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Fureur des Vivres

Vendredi 01 Janvier 2010

Vendredi 25 Décembre 2009

Joyeux Noël à tous !

Fureur des Vivres n° 24, décembre 2009, le chocolat

Christian, dessinateur humoristico-actualito-politique au journal Sud-Ouest, a rejoint notre petite équipe. Il nous fera l'honneur d'un dessin chaque fois que le thème mensuel l'inspirera.






Joyeux Noël à tous




Christian


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Vendredi 18 Décembre 2009

Le chocolat en dessin

Fureur des Vivres n° 24, décembre 2009, le chocolat

Christian, dessinateur humoristico-actualito-politique au journal Sud-Ouest, a rejoint notre petite équipe. Il nous fera l'honneur d'un dessin chaque fois que le thème mensuel l'inspirera.






Le chocolat en dessin




Christian


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Lundi 23 Novembre 2009

Scène de chasse par Marcel Pagnol

Fureur des Vivres n° 23, novembre 2009, le gibier

Et maintenant, la célèbre scène de chasse raconté par Marcel Pagnol dans « a Gloire de mon père » où le petit Marcel qui s’était vu refusé d’accompagner son père et l’oncle Jules à la chasse, les suit en cachette et sauve l’honneur de son père qui n’était pas une fine gâchette.



Scène de chasse par Marcel Pagnol




« De mon côté, mon père marchait à mi-pente. Il tenait le fusil pointé devant lui, la crosse sous le coude, la main droite sur la gâchette, la main gauche sous le pontet. Il avançait à pas prudents, le dos voûté, enjambant les broussailles.

Il était beau à voir (beau et menaçant) et je fus fier de lui. Sur la pente d’en face, mon oncle suivait un chemin parallèle. De temps à autre, il s’arrêtait, ramassait une pierre, la lançait au fond du vallon, et attendait quelques secondes : le les voyait bien mieux que si j’avais été avec eux.

A la troisième pierre, un gros oiseau jaillit du fourré et fila comme une flèche vers l’arrière de la chasse. Avec une rapidité merveilleuse, l’oncle épaula, visa, tira : l’oiseau tomba comme une pierre, suivi par quelques plumes qui descendirent lentement dans le soleil.

Mon père, au pas de course, alla ramasser le gibier, et le montra de loin à l’oncle qui cria : « C’est une bécasse ! Mettez-la dans votre carnier et reprenez votre ligne, à vingt mètres de la falaise. » […]


bécasse

Tout à coup, je vis courir devant moi une sorte de poulet doré qui avait des taches rouges à la naissance de la queue. L’émotion m paralysa : un perdreau ! C’était un perdreau ! Il filmait aussi vite qu’un rat et disparut dans un cade énorme. Aveuglément je m’élançai à travers ces rameaux sans épines. Mais des plumes rouges couraient déjà de l’autre côté car le poulet n’était pas seul : j’en vis deux, puis quatre, puis une dizaine… J’obliquai alors vers ma droite ; pour les forcer à fuir vers la barre, et cette manœuvre réussit ; mais ils ne prirent pas leur vol, comme si ma présence désarmée n’exigeait pas de grands moyens. Alors, je ramassai des pierres et je les lançai devant moi : un bruit énorme pareil à celui d’une benne de tôle qui vide un chargement de pierres me terrorisa; pendant une seconde, j’attendis l’apparition d’un monstre, puis je compris que c’était l’essor de la compagnie, qui fila vers la barre et plongea dans le vallon.

Comme j’arrivai au bord de l’à-pic, deux détonations presque simultanées retentirent. Je vis mon père, qui venait de tirer, et qui suivait du regard le vol plané des belles perdrix… Mais toutes glissaient dans l’air du matin, sans le moindre frémissement…


Perdrix bartavelle

C’est alors que, d’une grande touffe de genêts surgit le béret, qui était surmonté d’un fusil. Il tira posément : la première perdrix bascula sur la gauche, et tomba, décrochée du ciel. Les autres firent un crochet vers la droite : le fusil décrivit un quart de cercle, et le second coup retentit : une autre perdrix parut exploser, et s’abattit presque à la verticale. A voix basse, je criai de joie… Les deux chasseurs, après quelques recherches, ramassèrent les victimes, qui étaient à cinquante mètres l’une de l’autre, et les brandirent à bout de bras. Mon père criait : « Bravo ! » Mais pendant qu’il mettait la perdrix dans son carnier, je le vis faire un petit saut sur place, et retirer fébrilement les douilles vides de son fusil : un beau lièvre, qui venait de lui passer entre les jambes, n’attendit pas la fin de l’opération et s’enfonça dans la broussaille, la queue en l’air, les oreilles droites…. L’oncle Jules leva les bras eu ciel :

« Malheurreux ! Il fallait recharrger tout de suite ! Dès qu’on a tirré, on rrecharrge !!! »

Mon père, navré, ouvrit des bras de crucifié et rrecharrgea trristement.


Perdrix rouge

[…] J’étais encore à cinquante pas de la barre lorsqu’une détonation retentit, puis deux secondes plus tard, une autre ! Le son venait d’en bas : je m’élançai, bouleversé de joie, lorsqu’un vol de très gros oiseaux jaillissant du vallon, piqua droit sur moi… Mais le chef de la troupe chavira soudain, ferma les ailes, et traversant un grand genévrier, vint frapper lourdement le sol. Je me penchai pour le saisir, quand je fus à demi assommé par un choc violent qui me jeta à genoux : un autre oiseau venait de me tomber sur le crâne, et je fus un instant ébloui. Je frottai vigoureusement ma tête bourdonnante : je vis ma main rouge de sang. Je crus que c’était le mien, et j’allais fondre en larmes, lorsque je constatai que les volatiles étaient eux-mêmes ensanglantés, ce qui me rassura aussitôt.

Je les pris toutes les deux par les pattes, qui tremblaient encore du frémissement de l’agonie.

C’étaient des perdrix mais leur poids me surprit : elles étaient aussi grandes que des coqs de basse-cour, et j’avais beau hausser les bras, leurs becs rouges touchaient encore le ravier.

Alors, mon cœur sauta dans ma poitrine : des bartavelles ! Des perdrix royales ! Je les emportai vers le bord de la barre -   c’était peut-être un doublé de l’oncle Jules ? […]

Comme je traversai péniblement un fourré d’argéras, j’entendis une voix sonore, qui faisait rouler les r aux échos : c’était celle de l’oncle Jules, voix du salut, voix de la Providence !

A travers les branches, je le vis. L’oncle Jules venait de la rive d’e face, et il criait, sur un ton de mauvaise humeur :

« Mais, non, Joseph, mais, non ! Il ne fallait pas tirrer ! Elles venaient vers moi ! C’est vos coups de fusil qui les ont détourrnées ! »

J’entendis alors la voix de mon père, que je ne pouvais voir, car il devait être sous la barre :

« J’étais à bonne portée, et je crois bien que j’en ai touché une !

- Allons, donc, répliqua l’oncle Jules avec mépris. Vous auriez pu peut-être en toucher une, si vous aviez laissé passer ! Mais vous avez eu la prétention de faire « le coup du roi » et en doublé ! Vous en avez déjà manqué un ce matin, sur des perdrix qui voulaient s suicider, et vous l’essayez encore sur des bartavelles, et des bartavelles qui venaient vers moi !

- J’avoue que je me suis un peu pressé, dit mon père d’une voix coupable… Mais pourtant…

- Pourtant, dit l’oncle d’un ton tranchant, vous avez bel et bien manqué des perdrix royales, aussi grandes que des cerfs-volants, avec un arrosoir qui couvrirait un drap de lit. Le plus triste, c’est que cette occasion unique nous ne la retrouverons jamais ! Et si vous m’aviez laissé faire, elles seraient dans notre carnier !

- Je le reconnais, j’ai eu tort, dit mon père. Pourtant, j’ai vu voler des plumes…

- Moi aussi, ricana l’oncle Jules, j’ai vu voler de belles plumes qui emportaient les bartavelles à soixante à l’heure ; jusqu’en haut de la barre où elles doivent se foutre de nous ! »

Je m’étais approché, et je voyais le pauvre Joseph. Sous sa casquette de travers, il mâchonnait nerveusement une tige de romarin, et hochait une triste figure. Alors, je bondis sur la pointe d’un cap de roche, qui s’avançait au dessus du vallon et, le corps tendu comme un arc, je criais de toutes mes forces : «  Il les a tuées ! Toutes les deux ! Il les a tuées ! »

Et dans les petits poings sanglants d’où pendaient quatre ailes dorées, je haussais vers le ciel la gloire de mon père en face du soleil couchant. »

Marcel Pagnol, La gloire de mon père.

 
Ségolène
 
 

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Lundi 16 Novembre 2009

Une partie de chasse par Jim Harrison

Fureur des Vivres n° 23, novembre 2009, le gibier

Jim Harrison, coureur des bois, chasseur et pêcheur, raconte dans ses œuvres quelques mémorables parties de chasse. Celle-ci se passe dans les marais de Floride où il est allé chasser avec un ami. Chasser le canard, embusqué dans des tonnes, des abris dissimulés par des branchages à la période où ces oiseaux migrateurs  se réunissent et passent en immenses vols groupés.

Une partie de chasse par Jim Harrison


Colvert

«L’aube de nouveau : une obscurité laiteuse et humide, saturée d’insectes. Durant notre attente ensommeillée à l’écluse, le gardien nous raconte que, la semaine passée, une escouade de policiers en goguette, des membres de la brigade criminelle de Miami, avaient tiré leur quota tous les jours. Puis il nous expliqua qu’il faisait trop chaud et que le temps était trop calme pour chasser le canard, que nous aurions mieux fait de rester au lit. Ou de pêcher le bar. En tant que pêcheur de truite, le considère le bar comme une variété surexcitée de carpe.

Après le long trajet désormais habituel, nous avons choisi un endroit sans trop y croire. Quand le ciel s’est éclairci, quelques canards volant très haut sont passés au-dessus de nous, mais sans s’arrêter parmi nos leurres. Nous avons alors entendu des coups de feu loin derrière nous, à un ou deux kilomètres dans les marais. D’autres coups de feu ont éclatés à quelques centaines de mètres sur la berge, mais eux aussi venaient des marais. Notre irritation augmentait chaque fois que nous voyions des vols de canards passer très haut, suivis de coups de feu nourris. Lorsque les tirs se sont espacés, mon ami m’a quitté pour faire un peu d’espionnage le long du lac. Un quart d’heure plus tard, il revenait avec un air réjoui. Caché parmi les roseaux, il avait vu un petit bateau émerger d’un chenal si étroit qu’il était invisible du lac. Nous avons chargé notre matériel, puis nous sommes partis jeter un coup d’œil à ce chenal en prenant des airs de conspirateurs.


Nette rousse

Après avoir traversé une longue rangée de roseaux, nous sommes arrivés à un petit étang, mais sans réussir à trouver le moindre abri. Puis nous avons repéré un autre chenal étroit et bientôt nous avons du enlever nos cuissardes pour pousser le bateau. L’endroit, répugnant et plein de vase, évoquait un élevage de vipères aquatiques. Perchée à l’arrière du bateau, Rain nous observait avec une curiosité mitigée. Eurêka ! Nous avons soudain débouché sur un autre étang dont le centre était occupé par un merveilleux petit abri de chasse, construit avec des feuilles de palmettes.


Sarcelle

[…]Nous avons aussitôt installé nos leurres. L’abri était exigu, nous allions presque tirer épaule contre épaule. Mon ami a repoussé la bateau dans le chenal pour le cacher et décourager d’autres chasseurs de nous suivre. Nous étions à peine installés quand les becs-ronds sont arrivés. J’étais ravi que ces canards ne se posent pas, mais viennent explorer les mieux à toute vitesse –volant de gauche comme de droite, à une vingtaine de mètres au-dessus de nous. Car cela exigeait beaucoup d’adresse de notre part. Rain était si contente qu’on avait bien du mal à la maintenir sur son perchoir lors de fréquents ratés. Elle manifestait seulement sa vraie personnalité quand elle allait chercher un oiseau, le rapportait, puis faisait aussitôt volte-face pour batifoler dans l’eau. Il me fallait alors la hisser sur la plate-forme, tandis que l’eau ruisselait dans mes manches. Je détournais ensuite le visage pendant qu’elle s’ébrouait, puis je remettais un peu d’ordre dans notre camouflage.


Souchet

Très fiers de nos exploits de fins limiers et de tireurs émérites, nous avons atteint notre quota bien avant la tombée de la nuit. Le lendemain la chance nous a souri pareillement et nous avons encore soigné nos tirs. Malgré tout nous avons perdu quelques blessés et il était troublant de regarder la chienne, guidée par l’odeur du canard, nager en décrivant des cercles de plus en plus resserrés. Les becs-ronds, les becs-bleus et d’autres variétés de canards plongeurs descendent sous l’eau lorsqu’ils sont blessés ; puis ils s’agrippent à une herbe aquatique et restent sous l’eau en attendant de se noyer. Ce seul détail m’empêche de devenir un fervent adepte de la chasse au canard, malgré tous les plaisirs que procure ce sport. […]

En ce dernier après-midi, alors que nous retournions au pavillon, nous avons bénéficié de cette chance presque providentielle qui ne sourit qu’à ceux qui passent beaucoup de temps en plein air. D’abord, le soleil devint rouge sang derrière la fumée qui montait des champs de canne à sucre incendiés par les cultivateurs. Puis ce soleil rouge se prit dans les embruns de vagues, car le mauvais temps annoncé par la météo rendait le lac très agité. Les radeaux de foulques se défaisaient sur notre passage et le premier vol des sarcelles en route vers le sud tournoya dans le ciel en une nuée rapide. »

Jim Harrison, Entre chien et loup, Okeechobee.

Ségolène


 

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Lundi 09 Novembre 2009

Portraits de chasseurs par Joseph Cressot

Fureur des Vivres n° 23, novembre 2009, le gibier

Au début du siècle dans la campagne de la région de Langres. Des personnages très différents qui permettent à l’auteur de dresser des portraits vivants d’une époque révolue.




Portraits de chasseurs par Joseph Cressot

« Si maintenant les chasseurs sont légion chez nous, de mon temps, ils étaient trois seulement, sans compter les braconniers occasionnels ou invétérés, auxquels on attribuait – trop généreusement sans doute – les coups de fusil qui sonnent avant l’aube ou dans le crépuscule, au loin dans la campagne.




Mais venons-en à nos chasseurs patentés.

Le premier était un personnage à Paris, d’où il venait chaque année pour la chasse. Gros, rouge et le poil blanc, il faisait : Boû !, Boû et l’on disait bonnement qu’il soufflait des pois. Au demeurant, un excellent homme, affable et simple, mais qui, en ces temps-là, m’apparaissait lointain et redoutable. Je lui dois la révélation du costume classique des chasseurs bourgeois : la bombe de paille à visière, la veste de toile bise ou bleue, la carnassière à filet, les guêtres à petites pattes… tout ce que j’ai retrouvé dans les dessins de Cham.

Le deuxième était un laboureur, un grand vieillard, lent de gestes, lent de paroles, et d’enjambées plus lentes encore. On prétendait qu’il connaissait tous les lièvres du finage, poids et poil, famille et gîte. Quand on allait lui commander un pour quelques festins : « Un lièvre de combien ? » disait-il, et si l’on répondait : « Un lièvre de cinq-six livres. », l’on s’attirait cette réponse : « C’est-y cinq ou c’est-y six ? » Et l’on avait le lièvre demandé.

Il allait toujours du même pas mesuré, le fusil sur le bras, dans les trèfles et les betteraves, derrière ses petites chiennes jaunes, et, presque octogénaire, il chassait encore. La taille restait droite et les jambes fermes, mais les yeux s’en allaient. S’il faut en croire la légende, un soir de septembre, il lâcha ses deux coups sur un énorme sanglier. La bête foudroyée eut un sursaut et ne bougea plus. Sans s’inquiéter, notre homme revint à la maison et commanda un tombereau. Aux lanternes, on ne trouva qu’un tas de trèfle noirci, affaissé sous les pluies.




De ce jour, il ne chassa plus.

Le troisième chasseur était mon oncle Fane. Le démon de la chasse l’avait vaincu sur le tard et il avait plus de quarante ans quand il prit son premier permis.

Mon bon oncle était maigre et noir, barbu, le dos rond. De haute taille et de petite santé, ma grand-mère en avait fait un maitre d’école, moyennant quoi, il passa largement les quatre-vingt. Nerveux et d’humeur un peu chagrine, c’était le meilleur homme du monde ; le lui dois toutes les émotions d’un chasseur, si ce n’est de peser sur la gâchette, ce que je crois négligeable.

J’étais penché sur son épaule, pendant qu’il feuilletait un de ces énormes catalogues de Saint-Etienne, qu’il hésitait entre les canons choke ou demi-choke, entre l’acier double ou triple hercule, la bure feuille-morte et le velours à côtes.

Il ne voulut point de moi à sa première sortie, trop matinale et trop émouvante, il partit seul et revint seul. Mais dans la suite, que de fois j’ai porte le carnier!

Nous allions dans la rosée du matin ou l’aridité de l’après-midi. L’oncle était un terrible marcheur, tout en nerfs et en jambes et sans graisse; en une seule course, souvent, il me faisait voir les quatre cadrans du clocher, dont celui du nord qui n’a pas d’aiguilles. Nous traquions luzernes et friches, haies et sillons et j’ai appris là ce qu’est une promenade sous le soleil dans les mottes raidies d’un labour d’été.

Mon oncle n’avait pas le flegme du vrai chasseur. Le cœur lui sautait dès que Tom ou Stop ébauchait l’arrêt. Dès l’envol ou le premier bond, il lâchait ses deux coups : pan! pan! et j’ai cru longtemps que son fusil n’avait qu’une gâchette.

Il tirait mal le lièvre qui bondit en zigzag et la caille qui file à fleur de pré. Il eut plus de chance avec les perdrix, dès qu’il réussit à vaincre la surprise du départ et à ne plus tirer dans le tas. Son premier lièvre, il le massacra au gîte, sous une touffe de pommes de terre. Suffoquant d’émotion, il lâcha ses deux coups dans la bête. Quand la poussière et la fumée se furent dissipées, il ramassa quelque chose qui n’avait plus ni tête, ni entrailles et dont la tante réussit quand même à faire un civet.

L’oncle Fane rentrait rarement bredouille, car tout lui était gibier : jusqu’au merle et à la verdière, aux noix et aux pommes tombées. Grâce à lui, j’ai su de bonne heure que l’habit de la pie est glacé de vert, que le geai a des chevrons bleus et qu’il y a de quoi trembler devant le bec d’un corbeau…

Cher oncle Fane ! Un jour est venu où il a mis, pour ne plus l’en décrocher, son fusil au râtelier. L’ortie et sycomore poussent sur les décombres de la vieille cuisine où, près de l’âtre, sur la petite table basse, il savourait son lièvre réchauffé et son fromage plus parfumé qu’un vagabond. Mais j’ai devant moi son image pâlie : on le voit debout, guêtré, la crosse sur la cuisse et tenant par les oreilles le premier lièvre qu’il ne mit pas en bouillie. Il est sérieux et modeste. En face de lui, sur un banc de pierre, la tante est assise ; elle a laissé son tricot ; elle lève la tête vers le chasseur et lui sourit. »

Joseph Cressot, Le pain au lièvre, Les chasseurs

Ségolène
 
 
 

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Lundi 12 Octobre 2009

Les fruits secs en dessin

Fureur des vivres n° 22, octobre 2009, les fruits secs

Christian, dessinateur humoristico-actualito-politique au journal Sud-Ouest, a rejoint notre petite équipe. Il nous fera l'honneur d'un dessin chaque fois que le thème mensuel l'inspirera.






Les fruits secs




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Mercredi 02 Septembre 2009

Le curry en dessin

Fureur des Vivres n° 21, septembre 2009, le curry

Christian, dessinateur humoristico-actualito-politique au journal Sud-Ouest, a rejoint notre petite équipe. Il nous fera l'honneur d'un dessin chaque fois que le thème mensuel l'inspirera.






Le curry




Christian


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Samedi 01 Août 2009

Fureur des Vivres en vacances

Fureur des Vivres n° 20, août 2009, Fureur des Vivres en vacances

Toute l'équipe de Fureur des Vivres vous donne rendez-vous le 1er septembre.

Il faut bien se reposer un peu...













Christian


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Jeudi 25 Juin 2009

La pêche en littérature et au cinéma

Fureur des Vivres n° 18, juin 2009, les poissons de lacs et de rivières

Bailleul est un jeune garçon qui habite sur les bords de la Lore et qui est un fan de pêche. Comme tout débutant il commet des erreurs et admire un vieux pêcheur dont toute la contrée chante les talents…

 

La pêche en littérature et au cinéma
 

…Ainsi Bailleul avait travaillé sous Najard. Il l’avait regardé pêcher. Najard tolérait sa présence, parce qu’il savait la faire oublier.

« Voilà, disait Najard. Ma gaule d’abord. Pas très longue, comme vous voyez : un seul pied de bambou dont j’ai coupé le scion moi-même ; c’est moi même, comme de bien entendu, qui a choisi les anneaux en porcelaine et qui les a ligaturés. Si vous voulez, je vous ferai une gaule pareille.

« Vous voyez ma soie, hein ? Tressée serré, pas d’enduit sur la soie brute ; ça glisse mieux, et ça ne vrille pas, ou ça vrille moins ; parce qu’on a beau faire, vous savez, à force que le poisson tourne, la soie finit quand même par vriller. Le mieux est d’attacher son poisson mort dans l’autre sens, de le faire tourner à rebours : ça dévrille la soie en pêchant.

Mon bas de ligne ? De la corde à guitare. Je préfère au fil d’acier qui coupe le poisson bien plus vite et qui se coupe dans fois tout seul. Tu diras qu’il est plus solide que la guitare, et c’est vrai. Mais pour moi c’est un défaut de plus, et je vas vous dire pourquoi : au lancer, faut être hardi, faut lancer, n’importe où, même sur les enrochements ; faut pas se dire qu’on peut accrocher dans les pierres, ou si on se le dit, faut l’oublier, faut s’en foutre. Hardi, je lance ! Je traîne partout, je me promène à l’aise. Si je lance en trouillard, si je traîne mon poisson comme si je marchais sur des œufs, autant plier tout de suite et rentrer… ça y est, j’ai accroché le fond, loin du bord. Si j’ai un fil d’acier solide, plus solide que ma soie, où est ce que ma ligne pêtera ? Je n’en sais rien, peut-être près de la gaule, en tout cas c’est la soie qui pêtera puisqu’elle est moins résistante que ce bon Dieu de fil d’acier. Alors, hein ? Dix, vingt mètres de bannière dans la flotte ? Au prix qu’elle est, je comprends que ça me gène. Tandis que voilà : si j’ai en bas de la ligne de la corde à guitare (moins solide que la soie, tu saisis ?) je suis tranquille, c’est la guitare qui pêtera. Et pour être davantage tranquille, je monte mon bas de ligne en deux brins : d’abord, en haut une guitare plus grosse, qui porte l’olive de plombée et les chaînettes d’émerillons ; et puis en bas une guitare plus faible qui porte jusqu’à l’hameçon. Alors ça va : si je m’accroche je sais d’avance que c’est cette guitare qui lâchera. Je peux tirer, ça n’est pas grave : «  Arrache ou casse ! Faut que ça vienne ! » Si ça casse, je ne laisserai jamais au fond que dix, vingt centimètres de guitare, un hameçon et voilà tout. Il n’y en aura pas pour dix sous ; rien qu’un brochet moyen, c’est plusieurs fois payé. »

« Je lance vous avez vu avec ma ligne lovée à terre. Sur les grèves nues, ça va tout seul : même dans les rauches, quand on fait attention, la soie coule sur les herbes et file sans se brouiller. Il n’y a que sur les enrochements, où des fois une pierre coupante, pourrait raboter au passage… Mais d’ordinaire, au bas des perrés, on n’a pas besoin de lancer loin : le brochet se tient dans la mouille, en embuscade dans les herbes, juste à quelques mètres du bord. On lance tout doux, en soulevant un peu la pointe de la gaule quand le poisson mort atteint l’eau pour qu’il fasse moins de potin à la chute. »

Ainsi Najard dispensait à Bailleul son expérience généreuse. Mais surtout il prêchait l’exemple. Chaque parole s’illustrait d’un geste. Il continuait :

« Je prends mon poisson mort de la main gauche, une ablette, comme vous voyez… Je lui passe l’hameçon dans la gueule et je lui fais sortir par l’ouïe, une fois. Et puis je recommence : dans la gueule… par l’ouïe, deux fois. Ca fait une boucle coulissante, c’est bon. Maintenant je pique l’hameçon au flanc, sur la ligne des petits points noirs, le la cale dans la chair avec la palette de la hampe, et je n’ai plus qu’à serrer la boucle, en donnant à mon mort la forme cintrée que voilà. C’est cette courbe qui lui permet de s’appuyer sur l’eau, de tourner comme s’il frétillait, lorsqu’après le lancer je ramène la ligne vers moi… Regardez ! »

Maurice Genevoix, La boîte à pêche.
 

Maurice Genevoix était un grand pêcheur d’eau douce, sur les bords de la Loire où il a passé la plus grande partie de sa vie. C’est sur les bords de ce même fleuve que pêche Bailleul, le héros de La boite à Pêche qui, dès qu’il a un moment de loisir, file lancer sa gaule pour attraper ablettes, gardons, chevesnes, suètes, brochets, anguilles et civelles, selon l’époque. C’est aussi un roman d’apprentissage, d’initiation à une certaine sagesse que procure la maitrise de la pêche.

 

Les écrivains qui vouent une passion à la pêche à la ligne ne résistent pas à la tentation de coucher sur le papier leur passion. L’un des plus célèbres est Ernest Hemingway. Que ce soient les techniques, le choix des cannes, fils et appâts, la recherche de l’endroit idéal, l’attente et la pêche proprement dite. Ils y passent des heures et des heures. Le pêcheur à la ligne est un homme à part qui vit intensément sa passion et c’est pour cela que l’on peut lire sur le seuil d’un Bed&breakfast en Ecosse : « Ici vivent des gens normaux et un pêcheur. »

La liste est longue des œuvres de ces passionnés de pêche à la mouche et vous la trouverez sur http://www.gobages.com/comu/litterature-halieutique/livres-peche.php.

Je tiens à vous signaler deux oublis sur cette liste qu’il ne faut pas manquer :

Alain Couturier, les saisons d’un pêcheur dans lequel il transforme l’art de la pêche en véritable art de vivre. Un vrai bonheur. Ce livre s’approche de l’esprit de La vie selon Gus Orviston et Itinéraire d’un pêcheur à la mouche

Et Hervé Jaouen, Chroniques irlandaises et Le Testament des Mc Govern. Un voyage en Irlande où la pêche au saumon et à la truite est une institution, un fait culturel, une sorte de religion.

Sans oublier deux polars sur fond de pêche à la mouche, La rivière de sang de Jim Tenuto et Pêche en eau trouble de Carl Hiaasen, ce dernier assez déjanté.

 

 

Au cinéma, les plus belles images de pêche que j’ai vues étaient dans le film de Robert Redford Et au milieu coule une rivière. Pêche sportive au lancer dans des eaux vives et la pêche comme salut.

J’ai aussi le souvenir d’un succulent dialogue entre Michel Simon et le petit garçon juif qu’il avait en pension dans Le vieil homme et l’enfant assis tous les deux au bord de l’eau, une canne à pêche dans les mains.

Et de Michel Serrault en Pépé la Grenouille dans Les enfants du marais où Villeret et surtout Gamblin taquinaient le poisson à des fins alimentaires. Hymne à la vie sauvage et à l’amitié.

N’étant pas une grande cinéphile, il me revient des images mais je ne sais plus dans quel film ou j’ai oublié le titre.

 

 Qu’ai-je entendu ? a feint de s’offusquer Margaret. Un droit de pêche permanent chez vous ? En plus de la Dawross ? Me voilà veuve de pêche, mon Dieu, ayez pitié de moi.

- Pardonnez-moi… Ai-je bien entendu ? Veuve de pêche ?

- Vous avez bien compris, a répliqué Edmond en souriant. Fishing widow – veuve de pêche - c’est le titre dont s’affublent les dames qui prétendent être abandonnées par leur pêcheur de mari. …

Après le déjeuner, Edmond m’a fait les honneurs de son « cabinet secret », un appentis entièrement dédié à sa passion. Les murs étaient tapissés de cannes à pêche prêtes à entrer en action, de photos souvenirs et de gravures, de vitrines à moulinets anciens, qu’il collectionnait. Un long plateau en bois rouge sur tréteaux sur servait l’établi. Deux étaux à monter les mouches y étaient fixés, face à un confortable fauteuil à roulettes, seule touche anachronique. Une valisette en carton débordait de plumes et de cous de coqs. Sur une étagère s’alignaient une bonne centaine de livres de pêche, non pas de manuels techniques barbants mais des ouvrages de grande littérature halieutique, comme je m’en apercevrais en lisant pendant l’hiver les trois livres qu’il sélectionna pour moi : A Man May Fish de Kingsmill Moore ; Fishing and Thinking de A.A. Luce ; The Seasons of a Fisherman de Roderick L. Haig-Brown.

- A Man May Fish, j’aime beaucoup ce titre, dit-il. Il se peut qu’un homme doive pêcher… Pour s’accomplir? Pour s’élever au-dessus de la condition humaine… Fishing and Thinking, pêcher et penser, vous éclairera là-dessus. C’est dans cet ouvrage, il me semble que l’on trouve la réponse à cette merveilleuse devinette : Quelle est la différence entre un croyant et un bigot ? A l’église, le bigot pense à la pêche, tandis qu’à la pêche le croyant pense à Dieu. La pêche est une philosophie, mon cher Gwendal. Mais aussi bien que le philosophe a besoin de ses jambes pour arpenter le Lycée, le pêcheur a besoin de son bras pour entrer en contact avec le Créateur. A vous à jouer, à présent !

Il a abouté les trois brins d’une canne de neuf pieds, a fixé un moulinet sur le talon, fait passer la soie entre les anneaux – et au passage, leçon de vocabulaire : soie, queue-de-rat, bas de ligne ; l’harmonie à rechercher entre l’épaisseur de la soie et la puissance de la canne-, et nous sommes allés sur la pelouse, où il m’a enseigné les rudiments du fouet. Il déroulait vingt mètres de soie avec une aisance déconcertante. Quand à moi…

Le testament des McGovern, Hervé Jaouen.
 
Ségolène
 
 

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