 25 ml.
Le caffè lungo est un expresso allongé avec 100 à 120 ml d’eau.
Le caffè coretto (corrigé) est un expresso auquel on ajoute quelques gouttes de grappa, d’alcool ou autre liqueur.
Le cappucino est un lungo avec du lait mousseux chaud et un petit peu de cacao en poudre.
Le vrai Cappuccino se compose d'un espresso (1/3), de lait chaud (1/3) et de lait mousseux, obtenu par pression avec la machine à espresso (1/3).
Le caffè latte est toujours un espresso doppio (double) ou lungo, voire double lungo. On verse du lait chaud (1/2) dans le café (1/2) avec peu de lait mousseux au-dessus.
Il existe aussi l’espresso con panna, le lattecino, le macchiato, le mocha, le romano, le schiumato ou encore l’affogato al caffè (une boule de glace vanille et du café chaud !)… Et tant d’autres !
L’Italie regorge de recettes de café-boisson, mais il y a aussi le café-crème ou café au lait à la française cher à l’écrivain Céline, ainsi que sa version autrichienne, le célèbre café viennois, inventé à Vienne après la défaite turque de 1683 par Kolschitzky, un polonais naturalisé autrichien : les viennois n’appréciant pas le café à la turque, il eut l’idée de filtrer le café, de le sucrer et d’y ajouter de la crème fouettée. On trouve également l’Irish coffee, sublime mélange de café, de whiskey irlandais et de crème fouettée…
Certains aiment encore ajouter des épices dans le café : vanille, cannelle, cardamome se marient fabuleusement avec le café, soit en boisson soit en cuisine…
 
Car le café se prête à de nombreuses préparations culinaires, il s’harmonise à merveille avec d’autres produits amers comme le chocolat, l’asperge, l’endive mais rehausse également le bœuf, certains poissons et le foie gras en leur conférant beaucoup de caractère !
Il accompagne aussi étonnamment les fromages : Christian Lacroix, torréfacteur installé au Québec, magnifie ainsi le fromage avec le café approprié qui devient un exhausteur voire un révélateur de saveur. Un cheddar révélera ainsi des notes d’oignons grillés et de poivre avec le café, tandis qu’un mariage manchego/café délivrera des saveurs caramélisées et d’arachides grillées et qu’un parmeggiano reggiano dévoilera des notes de miel, de noisettes grillés et de brioche au contact du café !
 
L’amertume du café est une belle amertume, suave, avec du corps et de la longueur, trop marquée elle devient un défaut : le café doit avant tout être une boisson équilibrée, mais tout cela est tellement affaire de goût…

Tiuscha
 
Sources
http://www.malongo.fr
http://www.cirad.fr
http://www.ird.fr
http://museum.agropolis.fr
http://caffe.it
http://www.vanhoutte.com
 
Et remerciements à Paul le Mens, biochimiste et expert en analyse sensorielle et à Vincent Pateux, également spécialiste en analyse sensorielle et formateur chez Malongo.

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Mardi 22 Avril 2008

L'amer peut-il être bon en sauce ?

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

Le jour où j'ai cessé de fumer, j'ai commencé à boire.

Petit raccourci provocateur, mais pas entièrement faux. Un vermouth bien frappé en sortant du bureau, s'il vous plaît !

Par une chaude fin de printemps, il y a longtemps, c'est à une terrasse de café bruissante de rires et de conversations que j'ai eu un coup de foudre pour l'amer, sous la forme un peu liquoreuse du Martini rosso.

Quoique. Fut-il réellement pour l'amer lui-même, ce coup de foudre ?... Hum, peut-être aussi pour la douceur de l'air, les derniers rayons du soleil sous les arbres, le sel des cacahuètes ou des olives, les glaçons, l'acidité du zeste de citron, bref, tout simplement pour un moment de bonheur...
Peu importe de toute façon, car, sans le moindre doute, le coup de foudre de l'époque a connu son regain en ce présent mois d'avril.

  

L'amer peut-il être bon en sauce ?

Que l'amer puisse être délicieux, je l'avais totalement oublié jusqu'à ce qu'Estèbe ait cette idée folle de nous faire tâter de l'amer durant tout un mois plein. Et que Patrick ait l'idée folle de lui dire banco !

Le seul mot d'amer m'a instantanément évoqué l'écorce de pamplemousse : l'odeur, la texture, le goût, tout là-dedans me révulse.

Mais c'est encore Estèbe qui m'a fait réaliser que je confondais en partie amertume et astringence : "
"Bien souvent d’ailleurs, les dégustateurs la confondent [l'amertume] avec l’astringence, qui est une sensation tactile (râpeuse, asséchante) et non une saveur. Méditez ça."

Alors j'ai laissé de côté mon écorce de pamplemousse pour me rappeler le velouté du Martini.
Je n'en bois plus depuis des années, j'aime mieux le vin blanc. Mais quitte à en rester au vin blanc pour l'apéritif, pourquoi ne pas faire du Martini une base de sauce, pour un magret de canard ? (J'adore le gras grillé et le goût un peu fort de la viande de canard, rien que de l'imaginer avec l'amer sucré du Martini rosso, hé hé...)

En fait, je n'avais pas racheté de Martini depuis si longtemps que je viens juste de découvrir qu'il avait changé d'aspect : la bouteille a été complètement recarrossée, elle a changé d'étiquette mais aussi radicalement de forme. Depuis quand ???




• Sauce à base de Martini pour accompagner le canard
J'ai misé à fond sur l'amer : si l'on veut savoir de quoi on parle, ne faisons pas semblant !

J'ai fait réduire le Martini dans une casserole. Quand je dis réduire, c'est vraiment réduire : de 125
ml au départ, je suis passée à seulement 25 ml.



J'ai fait des aiguillettes de canard (aucun gras, donc, ne pourra me séduire en enveloppant la chose), et déglacé la poêle avec le Martini réduit :




Arrgh, ça arrache !

Assez "laquant" comme vous pouvez le voir ci-dessous – et ça, j'aime. Mais une pointe de douceur ou de je ne sais quoi qui puisse atténuer l'amertume serait plus que bienvenue.




• L'universelle tentation sucrée
Le vermouth, le cacao, toutes ces choses très amères ont besoin de sucre pour être appréciées.
Enfin, c'est ce qu'on pense en général.


Tenez, voyez par exemple ce que font les industriels avec le Schweppes (boisson pétillante aux extraits d'écorce de quinquina et d'oranges amères).

J'ai acheté du Schweppes normal (pour le faire réduire et le mettre dans ma sauce).
J'ai pris aussi
du Schweppes
light pour comparer la saveur et l'agrément des deux : tant qu'à faire, s'ils sont aussi bons l'un que l'autre, autant n'absorber que 4,6 kcal par cannette de 33 cl, plutôt que les 119 kcal du Schweppes traditionnel.



Le light a un goût plus sucré que le "vrai" ! Unanimement jugé désagréable, excessif et traficoté par les trois adultes qui se trouvaient là hier, mais préféré par la pré-ado qui de toute façon n'a aimé aucune des deux versions ("c'est sucré pendant deux secondes et après c'est amer, pouark"). Donc les industriels font la même erreur que moi auprès des adultes, mais ils savent comment plaire aux plus jeunes : ils ajoutent du sucre, encore et encore plus de sucre, pour faire passer l'amer.

Même erreur que moi ? Oui, car j'ai fauté moi aussi. Pensant que le sucre serait un allié savoureux, j
'ai essayé de faire un condiment "solide" en remplacement de ma sauce trop amère : je voulais un genre de chutney.
Les ingrédients ? Martini réduit et poivrons grillés pour le côté amer, ananas, oignons blancs et raisins secs pour le sucre.



Et cette fois, pas question de me contenter de maigres aiguillettes ! Il s'agissait d'accompagner un magret dont j'ai mangé tout le gras.









Seule erreur : j'avais invité mon aimable compagnon à partager ma pitance. Il est entré, il a dit "ça pue !", j'ai répondu "ça vient de chez les voisins", et il a osé un "non ça vient d'ici".
Pour sa punition, je lui ai fait goûter du Schweppes réduit sur feu doux à un quart de la quantité de départ (l'odeur, c'était ça). Il a cru halluciner : "La vache, qu'est-ce que c'est amer !" Et là je l'ai regardé avec les yeux de l'amour. Il ne connaissait pas le thème et l'avait deviné tout seul.

J'ai goûté aussi, c'était (incroyablement) amer. Et ultra persistant : jusqu'à altérer
mon délicieux vin blanc du déjeuner, et me causer un retour de goût amer sur la langue à la moindre gorgée d'eau pendant plusieurs heures.

Les affronts conjugaux contre ma nourriture ne se sont pas arrêtés là. Mon chutney était trop sucré au goût de monsieur : "C'est con de mettre du sucre, j'aime pas le sucre dans la bouffe, m'a-t-il dit. Fallait mettre de l'acide."
(Que je le prenne au mot, tiens.)



Je n'aurais pas dû mettre le jus de l'ananas. C'est vrai que ça sucre trop. Je n'aurais pas dû mettre d'ananas du tout, même.

Autres versions, souvent encore un peu trop sucrées mais ça commence à devenir vraiment bon. De l'oignon, du Martini et des raisins secs.




Il faut faire cuire d'abord l'oignon (avec un peu d'eau), puis ajouter le Martini seulement à la fin – sinon l'oignon cuit mal.



Le Martini aime énormément les raisins.

Ne pas lui en donner trop toutefois, et penser à des viandes bien épicées. Avec un riz thaï ou basmati, c'est irrésistible.

Et je suis sûre qu'il faudrait chercher du côté d'un accompagnement flashy : cru, très frais, ou je ne sais pas très bien quoi mais quelque chose qui tranche et qui fasse entrer un vent de folie dans tout ça.




Pas de canard, du poulet !
Finalement – conquise par l'amer sans même m'en être aperçue – j'ai fait dimanche dernier avec mon Martini une recette vraiment top, qui a plu à tout le monde.

L'idée de départ, c'était de me débarrasser d'un beurre de cacahuètes que j'avais acheté par erreur en version onctueuse alors que je le préfère avec des morceaux. Je me suis dit "fourrons-en le poulet, ni vu ni connu et bon débarras, et ça rendra le poulet plus tendre", et ça a marché. C'était surtout super bon. Etonnamment bon. Je m'y attendais mais pas à ce point-là.

Vous voulez un récapitulatif ?


– Poulet au Martini et au beurre de cacahuètes –

1) Faire une pâte avec 3 ou 4 cuillerées à soupe de beurre de cacahuètes, du poivre en grains et un oignon émincé, quelques herbes si on veut.
2) Farcir le poulet de ce mélange.
3) Emincer un gros oignon et en tapisser un plat à four, ajouter quelques gousses d'ail en chemise, verser du Martini (et un peu de vin blanc, c'est encore meilleur).
4) Frotter tout l'extérieur du poulet de sel fin, poivre moulu et piment doux.
5) Faire cuire à 190 °C pendant 2 heures en retournant le poulet plusieurs fois de tous les côtés.



J'ai découpé mon poulet – sans oublier de me récompenser au passage, la passion du sot-l'y-laisse me perdra :

 

Avouez tout de même que... Mmmm...



Le piment doux colore la peau et la rend particulièrement savoureuse.

Le
Martini baigne le poulet pendant la cuisson. Et avec les sucs du poulet et des oignons, il nous donnera la sauce finale (rendue encore plus onctueuse par la petite quantité de beurre de cacahuètes qui s'est échappée du poulet pendant la cuisson). On filtre tout ça pour enlever les oignons et le reste. On goûte. L'équilibre est génial.

Pas encore essayé mais explorations en projet, pour continuer de faire honneur aux possibilités de l'amer :

- un poulet au Martini et au piment (du vrai piment cette fois, plus fort que le piment doux) avec des tranches d'orange – crues les tranches d'orange, pas cuites sinon ça se défait en deux secondes et ça je ne le ferai plus ; je les arroserai juste de quelques gouttes de Martini, éventuellement :

 



- un Schweppes ou un Martini bien frappés, en boisson d'accompagnement pour un canard à l'orange (peu sucré) et très épicé,

- un travers de porc grillé au Martini et aux raisins...

... et plein d'autres choses auxquelles je n'ai pas encore eu le temps de penser !


Si j'ai éprouvé une répulsion instantanée pour le thème de l'amer, je dois dire que depuis trois semaines je me suis bien amusée à essayer de sortir de cette répulsion, c'était très stimulant. Aujourd'hui, je ne vois plus l'amer de la même façon. Et je compte bien, par souci d'équité, essayer très bientôt le Noilly-Prat et... et....? (Aidez-moi, je ne connais pas d'autre marque de vermouth !).


Caroline



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Vendredi 18 Avril 2008

Cherchez l'amer sur la carte

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

Pour savoir si, comme le prétend Estèbe, l'amer est le parent pauvre des saveurs, un petit tour sur les cartes de restaurant est instructif. Interroger les chefs l'est tout autant.






Cherchez l'amer sur la carte 

J'ai rapidement interrogé 4 chefs sur leur vision de l'amer, mais aussi sur l'acceptation de cette saveur par leurs clients. Une première conclusion s'impose d'emblée, plus on va vers l'est, et plus il est facile de proposer l'amertume.

Michel Portos, à Bordeaux, considère que l'amer fait partie des saveurs équilibrantes, au même titre que l'acide. Malheureusement, hormis le chocolat et le café, il est obligé d'édulcorer l'amertume dans ses plats, les clients n'y trouvant pas leur compte. Le maximum toléré concerne l'asperge et l'endive. Foin de trévise ou de genièvre, ou par touches symboliques.

Jean-Noël Prabonne, dans le Lot-et-Garonne, n'aime pas particulièrement cette saveur lui-même, hormis dans l'artichaut qu'il utilise abondamment, ou dans le pissenlit. Pour les clients, cette saveur doit être diluée ou atténuée (foie gras avec l'artichaut par exemple) pour être acceptée par les clients. Pour preuve de la désaffection de la population vis-à-vis de l'amertume, il me suggère de trouver des bouteilles de Suze ou de Fernet-Branca de plus de 20 ans (mais où ?) et de les comparer avec la production actuelle, totalement édulcorée.

Sullivan Breton, à la frontière suissecuisine peu d'aliments amers, mais quand il se décide il ne fait pas semblant, sans contestation de sa clientèle, en majorité suisse. Il a ainsi osé l'endive cuite sous vide sans lait ni sucre avec de la vanille, ou un filet de canette des Dombes au caramel d'oranges amères.

Ivan Lavaux, entre Bresse et Bugey, apprécie la saveur amère "à temps partiel". Il considère que l'amertume est "de demi-saison", au printemps et à l'automne. Elle apporte de la fraicheur à ses plats à ces moments-là. Il faut dire qu'il ne fait pas les choses à moitié, en cuisinant l'endive avec des écorces ou des racines, de l'huile d'olive, de la ciboulette ou du gingembre, tous produits qui renforcent l'amertume du légume. Il aime associer cette saveur aux crustacés et aux poissons, et en abuse dans les desserts. Un de ses plats fétiches est un poulet de Bresse à la bière, avec des endives braisées et un risotto aux truffes, parfait contraste entre un plat tonique et une garniture suave. En fait, proche de ses clients (il ne sert que 20 couverts par service), il constate que ses clients redécouvrent l'amertume et l'apprécient.

En compulsant quelques cartes en ma possession, je trouve :
- Risotto, truffe noire et roquette à Bordeaux (le Wy)
- Biscuit à l'huile d'olive, sorbet Campari et mascarpone à Pauillac (Marx)
- Marbré de foie gras frais de canard aux endives caramélisées à Dijon (Billoux)
- Carré d'agneau poêlé, jus à la chicorée, gnocchi de pommes de terre aux truffes (Billoux encore)
- Foie gras de canard au thé vert Matcha, petits légumes au vinaigre de citron à Clermont-Ferrand (Coursol)
- Pièce de boeuf de Salers, radis noirs et pissenlis à Montreuil sur Mer (Gauthier)
- Macaron aux amandes de Barry, crémeux au chocolat Kacinkoa à Murat (Cazanave)
- Le thé de champignons en cappucino d'amandes à St Bonnet le Froid (Marcon)
- Turbot de Bretagne, jus au cidre, endives braisées aux pommes, gingembre et grenades à Chambéry (Campanella)
- Salade de roquette sauvage et cèpes crus et cuits, Parmesan Regiano, pignons, fleurs de romarin et Balsamico 12 ans à Rodez (Fau)

Je vais arrêter l'énumération pour limiter l'absentéisme si vous lisez cet article à 11 h du matin, mais on constate que l'amer n'est pas mort, mais n'a plus la place qu'il mérite.

Sacré Estèbe, il avait donc raison !

Patrick

Michel Portos, Hauterive Saint James, 33270 Bouliac, 05 57 97 06 00
Jean-Noël Prabonne, Relais de la Hire, 47600 Francescas, 05 53 65 41 59
Sullivan Breton, Jiva Hill Park Hôtel, 01170 Crozet, 04 50 28 48 48
Ivan Lavaux, Auberge de l'Abbaye, 01500 Ambronay, 04 74 46 42 54

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Mercredi 16 Avril 2008

Le houblon

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

Humulus Lupus pour les botanistes. Lupus quel drôle de nom pour une plante ! C’est la faute aux romains si elle se nomme ainsi car ils pensaient que cette plante se nourrissait de  la sève des arbres sur lesquels elle s’accrochait.



 

Le houblon

Nous savons que la bière était obtenue principalement à partir de l’orge ou de l’avoine fermentée qui furent aromatisées dès le Moyen Age avec du houblon. Méthode qui s’imposa très  vite en Allemagne centrale et septentrionale, la première houblonnière bavaroise a été installée en 737, avant de se diffuser dans toute l’Europe.



Pour améliorer le goût des céréales fermentées, les brasseurs primitifs avaient essayé toutes sortes d’aromatisations avec des herbes parfumées, d’abord des plantes sauvages, puis celles des jardins de simples. Certaines de ces plantes avaient le pouvoir d’augmenter l’ivresse comme la jusquiame ou même de rendre fou comme l’amanite tue mouche que les Vikings prenaient avant d’aller à la bataille.

Le houblon devint alors un aromate indispensable au brassage de la bière. C’était une plante sauvage qui croisait dans les pays tempérés d‘Europe, d’Asie et d’Amérique du nord. Les grecs et les romains la cultivaient comme plante médicinale et comme légume, pratique qui perdura longtemps ainsi que l’écrit Rabelais parlant des tendres pousses du houblon : «sallades avec cresson, obelon (houblon), couille à l’évêque ou cresson menu de prairie, asperges et cerfeuil …»

Pour la bière ce sont également ses propriétés médicinales qui nous intéressent et surtout la lupuline qui est le principe odorant des glandes des inflorescences du houblon. C’est la lupuline qui donne l’amertume à la bière, permet de la conserver et lui procure sa mousse. La lupuline a aussi des pouvoirs sédatifs qui en font un succédané de l’opium - le houblon appartient à la famille des cannabacées - on peut donc le fumer ou en remplir ses oreillers car le houblon possède deux vertus à première vue contradictoires : il facilite le sommeil et stimule l’appétit. C’est aussi un excellent anaphrodisiaque. Cette dernière vertu fut certainement la cause de son succès dans les jardins de simples des monastères qui développèrent sa culture partout en Europe continentale.

Comment se présente le houblon ? C’est une plante grimpante qui s’enroule toujours dans le sens des aiguilles d’une montre autour des supports auxquels il s’accroche grâce à des petits crochets, à la manière de la vigne vierge. Une tige de houblon peut atteindre 6 à 7 mètres de hauteur, c’est un couvre mur remarquable et très décoratif car ces fleurs sont très originales. D’abord les fleurs mâles et femelles poussent séparément : resserrées les unes contre les autres chez les femelles et au contraire très séparées chez les mâles qui supportent mal la promiscuité, c’est pour cela qu’en botanique on dit qu’elle est une plante dioïque. Ces fleurs ressemblent à des cônes dont les écailles sont les feuilles.

On peut récolter des cônes de houblon pendant environ une vingtaine d’années, qui est à peu près la durée de vie d’un pied de houblon et en été lorsque les cônes troquent leur couleur vert jaune contre un brun jaunâtre. On décolle le houblon de son support et on cueille les cônes que l’on fait sécher durant 5 jours en les retournant régulièrement.

Une fois sèchés, ils sont transportés à la brasserie où les cônes bouillent 2 heures durant dans le malt filtré pour lui donner son bon goût. Le brasseur choisit de faire bouillir 100 à 400 gr de cônes de houblon pour 100 litres de moût selon l’amertume qu’il désire donner à son breuvage.
Maintenant  les tiges sont jetées. C’est bien dommage car les fibres semblables à celle du chanvre servaient autrefois à faire des cordes. Calculez : combien de kilomètres de cordes on pourrait faire avec les 125 000 tonnes de houblon qui sont récoltées chaque année, en ôtant le poids des feuilles et des cônes ?
N’ayant pas de pied de houblon dans mon jardin je ne puis vous proposer de photos personnelles de cette superbe plante. Celles-ci viennent d’un site de botanique.
 
Ségolène
 

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Mardi 15 Avril 2008

La Rue

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

«C’est pas nous qui sommes à la rue, c’est la rue kétanou», ainsi que le chante le groupe «La Rue Kétanou». Puisqu’elle est à nous, la rue, profitons-en pour la découvrir.


 

La Rue


Rue de mon jardin

Ruta graveolens-L
, ruta : de la famille des Rutacées, graveolens, qui sent fort, L classée par Linné. Voila pour l’état civil. Elle porte des surnoms tellement contradictoires qu’on pourrait douter de son honnêteté, «belle fille» et «herbe de grâce», c’est plutôt attirant, mais «puante» et «abortive», ça sent le souffre, la marmite de sorcière, on en a brûlé et guillotiné pour moins que ça !
 
Cette plante, venue des Balkans et de l’Italie méridionale fut connue dès l’Antiquité. Très jolie vivace aux gracieuses feuilles polylobées qui porte des petites fleurs jaunes lumineuses, la rue pousse bien dans les terres sèches et ensoleillées et même à l’ombre dans mon jardin, son aspect est séduisant. Mais elle dégage une odeur forte et pénétrante, qui peut déplaire à certains et qui repousse les chats, les rongeurs et même les vipères (pour les langues de vipères, c’est moins efficace !).


Grappa
 
La rue dans l’assiette
Mâchez-en quelques feuilles et vous découvrirez l’amer dans toute sa splendeur. Quelques feuilles dans une salade de tomates ravivent le goût des olives de l’huile qui l’assaisonne. La rue fut d’abord l’un des ingrédients d’un condiment très prisé des romains, le moratum. Incontournable des jardins de simples, elle fait partie des plantes recensées dans le Capitulaire de Villis. Les feuilles séchées ou fraîches faisaient partie du bouquet que l’on plongeait dans les marmites de soupes et de pot au feu. Elles garnissaient également les salades, en petite quantité cependant, car à fortes doses, la rue peut-être toxique.
En raison de ses vertus apéritives, la rue entre dans la composition de vins, de vermouth. Dans la grappa, une eau de vie de marc de raisin, on fait traditionnellement infuser une branche de rue pour la parfumer.
L’huile essentielle de rue est appréciée de l’industrie agro-alimentaire et de la parfumerie car elle apporte un note semblable à celle des pois de senteur.
 
 
La rue, bonne pour la santé
Classée dans la catégorie des toniques-amers, la rue a toujours été utilisée en médecine pour faciliter la digestion et l’écoulement de la bile, et chasser les vers. Contenant de la rutine, elle est aussi vasoprotectrice. Grâce à certains alcaloïdes, la rue favorise l’acuité visuelle. Mais ce qui a fait sa funeste réputation sont ses qualités emménagogue (qui fait couler le sang) et abortive. Employée pour faire venir les règles, elle favorisait aussi les avortements, c’était la plante favorite des faiseuses d’anges.
Mais oublions cela et voyons plutôt ses côtés positifs. Elle a servi de protection contre la peste, pour des voleurs certes ... On raconte que pendant la peste de 1630 à Toulouse, 4 voleurs détroussaient sans dommage les pestiférés décédés en utilisant un masque trempé dans une décoction vinaigrée de plantes dont la rue, cette potion fut appelé le vinaigre des 4 voleurs.
 
Si vous êtes un peu paranoïaque, vous pouvez toujours vous préparer l’antidote de Mithridate en écrasant 20 feuilles de rue avec 2 noix et 2 figues sèches et un peu de sel pour vous prémunir contre d’éventuels empoisonnements.
 
«Mêlées au vin, la sauge et la rue l’empêchent de nuire.
La rue aiguise la vue,
L’infusion du fenouil, de la verveine, de la rose, de la chélidoine et de la rue l’éclaire.»
Ecole de Salerne
 
Meilleure vision avec la rue et même acuité de la vision intérieure… Nous entrons dans un autre domaine. Ses vertus stupéfiantes la faisaient apprécier de certains artistes qui en consommaient pour favoriser leur inspiration, elle permettait d’aller au-delà, on disait qu’elle agissait sur le 3ème œil.
«Mangez-moi, mangez moi, mangez moi».

Ségolène

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Vendredi 11 Avril 2008

Chaud cacao, chaud chaud chaud chocolat !

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

« Eh M’sieur, un cacao bien chaud ! Svp ! ». Cacao ou chocolat ? voilà une confusion bien ordinaire. Mais cet amalgame découle de la confusion et peut-être même de la fusion du cacao… car effectivement le cacao est une boisson à elle toute seule !





 

Chaud cacao, chaud chaud chaud chocolat !

Il y a plus de 3000 ans, les Mayas cultivaient et utilisaient le cacao à des fins thérapeutiques et religieuses. Ils en créèrent une boisson fermentée à base de fèves de cacao, de musc, de vanille et de miel. La boisson appelée «cacahuaquchtl» chez les Mayas, proviendrait du mot «cacaoyer, cacao» et avait un goût amer. Elle était épaissie avec du jus de roucou, ce qui lui donnait une couleur sang.  Cette dernière, fort appréciée des Aztèques, prit le nom de «tchocoatl», «eau amère» traduit en chocolat ! 
Ce sont des archéologues qui auraient trouvé, à Puerto Escondido au Honduras, des poteries ayant des traces de cacao datant d’il y a 3100 ans (source : reuters, nouvel observateur)
  
Posséder un cacaoyer (pour les scrabbleurs, vous pouvez aussi dire «cacaotier»), vous donne fortune et force ; pour cents fèves vous pouviez acheter un esclave ! mais il avait aussi un pouvoir aphrodisiaque…
 
C’est Cortez, qui, à défaut de l’or, rapporta en Espagne en 1527, les cacaoyers et le cacao.
Là, on y remplaça l’eau par de la crème, on y ajouta du sucre et de la vanille. Cette boisson divine permit aux espagnols de régner en monopole sur le commerce du cacao pendant plus d’un siècle.
C’est grâce aux anglais, en 1847 et plus particulièrement à la firme «Fry and Sons», que la première tablette de chocolat noir fit son apparition sur le marché. 
Puis, c’est la Suisse qui sut le mieux maîtriser la production de chocolat, d’ailleurs c'est aussi le premier pays consommateur avec 12 kg/an en 2001.  
 
Le cacaoyer : l’arbre à chocolat.
 
Le cacaoyer est un arbre des tropiques, .son pays d’origine est l’Amérique Centrale :  le Mexique, voire le Venezuela.
Il commence à produire des fruits au courant de sa quatrième année. L’arbre atteint sa maturité à 12 ans. Sa capacité de production se maintient jusqu’à environ 30 ans, parfois plus. Un arbre peut produire annuellement 25 fruits (appelés cabosses).
La cabosse contient de 30 à 50 fèves. Cette récolte correspond à environ 1 à 2 kilogrammes de fèves de cacao par arbre.
 
Aujourd’hui on le récolte dans tous les pays chauds. Les plus gros producteurs actuels de cacao sont le Brésil et la Côte d’Ivoire, puis le Ghana, le Nigeria, et le Cameroun. 

On classe les cacaoyers en deux groupes :
- les «criollos» considérés comme produisant le meilleur cru,
- les «forasteros»
auxquels s’ajoutent les «trinitarios» issus du croisement de ces deux espèces, de moins bonne qualité.

La récolte a lieu deux fois par an, au printemps et en
automne. Cela exige un travail considérable.
 
La première opération consiste à tordre doucement le pédoncule à la main, opération très délicate si on ne veut pas abîmer les boutons et les fleurs de la prochaine récolte.
 
Les fruits sont alors transportés vers un centre de traitement où va se produire la fermentation. Cette opération tue la fève et la débarrasse de son mucilage. La fermentation dure de 1 à 7 jours, réduit l’amertume et l’astringence. Ce qui a pour but de développer les arômes.
Le séchage permet de ramener le taux d’humidité des fèves fermentées de 60 % à 6 % environ ; au-dessus de cette limite, le produit peut alors se conserver sans danger et les fèves peuvent être expédiées dans le monde pour être torréfiées et développer enfin leurs arômes.
 
La torréfaction facilite aussi les opérations de concassage, de dégermage. C’est la mouture (les fèves sortent sous forme d’une pâte qui contient environ 50 % de matière grasse, 14 % de matière protéiques et 4 % d’amidon) que l’on appelle pâte de cacao qui servira de base au chocolat.
Cette pâte homogène est broyée puis raffinée pour écraser les granules, pour donner au chocolat toute sa finesse et son onctuosité.
 
Un dernier brassage dans une machine à 45 degrés, et le chocolat est prêt à être moulé et transformé au gré de l’artisan chocolatier ou de l’industrie qui le jumellera au fondant, au caramel, aux pâtes de fruit, au nougat blanc, aux liqueurs, à la praline, au gianduja, à la ganache ou en couverture… que de plaisirs gustatifs.
 
 
 
Une petite vidéo pour se détendre entre deux chapitres sérieux

Traditionnellement, le cacaoyer était cultivé sous couvert forestier, mais depuis les années 1970, la tendance va vers la culture en plein champ, ce qui entraine la déforestation puisqu’il faut déboiser pour implanter les vergers (à titre d’exemple, en 2000, 14% des forêts tropicales de la Côte d’Ivoire avaient été déboisées pour la production de cacao et en Indonésie, ce sont 170 000 hectares de forêt vierge qui ont été détruits), vive l’agriculture intensive pour une qualité médiocre…. 
Afin de contrôler cette dégradation écologique et environnementale, l’International Institute of Tropical Agriculture a décidé d’impliquer les producteurs et autres intervenants de la filière sur l’importance du concept de la polyculture et de la culture étagée en Afrique de l’Ouest.
 
"Il s’agit finalement de reproduire en agriculture le type d’écosystème des forêts naturelles. On y trouve une diversité d’espèces, de plantes de différentes tailles : grands arbres, arbustes, plantes grimpantes et plantes basses. Chaque catégorie occupe une niche écologique particulière et accueille, de surcroît, une faune différente (oiseaux, mammifères). Parmi les grands arbres, on retrouve des arbres fruitiers indigènes, des avocatiers, et une espèce de bois d’œuvre. Cette couverture permanente, tout en hauteur, offre au cacaoyer les conditions microclimatiques dont il aura besoin tout au long de son existence. À l’étage tout juste en dessous, on retrouve des bananiers et une espèce de légumineuse. Ces plantes, plus petites que les grands arbres et qui sont temporaires, protègent les jeunes plants de cacaoyers durant leurs premières années contre la violence du vent et les ardeurs du soleil. Enfin, à l’étage inférieur, se trouvent les cacaoyers.»
 
Enfin un geste écologique pour nous rappeler que sans ce contrôle nous pourrions perdre un produit euphorisant et plein de vitamine (magnésium, phosphore, potassium, manganèse, cuivre, vitamine B1,B2,B3) et qui participe aussi au processus de formation de l’ADN. (source : Santé Canada. Fichier canadien sur les éléments nutritifs, 2005)
 
Pour finir en douceur, voici une recette que j’adore faire à mes amis en disant «ce soir je vous fais un poulet au cacao» Et là, les têtes ! je vous raconte pas… faites l’expérience et vous verrez que vos amis sceptiques vous en redemanderons !!!
 
Mole Poblano.

De nombreuses recettes existent pour cette sauce mexicaine qui peut se servir avec de la dinde. Pour ma part, j’utilise du poulet.
 
1. Faire revenir dans de l’huile d’olive les piments ancho, mulatto, chipotles et pasilla, avec des graines de citrouille ou de courge, et des aromates (graines d’anis, poivre de Jamaïque, clou de girofle, bâton de cannelle).
2. Mixer le tout avec un peu d’eau, ajouter des tomates rouges et vertes, de l’ail et de l’oignon puis mixer à nouveau.
 
3. Mettre le tout dans un faitout puis cuire à feu doux 10 mn, ajouter du bouillon de volaille et cuire une vingtaine de minutes à feu doux.
4. Pendant ce temps, faites revenir vos blancs de poulet, les réserver.
5. Passer la sauce au chinois, remettre sur le feu, ajouter 2 cuillères à soupe de cacao et quelques gouttes de citron vert. Déposer le poulet et laisser mijoter 15mn à feux doux.
Puis servir avec du riz blanc et des haricots rouges.
Ce plat s’accompagne bien d’une bière un peu amère ! par pitié pas de citron vert dans la bière cela enlève tous les arômes.
 
Olivier.
 

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Jeudi 10 Avril 2008

La bière artisanale

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

« Patron, un demi ! ». Sommaire mais universelle, cette interpellation traduit bien ce que l’on attend souvent de la bière au comptoir : une boisson standard, appréciée pour ses vertus rafraîchissante mais … sans autre préoccupation de goût, d’expression ou d’origine. Heureusement, le grand marché de la bière en France connaît en son sein un phénomène bouillant, tout en saveur, originalité et diversité : la brasserie artisanale.


La bière artisanale
 

 

 
L’essor pendant la baisse
A l’heure où l’industrie brassicole déplore une baisse de la consommation (-25 % en 25 ans) et licencie, la brasserie artisanale affiche depuis quelques années une insolente progression qui vient égayer la morosité ambiante. L’aventure commence au milieu des années 80 avec la création de deux brasseries : en Bretagne, la brasserie Coreff emboîte les pas d’une petite brasserie charentaise, la « Bobtail ».
 
On ne le sait pas encore, mais il s’agit-là de l’acte fondateur du renouveau de la brasserie française. Le mouvement, lent à ses débuts, s’est emballé au point d’enregistrer plus d’une création par mois dans les années 2000, passant des 20 brasseries recensées il y a 15 ans à plus de 200 brasseries réparties sur l’ensemble du pays ! Même s’il est aujourd’hui moins spectaculaire et tend à se tasser, l’essor ne montre pas de signe d’essoufflement continuant d’enregistrer de 5 à 10% de progression annuelle.
 
Bague « décapsuleur »

Pourquoi ça mousse ?
Bien que millénaire et solidement enraciné dans les régions traditionnelles du Lyonnais, du Nord ou de l’Alsace (on dénombrait pas moins de 3.000 établissements à la fin du 19è siècle), cette culture brassicole allait décliner sous les effets combinés des guerres, des faillites et de rachats par de grands groupes à rayonnement mondial. Résultat immédiat de cette concentration en grandes unités industrielles, la richesse du paysage brassicole s’en trouvait irrémédiablement appauvrie, circonscrite à la production de masse de bières standards, au point d’en perdre sa culture, de n’enregistrer aucune création de brasserie depuis les années 40 et d’en oublier jusqu’à ses recettes de fabrication régionales !
 
La culture de la bière antérieure à celle du vin.
 
 
Petit poucet
Avant de proclamer un nouvel « âge d’or » de la bière (la France reste, en Europe, avant-dernière en terme de consommation), il convient de ne pas s’enflammer : avec moins de 200.000 hectolitres produits, toutes brasseries artisanales françaises confondues, ce mouvement fait figure de goutte d’eau, avec seulement 1% de la production nationale ! Les 20 millions d’hectolitres que représente l’ensemble du marché français étant le fait des géants industriels (principalement Heineken, Inbev et Kronenbourg) qui régissent et se partagent le marché en occupant la place dans les rayonnages et dans les cafés avec leurs marques très connues.