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Fureur des Vivres

Mardi 22 Décembre 2009

Chocolat «amer»

Fureur des Vivres n° 24, décembre 2009, le chocolat

On le voit bien, pour faire du bon chocolat, il faut privilégier la qualité depuis la culture jusqu’à la transformation et dans tous les cas prendre son temps, laisser assez de temps aux fèves pour bien fermenter, laisser un temps de conchage suffisant pour obtenir une superbe pâte de chocolat. Il faut maintenant ouvrir l’œil et le bon pour y voir clair dans la jungle des margoulins du chocolat.

Chocolat «amer»



Beurre de cacao ou graisses végétales …

Traditionnellement, les pays de la CE produisaient du chocolat contenant 35% de matière sèche de cacao et 19% de beurre de cacao. L’ouverture de la communauté européenne en 1973, 1986 et 1995 à d’autres pays producteurs de chocolat provoqua un dilemme. Dans ces pays, certains producteurs de chocolat utilisaient d’autres graisses que le beurre de cacao. D’où une évidente confusion pour les consommateurs déroutés par les ingrédients qui composaient les tablettes de chocolat, les poudres cacaotées et tous les produits à base de chocolat. Pas toujours indiqués sur les emballages, ces ingrédients nouveaux posaient problème.

Après mûres réflexions, les fonctionnaires européens pondèrent une directive qui n’allait pas vraiment dans le sens de la qualité et de la protection de la santé des consommateurs. Divulguée le 5 mars 2000, elle autorisait l’utilisation d’autres graisses que le beurre de cacao dans une proportion de 5% du poids total du produit. C’est alors que les beurres d’illipé, de karité et de shorea, les huiles de palme et de coton -qui coûtent 10 fois moins cher que le beurre de cacao- devinrent des composants ordinaires des chocolats.

… Au mépris des accords signés

Cette directive a été prise en dépit des accords internationaux sur le cacao de 1993 et des conventions de Lomé et Cotonou signées avec l’ICCO, l’Organisation Internationale du Cacao qui protègent et promeuvent l’économie du cacao et offrent des conditions favorables aux producteurs d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Ces accords visaient à promouvoir le développement et le renforcement de la coopération dans tous les secteurs de l’économie cacaoyère mondiale. L’article 33 des accords de 1993 concerne les produits de remplacement du cacao et stipule au paragraphe 1 que « les membres reconnaissent que l’usage de produits de remplacement peut nuire à l’accroissement de la consommation de cacao. A cet égard, ils conviennent d’établir une réglementation relative aux produits dérivés du cacao et du chocolat ou d’adapter, au besoin, la réglementation existante de manière qu’elle empêche que les matières ne provenant pas du cacao ne soient utilisées en lieu du cacao pour induire le consommateur en erreur. »

Et lorsque l’Assemblée Nationale ratifia en 1996 cet accord, Il était notifié dans le rapport un paragraphe spécial signalant les inquiétudes des parlementaires.

"3. L'incertitude liée à l'évolution de la réglementation européenne
L'évolution de la consommation en Europe, compte tenu de la part éminente qu'elle occupe parmi les régions consommatrices de cacao, reste cependant conditionnée par la modification éventuelle de la réglementation communautaire relative à la composition du chocolat.
Actuellement, l'utilisation de produits de remplacement du beurre de cacao n'est pas autorisée dans la fabrication des produits appelés chocolat, sauf au Royaume-Uni, au Danemark et en Irlande où une dérogation au principe communautaire permet le maintien de législations nationales admettant l'utilisation des produits de remplacement du beurre de cacao à concurrence de 5 % du poids total du chocolat. Les nouveaux Etats membres autorisent également l'utilisation de matières grasses végétales (à hauteur de 5 % pour l'Autriche et la Suède et de 10 % pour la Finlande).
Dans la mesure où cette particularité peut introduire une distorsion dans la concurrence entre pays membres, une harmonisation apparaît indispensable. Encore faut-il qu'elle ne se fasse pas dans le sens d'une remise en cause de l'exclusion des produits de substitution au beurre de cacao. A cet égard la position de la commission européenne ne laisse pas de susciter quelques inquiétudes.
Or, selon certains calculs, la généralisation de tels produits de substitution dans la limite de 5 % de la composition du chocolat pourrait entraîner une réduction de l'ordre de 140 000 à 200000 tonnes de la consommation annuelle de cacao."


Et malgré cela, la directive est passée quelques années plus tard.

Pas bon du tout

Cette autorisation d’inclure des beurres et huiles végétales est lourde de conséquences. En plus de ne présenter aucun intérêt d’aucune sorte, si ce n’est un prix de revient très bas, ces ingrédients sont dangereux pour la santé. Ils contiennent en effet des acides gras trans qui sont autant, voire plus dangereux que les acides gras d’origine animale. Ces acides gras trans sont obtenus par  l’hydrogénation des huiles végétales. Les acides gras ont alors la possibilité d’être moins fluides et de se solidifier à froid, ce qui est recherché par les fabricants de chocolat. Les acides gras trans confèrent une meilleure stabilité de conservation aux produits dans lesquels ils sont utilisés.
En fixant le cholestérol dans les artères, les acides gras trans favorisent les maladies cardiovasculaires. On les trouve en grande quantité dans les viennoiseries et les barres chocolatées et dans grand nombre de chocolats bon marché. Au Canada, ils doivent être signalés sur les emballages et sont interdits dans les restaurants de la Grosse Pomme depuis l’été 2008.
Mais les usines qui transforment le beurre de karité en Europe ou au Japon et appartiennent à Unilever qui fabrique aussi des autres barres chocolatées de toutes sortes.

Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire. Bien lire les compositions sur les emballages, fuir les chocolats trop bon marché. Contrairement à ce que nous serine J.P Coffe, pas cher ne veut pas dire bon. On le sait la qualité a un coût.

Ouvrez l’œil et le bon pour continuer à déguster du chocolat sans remord car les dérives sont aussi dans le marché du chocolat où tout n’est pas rose.

Ségolène



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Samedi 28 Novembre 2009

Pourquoi je ne sais pas cuisiner le gibier, ni le lapin

Fureur des Vivres n° 23, novembre 2009, le gibier

Tout est dans le titre...et dans le texte.









Pourquoi je ne sais pas cuisiner le gibier,


ni le lapin.

Mes oncles chassaient, mon père non et très naturellement j’ai pris les goûts de mon père. Ajoutez qu’il était passionné de tout ce qui était vivant et aurait facilement transformé la maison en zoo, s’il n’avait du en contrepartie se séparer de ma mère.

Mes oncles nous apportaient ponctuellement des perdreaux défunts dont je  promenais les morceaux bruns et secs dans mon assiette, tout en recrachant les plombs, preuves indéniables du « c’est moi qui l’ai tué », pour occuper le temps jusqu‘au moment où la technicienne de surface viendrait desservir.

Quelques années plus tard un jeune lord anglais assez séduisant si on fait l’impasse sur les boutons, m’a fait goûter du faisan, vraisemblablement bouilli entier avec sa superbe queue, accompagné de pommes de terre et d’énormes pois verts, le tout également cuit à l’eau et que l’on mange avec le dos de la fourchette. C’est à peu près le seul intérêt de fréquenter un lord, du moins à mon avis.

Puis il m’a invitée à chasser le canard : au petit jour nous sommes restés blottis à quelque distance l’un de l’autre au fond d’une barque dissimulée dans de hautes plantes britanniques. Il a tiré brillamment plusieurs coups de feu et les chiens trempés ont rapporté deux superbes canards morts de chez morts. L’un d’eux avait même les yeux clos, ce qui était assez émouvant. Fou de joie, il a enfermé les chiens dans la malle de sa voiture de sport et m’a raccompagnée chez ma logeuse. J’en ai conclu qu’il était homosexuel.



Quand sa mère m’a invitée à séjourner chez elle pour chasser la grouse, j’ai poliment décliné cette proposition. Je me voyais mal en kilt, arpentant les landes couvertes de bruyère et préméditant de tuer une volaille  qu’ils surnomment « l’idiote » tant elle est facile à chasser et à capturer. De plus l’automne n’est pas la meilleure saison pour visiter l’Ecosse où il pleut même en juin.

Cependant comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’idée, j’ai mis au point un « pâté de lapin sans lapin » qui a un énorme succès et dont je tiens la recette à votre disposition avec toutes mes excuses et l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Jacqueline
 
Crédits photos : canard, www.arasfer.com ; grouse, www.animals.howstuffworks.com
 
 
 

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Vendredi 24 Avril 2009

Agneau rosé ou vin rosé par coupage – les moutons protestent !

Fureur des Vivres n° 16, avril 2009, l'agneau

Avril est le mois des O-Vins sur FdV. L’agneau, comme le vin, peut avoir la chair blanche, rose ou rouge. Mais si le découpage de l’agneau ne surprend personne, le vin de coupage semble susciter des vives émotions. Quels sont les faits ?

 




Agneau rosé ou vin rosé par coupage – les moutons protestent !

 

Irisa aime son agneau mijoté, les Italiens aussi, Patrick propose la souris d'agneau braisée à l'ail rose de Lautrec, Estèbe le prépare mijoté avec du Xérès, Dominique explore les accords peu orthodoxes avec du blanc, mais beaucoup de Français l’aiment en viande servie rosée, avec un verre de rouge bien tannique. Question : peut-on faire un coupage et obtenir un rosé (agneau ou vin, peu importe)?

 

Pour l’agneau, tout dépend de l’âge de la bête, Ségolène nous a appris à bien distinguer entre agnelet, laiton et broutard, on remarque donc que le petit de la brebis se conjugue dans les mêmes couleurs que le vin :

  • L’agnelet de 6 semaines se nourrit de lait, sa chair est donc blanche
  • Le laiton de 3-4 mois se nourrit de lait et de fourrage, sa chair est rose
  • Le broutard de 6-9 mois se nourrit d’herbe, sa chair est rouge
 

Ainsi, pour l’agneau rosé, pas besoin de recourir à la saignée, et ne parlons pas de coupage, il suffit de prendre un agnelet bien blanc et le laisser vieillir encore 2 mois, de préférence pas dans une cave.

 

Concernant l’Agneau de Pauillac, Patrick l’a dit, il ne serait qu’un fantôme. Pourtant, je l’ai bien vu, il a bien le label rouge et l’Appellation Contrôlée, il vient de Pauillac, et il se vend pour moins de 7€ la... bouteille ! C’est le cadet du Mouton Cadet, et il est produit par un Baron. Comme tout le monde sait, le baron ou bas-rond est le quart arrière du mouton, composé de deux gigots et d’une selle.

 

Vin rosé par coupage de blanc et rouge

 

Mais revenons à nos moutons, parlons de vin rosé et de coupage. Depuis quelques semaines tout le monde s’excite en raison d’une proposition de règlement européen qui s’est répandue en version complètement distordue dans la presse traditionnelle, puis relayé par les blogueurs qui ont suivi comme des brebis.

 

Tout est parti d’un communiqué de presse très précis mais récemment remis à jour suite au tollé généré par l’original. Tout le monde s’est insurgé contre une reforme pas encore approuvée et qui ne concerne que les vins de table (sans indication géographique ou d’origine), qui permettrait de produire en Europe des vins de table rosés par coupage de vins de table blancs et rouges. Cette pratique est actuellement interdite par le règlement 1493-1999 article 42 paragraphe 6, dont je reproduis le langage un peu bruxellois : « Le coupage d'un vin apte à produire un vin de table blanc ou d'un vin de table blanc avec un vin apte à produire un vin de table rouge ou avec un vin de table rouge ne peut pas produire un vin de table. » Mais l’OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin) autorise le coupage, donc les producteurs de vin de table hors d’Europe n’ont pas de restrictions, et produisent du rosé en mélangeant du blanc et du rouge. La reforme visait donc à mettre les producteurs d’Europe dans la même position concurrentielle que leurs confrères extracommunautaires, ce qui semble parfaitement raisonnable.

 

Et pour les vins d’appellation, pour nos AOCs ? La réglementation Européenne n’a jamais interdit le coupage pour les vins d’appellation, et donc pour les AOC rien ne change ! Ce sont les appellations qui, majoritairement, l’interdisent à leur niveau, sauf bien sur en Champagne, ou des grands vins rosés sont élaborés en mélangeant chardonnay et pinot noir ; pour en citer un, le Champagne Tarlant Rosé Prestige Millésime 1998, défini par la maison comme « Rosé d'assemblage de vin blanc et vin rouge », ou bien leur Rosé Zéro, aussi issu du coupage et mentionné dans le blog d’Olif.

 

En effet, vu que pour les vins d’appellation cette reforme ne change rien, tout ce bruit est parfaitement inutile. Les représentants des producteurs de Provence affirment haut et fort que le coupage ne peut donner que des mauvais vins, alors pourquoi un tel tollé à propos de quelques vins de table « qui ne boxent pas dans cette catégorie » des AOCs, comme le dit si bien Jacques Berthomeau dans son blog? Est-ce la crainte que ces producteurs de VdT « fassent aussi bon pour moins cher » ? Ce ne serait pas difficile ! Parce que tout cela sert à distraire le consommateur de la réalité : sauf quelques exceptions, les vins de Provence n’ont jamais atteint l’image de qualité des vins du Rhône ou même celle des vins du Languedoc. La production est lourdement axée (75%) sur des rosés de qualité médiocre, souvent enrichis d’acide tartrique pour donner un peu de fraicheur à une matière première sans épine dorsale, des vins-cola qui sont agréables sous le cagnard en été avec les cigales mais qui loin de leur contexte plage finissent pour décevoir, comme l’observe Dominique. Le marché est inondé de piquettes frappées du label AOC, par exemple L’Esquinade AOC Côtes de Provence pour bien moins de 3€ la bouteille en grande surface, ou un Coteaux d’Aix pour 2,15€ sur Ooshop.com. Il ne serait pas difficile de faire un Vdt meilleur par coupage !

 

La déception peut accompagner aussi les vins de Provence réputés, surtout ceux qui ont recours à l’utilisation de ce scandaleux label officiellement reconnu mais vraiment trompeur de Cru Classé, une indication qui n’a aucun rapport avec la qualité du vin et qui ne prévoit aucun contrôle, réservé ad vitam aeternam à un cercle fermé de domaines. Voilà une autre entrave exemplaire au progrès de l’image du vin de Provence.

 

Alors, pourquoi les producteurs de vins de Provence ont-ils fait un tel bruit, allant jusqu’à publier sur leur site une trompeuse pétition anti-coupage ? Cette pétition commence en préambule avec une réitération de la version intox de la reforme : « La commission Européenne est en passe de lever l’interdiction de coupage des vins rouge et blanc pour faire un vin de couleur rose”, sans mentionner que la reforme ne concerne pas du tout les appellations de Provence, et propose au consommateur signataire « Je m’engage à défendre le rosé dont la qualité est le résultat d’une vinification et je m’oppose à ce que le rosé puisse être un mélange de vin ». Faisant croire donc qu’un vin de coupage ne peut pas être de qualité, et que le vin de Provence est menacé. Mais justement, combien de consommateurs savaient, avant cette farce, que le rosé ne se fait pas en mélangeant les deux couleurs de vin, et suite aux événements, combien savent actuellement que le Champagne rosé, lui, se fait majoritairement par coupage ?

 

Pire, l’organisme qui se veut défenseur de trois appellations provençales a voulu inscrire dans le règlement une reconnaissance des mentions en étiquette « rosé traditionnel » et « rosé par coupage », mentions facultatives à niveau de l’UE, mais qui pourraient devenir obligatoires à niveau national si le pays le souhaite (mais pas dans tous !). Sachant que la concurrence venue d’un autre pays (y compris de l’UE) ne sera pas soumise à ces obligations, cette arme pourrait bien se retourner contre les vins de Provence, comme le fait observer encore Jacques Berthomeau.

 

Le vin de Provence est bien menacé, mais pas par la réglementation Européenne ! Il suffit de lire l’article dans le Var Matin pour constater les réactions épidermiques des responsables de la filière rose locale. Incroyablement, aucun n’a pris le temps de lire le contenu de la reforme, pourtant disponible sur internet, et tous ont réagi de manière impulsive à l’intox propagé par la presse. Ajoutons l’attitude du Ministre de l’Agriculture qui, après avoir répondu favorablement en signant la proposition de reforme le 27 janvier (oui, ce sont nos ministres qui signent les règlements de conseil, pas ces « commissaires » fantômes dont parle la presse…), a vite changé d’idée en accusant « Bruxelles » d’une grave injustice !

 

Pour conclure, je déclare que j’adore les rosés de Bandol (Domaine de Terrebrune, Domaine de la Tour du Bon, Domaine Tempier, La Suffrène, Pibarnon), le Tavel du Domaine de la Mordorée, le petit rosé pétillant de Dupéré-Barrera, et quelques autres rosé de Provence non issus de coupage, mais aussi le Champagne Rosé de saignée de Boulard, et le superbe Champagne Aubry Premier Cru à Jouy-lès-Reims Brut Rosé de coupage que m’a fait découvrir le caviste du coin, Impression de Vin à Sanary, ou encore le Champagne Brut Rosé de Franck Pascal (saignée ? coupage ? en tous les cas, bon !). Et pas mal d’autres que je n’ai pas encore gouté…

 
Mike
 
ndlr (Patrick) : j'attendais ce texte de Mike pour m'exprimer sur cette affaire que j'apparente depuis le début à une vaste tarte à la crème médiatique. Et quand bien même le texte s'appliquerait aux AOC que je l'approuverais. La très grande majorité des vins de Provence rosés est constituée de grosses daubes imbuvables, issues de terres aussi vivantes que mon arrière grand-mère, mais avec beaucoup plus d'intrants chimiques qu'elle, avec des rendemens que ne renieraient pas les Alsaciens. Quelle importance alors de faire d'aussi mauvais vins avec une autre technique ? 

Toute cette affaire est orchestrée par l'interprofession des vins de Provence qui va jusqu'à s'approprier l'origine des vins rosés (mensonge patent) pour laisser accroire qu'il n'est de bon rosé que provençal. Ces gens-là n'ont pas besoin d'adversaires, leurs plus efficaces ennemis sont dans leurs rangs et gèrent la communication. On notera d'ailleurs que les très bons vignerons cités par Mike sont très discrets sur le sujet et pour cause, ils vendent leurs vins en dehors de toute polémique.

 

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Jeudi 26 Mars 2009

Mini-légumes

Fureur des Vivres n° 15, mars 2009, légumes de printemps

Petit, petit, petit
Tout est mini dans notre assiette
Mini-carotte et mini-chou
Mini-poireau et mini navet….

Aurait pu chanter Jacques Dutronc à propos de la tendance des mini-légumes.

 
Mini-légumes
 


Photo hotgame.fr

C’est la mode des légumes bonsaïs. On les trouve abondamment dans les assiettes des restaurants gastronomiques et dans les rayons frais des grandes surfaces particulièrement celles dédiées aux restaurateurs. Certains d’entre vous, mauvaise langue, pense peut-être que ces mini- légumes sont inventés pour les mini-portions de certains restaurants, une carotte de taille normale à côté d’un morceau de poisson gros comme un dé à coudre, c’est disharmonieux et plutôt que de retailler des grands légumes en plusieurs petits de la grosseur d’une olive, il est plus rapide d’en utiliser directement des petits. C’est un aspect pratique de la chose qui n’est sans doute pas à négliger.


Photo hotgame.fr

 
Une cuisine design

Mais soyons sérieux. Examinons avec attention les diverses tendances de l’alimentation. On n’invente en réalité plus rien, on recycle des idées et des recettes et on se contente le plus souvent d’améliorer ou de réinventer ce qui existe déjà, en ayant l’air de découvrir quelque chose.

Les petits légumes ça semble nouveau, ça remplace les fleurs comestibles, ras le bol de mâchouiller des capucines avec son escalope et des algues avec son poisson. Et puis c’est plus décoratif que la feuille de salade et plus original que la feuille de persil !

Comme on est de plus en plus soucieux de l’esthétique de l’assiette, le mini-légume s’inscrit parfaitement dans le désir d’un design parfait et étudié de la présentation d’un plat.

Rajoutez en plus une louche d’inspiration asiatique. La cuisine de ces pays montre depuis très longtemps, même si nous l’avons découvert que depuis peu, l’importance de la main de l’homme sur la matière. En transformant par des découpes, des techniques de culture, elle prouve que la nature est belle, qu’elle n’est qu’harmonie, surtout si on la soumet à son désir.



Photo hotgame.fr
 
Maitriser la nature

Car nous vivons dans des époques où il faut maitriser la nature. Certains torturent des arbres pour en faire des arbres nains, et d’autres bidouillent dans des labos pour modifier les gènes des graines et des plantes. Pourquoi ne pas travailler sur les graines des légumes qui s’adaptent au nanisme en vogue ou modifier simplement les méthodes culturales pour obtenir des bébés légumes ? C’est si mignon !

La plupart du temps, il s’agit de légumes tout à fait normaux, mais dont les graines sont semées très serrées et dont on effectue la cueillette avant qu’ils soient matures.

Il faut alors être sûr qu’ils sont cultivés sans apports de produits phytosanitaires, sinon ils en seront gorgés !


Photo hotgame.fr

 
Mini-portions pour ersatz de repas

Cette mode des mini-légumes correspond aussi aux manières nouvelles de concevoir son alimentation. La plupart de ces mini-légumes sont très fragiles et se conservent mal, ils sont donc mis en conserves et vendus en bocaux. C’est idéal, vous vante la réclame, pour le snacking, un terme anglo-saxon de plus que l’on peut tout simplement traduire en bon français par grignotage.

Grignoter, c’est mal, snackons plutôt, il n’y paraitra rien. Et puis lors d’un apéritif ou d’un buffet, pour un pique-nique ou un plateau télé, en grignotant des tas de mini maïs, asperges, carottes, courgettes, pâtissons, brocolis, on se donne meilleure conscience qu’avec des rondelles de saucisson, de saucisse ou de dés de fromage ! Puisqu’on nous ressasse qu’il faut en manger 5 par jour ! De plus ils sont vite préparés, pas d’épluchage, ni de découpage, une douche dans une passoire et hop dans l’assiette.


Photo hotgame.fr

 

Mini par la taille certes, par le temps qu’on consacre à les préparer aussi, mais pas par leur coût, car leurs prix sont inversement proportionnels à leur taille. Fashion fooders attention !

 
Ségolène
 
 

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Mardi 24 Février 2009

Histoire d’un test à la con

Fureur des Vivres n° 14, février 2009, coquillages et crustacés

Chaque année, alors que les beaux jours reviennent, que les touristes déboulent, les tenues s’allègent et les ostréiculteurs tremblent. C’est quand qu’elles vont crever les pauvres souris ? Parce que c’est à ces bestioles que l’on doit notre bonheur estival de déguster des huîtres en provenance du Bassin d’Arcachon.

 



Histoire d’un test à la con

 

C’est quoi ce test en quelques mots ? Accrochez-vous c’est peu ragoûtant. En même temps on est dans la science qui n’est pas particulièrement connue comme une discipline romantique. Je cite La Croix (5 septembre 2006). « Conçu en 1984 par les Japonais, leaders mondiaux en matière de toxicologie des aliments crus, le test consiste à injecter un broyat de glandes digestives (l’hépatopancréas) issues de plusieurs kilos d’huîtres dans l’abdomen de trois souris. Le broyat est en réalité un extrait de peptides (très petites protéines) liés à des lipides qui a été purifié par des méthodes de séparation chimique (chromatographie et spectrométrie de masse). Si, au bout de vingt-quatre heures, deux des trois souris meurent, le test est dit positif, le coquillage considéré comme toxique et sa vente interdite. Auparavant, la survie de la souris était mesurée au bout de cinq heures. Mais, en 2002, la Commission européenne a décidé de renforcer les contrôles sanitaires en prolongeant la surveillance jusqu’à vingt-quatre heures, de façon à prendre en compte l’effet retard de certaines phycotoxines. » C’est glam, non ? Si j’en crois une autre interprétation entendue quelque part, ce serait l’équivalent de 6 douzaines d’huîtres injectées dans le bidon des petites Mickey et Minie… 72 huîtres directement dans mes tripes, je crois que j’aurais probablement quelques douleurs ici et là. Voilà en tout cas pour la réalité scientifique.

Pour la réalité économique, c’est évidemment la cata : les 370 conchyliculteurs du Bassin d’Arcachon perdent 200 à 300 000 € par jour durant la saison estivale quand les souris calenchent (2002, 2005, 2006).

C’est après que viennent les fantasmes et que des faits indépendants mis bout-à-bout montrent une autre réalité. Parce qu’on ne sait toujours pas ce qui fait crever ces souris. Le test sert de fusible pour mesurer la présence d’une toxine dans le phytoplancton dont se nourrissent les huîtres mais sans savoir laquelle et surtout d’où et comment elle est « arrivée ». C’est parce qu’elle est aux avant-postes de la pollution (tout comme les autres crustacés) que l’huître déguste…

Le Bassin d’Arcachon est dit victime de son succès. Le plus fort taux de population senior de France sur le sud du Bassin, des besoins immobiliers grandissants (les promoteurs aimeraient sans doute beaucoup bétonner les ports de pêche sur tout le pourtour du Bassin), une industrie papetière, la peinture des bateaux de plaisance, le rejet des eaux usées, sur quoi faut-il taper pour expliquer la pollution réelle du Bassin ? Sans doute sur tout cela à la fois, d’où la complexité du sujet (et les lourds investissements nécessaires… ou les décisions politiques courageuses, c’est-à-dire impopulaires). Le sujet est suffisamment tabou pour que la rédaction de Thalassa, qui avait pris la précaution de permettre au Président de la section conchylicole de voir en avant-première un reportage sur le sujet lors du passage de l’émission à Arcachon en décembre dernier, déprogramme finalement le sujet au dernier moment. « Le meilleur moyen de tuer les ventes de fin d’année » aurait dit ce monsieur.

Ne stigmatisons pas le Bassin, c’est pareil pour l’Estuaire de la Gironde dont la pollution d’aujourd’hui tient aux mines de Decazeville (Aveyron…) dont l’exploitation est arrêtée depuis plusieurs dizaines d’années, aux arboriculteurs du Lot-et-Garonne (et d’ailleurs) et aux vignerons sur tout le bassin versant de Garonne et Dordogne (ça en fait quelques uns). Les conchyliculteurs de Marennes-Oléron n’ont qu’à bien se tenir ou à militer férocement pour que les vraies questions soient posées. Il y a un enjeu réel : à force d’accuser coquillages et crustacés de mettre en danger la vie des humains, tout finira bien par disparaître. Tout ça dans la non-réalité la plus criante : 400 personnes sont bien hospitalisées chaque année à cause des huîtres… mais parce qu’elles ne savent pas les ouvrir.

Alors que faut-il faire ? Le tout nouveau Député François Deluga (PS) élu à la faveur d’une législative partielle à l’automne dernier n’a pas manqué dès son arrivée à l’Assemblée d’interpeller Monsieur Barnier pour lui demander des nouvelles de la mise au point du nouveau test. Par charité chrétienne sans doute, il n’a pas rappelé que cela avait été promis par tous les Ministres successifs... On attend toujours la réponse du Ministre. Tout comme les sommes bloquées en ce sens par le Conseil Régional d’Aquitaine pour financer partie de ses travaux attendent de trouver une utilisation.

La dernière crise de 2006 dont nous avions narré l’épilogue sur un air de dépit tant la mascarade avait été grotesque (rappelez-vous, l’huître accusée de mort d’hommes !) n’a toujours débouché sur rien. Aucune mesure prise pour diminuer le risque d’une nouvelle crise… Juste une idée émise par mon fournisseur dominical du Marché des Chartrons à Bordeaux : remplacer les souris par des ragondins.


Alain

 

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Lundi 23 Février 2009

Saint-jacques…de Compostelle

Fureur des Vivres n° 14, février 2009, coquillages et crustacés

Avez-vous déjà dégusté une coquille Saint-Jacques crue fraîchement sortie de l’eau ? Epicuriens que vous êtes, si vous ne l’avez pas fait, vous avez tout le loisir d’en imaginer la saveur. 

 





Saint-jacques…de Compostelle
 

La Saint-Jacques est riche en valeurs symboliques au premier rang desquelles, de nos jours, l’exploitation hasardeuse des ressources de la mer nourricière. Racler le fond des mers parfois par nécessité économique de survie pour des pêcheurs précarisés pour toucher le fond abyssal d’un système qui court à notre perte avec un moteur qui s’emballe au fur et à mesure de la disparition des valeurs de l’être ou profit de celle de l’avoir.


La coquille Saint-Jacques doit, pour sa survie, rester un plat d’exception. Faites le tour des linéaires en produits surgelés, observez les provenances des coquilles fraîches et leurs conditionnements chez les grossistes vous comprendrez.


La coquille Saint-Jacques c’est aussi la rédemption des pèlerins sur les chemins de Santiago de Compostella. Les stries de la valve supérieure de la coquille rayonnent comme la lumière qui éclaire notre chemin tout en nous en donnant la direction. Ces stries sont autant de doigts qui portent les bonnes oeuvres.


Cette année pour la seconde fois j’emprunterai durant une semaine les chemins de Saint-Jacques. Les 20 à 35 km quotidiens ne sont pas de trop pour vous rappeler qu’une salade met 2 mois à pousser et que nos jambes servent surtout à marcher. Sans rentrer dans des délires mystiques c’est un bon moyen pour aller à sa propre rencontre. 


Mes pérégrinations ibériques et professionnelles m’amènent parfois à Saint-Jacques de Compostelle. J’ai par conséquent déjà touché de mon front la coquille de la Cathédrale en prévision du fait que je ne ferai vraisemblablement jamais tout le parcours.


Saint-Jacques de Compostelle c’est en quelque sorte la Bretagne locale, emprunte d’une influence celte, les galiciens sont des ibères rudes. La Galice tire une partie de ses richesses de la mer lorsqu’elle n’est pas maculée par les pétroliers.


Un des joyaux du secteur est la conserverie artisanale Ramon Peña située à 80 km de Saint-Jacques, à Ribadumia au cœur des Rias, ces avancées de mer dans les terres. Les lots de crustacées et autres poissons sont sélectionnés à la criée sur les meilleurs arrivages. Ces produits sont travaillés frais pour restituer le meilleur lors de la dégustation des conserves. Coûteux à produire autant que limités en quantités ces délices nous donnent une autre image de la mer.

 

Que la journée vous soit bonne !

Gloire au Lard et cochon qui s’en dédit.  

JF



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Vendredi 06 Février 2009

Rejetons les concombres à la mer !

Fureur des Vivres n° 14, février 2009, coquillages et crustacés

En surfant un peu sur la toile à la recherche des coquillages et crustacés, j'ai découvert le LLF. Qu'est-ce donc ?






Rejetons les concombres à la mer

Le LLF, c'est le Lobster Liberation Found, soit une bande d'illuminés américains (avec des antennes dans quelques pays européens) qui militent pour la libération des homards et contre leur souffrance lorsqu'ils sont dans les viviers des restaurants. Jusque là, ce n'est pas grave, quasiment respectable, même. Mais ce sont des adeptes des actions violentes qui détruisent les viviers, cassent les restaurants qui en possèdent et saccagent les bateaux qui les pêchent, puis vont rejeter les petites bêtes (moins qu'eux, apparemment) à la mer.

J'ai donc décidé de créer le FLC, Front de Libération du Concombre, qui souffre horriblement quand on le coupe en rondelles et qui le manifeste en dégageant une odeur nauséabonde. Nous rejetterons à la mer ces pauvres concombres, qui se retrouveront dans leur milieu naturel.


Concombre de mer emprunté à Vert de terre

J'en profite pour vous dire deux mots d'une expérience que mène Ségolène et dont elle parlera peut-être sur son blog. Mon fils est revenu vivre provisoirement chez nous le 20 décembre, en apportant quelques vivres de son appartement, dont 3 cougettes achetées en grande surface. Notons au passage que la saison de la courgette est beaucoup plus longue en supermarché que chez nos fournisseurs bios habituels qui n'en ont plus depuis belle lurette. Ces courgettes ont été mises dans le panier à légumes à température de la maison. Aujourd'hui 6 février, elles sont un peu molles, mais ne présentent aucune trace de pourriture, ce qui donne une bonne idée du paquet de saloperies qu'elles doivent contenir !

Patrick


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Mercredi 28 Janvier 2009

L'agroalimentaire nous enfume avec le cochon fumé

Fureur des Vivres n° 13, janvier 2009, le fumé

Le fumé je me le représente comme un dérivé gustatif des conséquences de la diffusion de la chaleur et de l'application de particule de fumée sur un aliment afin de le cuire par accélération artificielle d'un séchage.




L'agroalimentaire nous enfume avec le cochon fumé


Autant dire que nous sommes en face d'une mystification potentielle si nous ne sommes pas confrontés à des alchimistes aux desseins honnêtes.
Nous passons alors du fumé à l'enfumé.

L'enfumé c'est tout un chacun cédant à la crédulité normative de la massification. Cette massification qui nous amène à la standardisation, elle même d'abord cause puis conséquence de la globalisation etc... Ce n'est pas tout à fait le sujet, quoique.

Revenons en à nos cochons et regardons d'un peu plus près les répercussions induites de cette mécanique dans nos assiettes. Il en est ainsi de ces jambons séchés qui ne mettent pas plus de six mois et parfois moins entre la naissance du cochon et leur arrivée dans nos assiettes. Voici la manière
dont nous sommes enfumés dans certains cas.

Sous l'appellation "jambon de pays" nous avons le plaisir de déguster des gigots séchés issus de cochons de stabulation nourris aux aliments renforcés en protéines pour limiter la graisse au profit de la masse musculaire. Le salage est lui aussi croquignolet, en envoyant du sel nitrité au travers de l'artère fémorale, la chair va se cuire. À la dégustation, c'est du sur mesure pour les gravures de mode. Pas de gras, une surface de macadam, dont le sel exhausteur de goût, donne un peu de corps à une saveur insipide. Le top, c'est lorsque ces artisans de l'industrie précipitent ce process en accélérant le séchage par la fumaison. J'ai mal à mon cochon.

Sans traitement par de l'information, ce sont nos racines qui vont être endommagées. Nous déraciner pour labourer notre terroir afin de déchausser notre goût. Épicuriens de tous les pays unissons-nous, le bolchevisme alimentaire ne passera pas par nous.

Gloire au lard et cochon qui s'en dédit.

JF

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Mardi 23 Décembre 2008

Le Noël d’un locavore…

Fureur des Vivres n° 12, décembre 2008, furieusement fête

Petit rappel pour ceux qui vivent en ermite, le locavorisme est un concept qui consiste à manger des aliments exclusivement produits localement : doctrine importée des Etats-Unis, il peut être transposé au département voire étendu aux départements limitrophes…
 

Le Noël d’un locavore…
 
On limite souvent ses approvisionnements à 200 km autour de chez soi (là-bas, mais ici ?). L’objectif est écologique et éthique. C’est surtout une question de bon sens et de rationalisation, c’est aussi la façon coutumière de se nourrir, et que l’on a perdu de vue, urbanisation et mondialisation obligent…
 
Que sera donc le Noël d’un locavore en France ?
 
Les légumes de saison se trouvent dans toutes les fermes environnantes. On ira donc chercher les cardes d’Estèbe, les carottes, poireaux, pommes de terre et carottes, tous les choux chez le paysan d’à côté. Evidemment, en toute logique, ni petits pois, ni asperges, ni tomates, sauf à imaginer qu’il s’agit d’une production locale estivale, surgelée par vos soins !
 
La volaille fermière et le gibier sont deux denrées assez courantes en France.
 
Le foie gras se consommera bel et bien dans le Sud-Ouest qui fourmille d’élevages de palmipèdes mais également dans l’Ouest, en Alsace, et, en définitive, un peu partout puisque l’on gave les canards dans beaucoup de régions. Il en va de même pour les fermes hélicoles que l’on peut trouver à travers tout l’hexagone et qui pourvoiront en escargots les amateurs de beurre persillé.
 
On dénichera aussi localement assez aisément dinde et chapon, l’oie se faisant plus rare… En Provence, la pintade se porte bien, et la poularde dans la Bresse ! On les accompagnera de champignons, le plus noble d’entre tous, la truffe, s’achetant cependant essentiellement en terre périgourdine ou provençale, même si le « Diamant Noir » conquiert d’autres terroirs…
Quant au gibier, on le déguste partout où l’on court le sanglier, le perdreau ou le lièvre, et où l’on mène une vie de chasseurs dans les forêts et les champs…
 
En revanche pas de saumon fumé (sauf celui de l’Adour, une rareté…), ni de poisson sauvage, ni de caviar, sauf en Aquitaine bien entendu ! Pas d’huîtres, sauf sur le littoral ou en bordure des étangs de Méditerranée qui en produisent. La question du poisson et des crustacés est limitée aux chanceux qui vivent à proximité et qui bénéficient des ressources marines autant que des bienfaits de la terre ! C’est probablement ainsi que raisonnaient nos ancêtres : pourvoir aux besoins en ayant à proximité un point d’eau, une rivière ou un bras de mer, ainsi que des pâturages pour l’élevage du bétail et le potager qui nourrit la famille, le clan, le village…
 
Il faudra malheureusement également oublier le Mont d’Or hors de la Franche-Comté, le Camembert sorti de Normandie et le Roquefort au-delà de l’Auvergne. Il faudra miser sur les fromages locaux, enrichi des fruits secs qui s’y trouvent : noix en Savoie et amandes en Provence par exemple…

Quant aux vins, là encore, il vaut mieux être dans une région vinicole ! Et tant pis pour les fines bulles pour les non Champenois, il restera toujours les alcools, digestifs et pousse-café locaux !
 
Retour sur les gourmandises locales et de terroir comme la pâte de coing, les mendiants des 13 desserts provençaux, et la pompe à l’huile, fabriquée par vos mains à base de farine et d’huile issue de moulins locaux. Reste le sucre… Le locavorisme accepte quelques entorses qui n’autorisent cependant pas à se précipiter sur les litchis asiatiques ou les merveilleux ananas Victoria de La Réunion. Exit les fruits exotiques, vive les fruits de saison et de pays !

Seul point noir de taille : le locavore pur et dur refusera-t-il de savourer un chocolat élaboré avec des fèves vénézueliennes, accompagné d’un café grand cru indonésien ou jamaïcain ?

Personnellement, je ne saurais faire un tel sacrifice, manger local oui, cuisiner le terroir certes, mais se refuser les plaisirs conquis au fil des siècles, abdiquer les voluptés d’un grand chocolat produit à des milliers de kilomètres, impossible !

Tiuscha

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Jeudi 18 Décembre 2008

Les oranges de tante Jeannine

Fureur des Vivres n° 12, décembre 2008, furieusement fête

Message personnel du rédac'chef à JF, nouveau contibuteur régulier : "tant que je n'ai pas ta photo, je ne peux pas demander à Flore de te croquer"

Les oranges de tante Jeannine
 
Lorsque l’automne revêt ses habits de rigueur, le ciel est bas comme pour laisser la froidure attendue s’installer pour de longs mois d’hiver. Le bois qui crépite dans les cheminées laisse échapper, au travers des essences consumées, une délicieuse odeur de chaleur, celle de l’âme du village.
 
Parés, calfeutrés,  nous attendons l’hiver redouté comme la récompense d’un labeur de fourmis durant l’été. C’est sans toute aussi pour cela que nous sommes repliés sur nous-mêmes dans l’est. Mais l’hiver ne nous fait pas peur, nous jouons avec lui comme un matador avec le taureau dans l’arène. Notre arène c’est la forêt, nos taureaux, ce sont les sangliers. C’est aussi notre forêt qui va égayer de ses sapins nos demeures de son vert résineux savoureusement mentholé.
 
Alors que la neige commence à tournoyer, les enfants emmitouflés sortent de l’école tout émoustillés par la perspective de fêter « la Noël » en préambule à ces quelques jours de congé. Les cris de bonheur sortent la rue de sa torpeur tandis que les mamans veillent au retour de leurs chérubins.
 
Empruntée au paganisme, fête chrétienne par excellence, Noël est aujourd’hui la fête du consumérisme et de ses dérives. Mais Noël reste et restera pour les initiés, la naissance, la vie et le partage. Ma tante Jeannine, épicurienne devant l’Eternel, du haut de ses 85 hivers ne conserve pas un souvenir impérissable des agapes de Noël. La veillée était entrecoupée par la messe de minuit dont l’issue était saluée par un chocolat chaud crémeux du lait de nos vaches à l’intérieur duquel nos anciens, alors jeunes, trempaient leur traditionnelle brioche du dimanche en attendant que les moules à gaufres soient à température dans la cheminée. Les plus chanceux avaient droit à un cadeau plus précieux, un cadeau venu des portes de l’Orient, acheminé sur plus de 500 lieues, un soleil couchant aux effluves mystérieuses, une orange d’Andalousie. Le jour de Noël était un dimanche presque comme les autres, la fête de référence était alors Pâques. La nativité, même enfantée par des voies impénétrables, n’atteint pas le mystère de la résurrection.
 
Pour ma part j’invite tous les gens bons, croyants, athées ou non-alignés à conserver religieusement le rituel épicurien de Noël.
 
Une belle table avec des mets choisis ce qui ne veut pas forcément dire chers, mais avec des êtres chers et des flacons d’honnête facture, serviront de réceptacle à la communion comme exutoire, le temps de l’instant, de nos tensions structurelles.
 
Gloire au lard et cochon qui s’en dédit.
 
Joyeuses fêtes !

JF  
 
 

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