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Fureur des Vivres

Mercredi 30 Septembre 2009

Le Curry selon Gérard Vives

Fureur des Vivres n° 21, septembre 2009, le curry

Mes origines partiellement anglaises ne m’ont pas prédispose génétiquement pour les plats issus de ces poudres pré-mélangées commercialisées sous le nom de « curry », et que je soupçonne être l’équivalent de la sauce « bolognaise » en boite qu’aucun italien digne d’un minimum de respect n’oserait acheter. J’étais donc curieux de savoir quelle est la vérité derrière le mot « curry », et n’ayant jamais voyagé en Inde, j’ai préféré m’adresser à Gérard Vives, qui a parcouru ce pays à la recherche des meilleures épices. Je lui ai posé quelques questions par téléphone, entre deux trains ou avions (de mon côté aussi bien que du sien).

 

Le Curry selon Gérard Vives



 

Le curry est en effet un concept européen, un terme rarement utilisé en Inde. Chez nous, sous l’influence des « curry powders » créés pour le marché anglais, le mot désigne une recette indienne qui utilise un mélange d’épices appelé curry mais en vérité nommé « masala ». Les plus connus sont ceux de Madras, mais chaque région possède sa formule qui peut varier selon la religion, et en plus chaque famille y donne une empreinte unique. Comme dans le Maghreb, où le mélange d’épices plus connu s’appelle Ras el Hanout, la recette est classée secret familial.

 

Les familles Indiennes ont l’habitude de mélanger leurs épices sur une pierre volcanique rugueuse qu’ils réchauffent pour exalter les parfums de leurs ingrédients (gingembre, coriandre, cardamome, curcuma, piment, cannelle, poivre etc.). On utilise un rouleau en pierre pour réduire les épices en poudre.

 

Selon une idée reçue assez courante, les goûts forts et brulants seraient typiques des familles indiennes moins aisées, pour lesquelles l’épice sert à masquer les éventuels mauvais goûts de matières premières pas terriblement fraiches. Mais l’Inde a bien le goût du fort, et si les familles pauvres mangent plus relevé, c’est que les meilleures épices sont couteuses, et le piment reste un des produits moins chers et accessible à tous.

 

Et l’Inde moderne, l’Inde du G20 avec sa nouvelle classe moyenne riche et occidentalisée ? Bien, il semblerait que le McDo indien utilise lui aussi les masala, mais il a du mal à percer parce que, comme en Italie, le « street food » pas cher et gouteux à toujours existé dans ce pays. Les riches indiens n’ont pas le temps de préparer leurs mélanges d’épices à la maison, ils sous-traitent cette tache délicate à une cuisinière qui maintient pour eux l’ancienne tradition. Et de temps en temps ils sortent dans les quartiers chics de Mumbai, où font fureur les restaurants… italiens !

 

Si le Japon base sa cuisine sur la qualité et les caractéristiques intrinsèques du produit, en Inde c’est le parfum qui compte. Le masala d’épices est incorporé dans le ghee (beurre clarifié) qui en fixe les arômes. Dans les plats plus complexes il peut y avoir des mélanges différents qui seront ajoutés au ragoût en plusieurs étapes. Mais le principe essentiel est que le produit en Inde cède son goût d’origine afin de prendre le goût de l’épice.

 

Ce principe de transformation des produits est en effet très lointain de nos cuisines Européennes. Cela explique en partie pourquoi les cuisines « fusion » tendent à suivre les influences de pays comme le Japon, qui ont une notion de terroir similaire à la notre, plutôt que l’Inde.

 

Gérard Vives est connu pour son travail rigoureux et original sur les épices, le poivre en particulier. Il anime son blog Cuisine et Epices , lieu parfait pour connaitre le travail de ce restaurateur sans restaurant. Grâce à lui, j’ai pu apprendre à utiliser les épices un peu plus intelligemment, surtout le poivre, qui peut sembler un exemple banal mais qui en effet cache une complexité que peu de gens connaissent, y compris chez les professionnels de la cuisine. Gérard ajoute que même les herbes aromatiques de chez nous ne sont pas si bien connues et mériteraient un peu d’attention dans les dosages.

 

En effet, nous ne sommes pas habitués aux épices ; nous mettons un peu de cannelle dans la tarte aux pommes, nous mettons du poivre partout mécaniquement sans réfléchir, mais si l’épice s’appelle « cardamome » nous sommes un peu perdus. Afin de nous aider dans cet art des épices, Gérard prépare des mélanges prêt-à-poudrer pour poisson, légumes, volailles, viandes, agneau et même crème brulée, pain d’épices et crumble (voir son Comptoir des Poivres). Mais attention, les « Easy Spices » ne sont pas comme les « curry powder », les résultats sont surprenants, et le but n’est pas d’annihiler le goût des viandes et des légumes de nos terroirs, mais plutôt de les rehausser avec subtilité, en gardant le bon équilibre de chaque composante aromatique et en l’adaptant à nos palais. C’est une bonne façon d’apprendre la complexité et les bonnes manières dans l’utilisation des épices.

 
Mike
 
  

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Vendredi 26 Juin 2009

Poissons d'eau douce : Bernard Charret a quelque chose à dire

Fureur des Vivres n° 18, juin 2009, les poissons de lacs et de rivières

Petite interview fort instructive de Bernard Charret à propos des poissons d'eau douce.






Poissons d'eau douce : Bernard Charret a quelque chose à dire

Patrick Chazallet : Tu travailles beaucoup les poissons d'eau douce, pourquoi ce choix ?

Bernard Charret : Mon idée du métier de restaurateur est que je dois mettre en valeur le patrimoine de ma région ; or, elle est pleine d'eau. Ce n'est ni une question de style, ni une mode, je prolonge ce qu'il y a autour de moi.

PC : Quels poissons proposes-tu aux clients ?

BC : Bien entendu les 4 poissons autochtones qu'on trouve dans la région depuis que les témoignages humains existent : le brochet, le barbillon, la perche et la carpe. Auxquels il faut ajouter le saumon, dont la pêche est interdite et donc que je ne sers pas. Ensuite, j'aime à cuisiner des poissons qui se sont acclimatés à notre région, tels le sandre, la chevesne, la tanche, qui sont des poissons sédentaires d'eau non courante. Des rivières je travaille le gardon, la brême, le gros poisson chat, l'ide melanotte, la silure très abondante. Enfin les poissons migrateurs tels le mulet, l'alose, la lamproie et l'anguille dont je te parlerai plus tard. En été je fais de la petite friture avec le petit gardon, l'ablette et le gougeon.

PC : Où te fournis-tu pour avoir une telle diversité ?

BC : Auprès de 6 pêcheurs professionnels (ndlr, liste en fin d'article). En fait, j'ai équipé mon restaurant de 4 grands viviers alimentés par l'eau du puits, et j'en construit un très grand en ciment à l'extérieur. L'eau étant naturellement à 12°C, les poissons sont inertes, comme en léthargie ; ils ne se bagarrent pas et ne se reproduisent pas. Malgré tout, récemment, 60 lamproies m'ont cassé un aquarium, d'où la nécessité du vivier en ciment. Je suis aussi équipé en amont d'un petit pick-up pour l'été et l'automne sur lequel je peux mettre un réservoir de 500 litres d'eau, et une bouteille d'oxygène pour transporter mes poissons du lieu de pêche au restaurant. Pour le printemps, quand le poisson est fragile, j'ai un très gros 4x4 avec un réservoir de 1000 litres. C'est le même véhicule que j'utilise l'hiver pour accéder aux bords d'étangs. Seuls les tracteurs et moi passons.
Je suis obligé de conserver les poissons vivants, parce qu'en fonction des saisons, de la lune, etc... les pêches sont très irrégulières. Je parle toutes les semaines avec chaque pêcheur pour adapter mes stocks et ma carte à leurs pêches. Je leur achète tout ce qu'il m'est possible de faire.

PC : Parle-nous un peu des pêcheurs.

BC : C'est une profession qui va disparaitre pour de multiples raisons.
1/ les mesures européennes se multiplient avec l'objectif louable de rendre les rivières sauvages, et d'y interdire la pêche.
2/ historiquement les pêcheurs travaillaient par grosses saisons :
  • l'anguille qu'ils vendaient aux mareyeurs de Bordeaux ;
  • la lamproie vendue aux mareyeurs de Nantes qui la renvoyaient au Portugal ;
  • l'alose pour les mareyeurs de Nantes
Or les mareyeurs ont quasiment disparus, donc les pêcheurs n'ont plus de revendeurs. Les restaurants ne travaillent plus les poissons d'eau douce et les particuliers se cantonnent à quelques personnes âgées.
3/ la raréfaction de quelques poissons. Par exemple, la petite friture a été divisée par 10 en 3 ans. Et plus personne n'en achète.

PC : et la pollution ?

BC : La situation vis-à-vis de la pollution est assez paradoxale. Les hommes ont commencé par rejeter dans les rivières toutes sortes de déchets organiques qui firent le bonheur des poissons. Puis vint l'usage de la chimie dans les cuisines, les salles de bains, les usines et dans l'agriculture, qui eut un effet dévastateur dans les populations piscicoles. L'homme a alors retraité les eaux qui sont maintenant très propres, mais aussi très pauvres. Les phytoplancton et zooplancton ne s'y développent plus, et les poissons non plus. Sans compter certaines races comme le sandre qui cherchent les eaux troubles, qui commencent à migrer.

PC : un mot sur les barrages ?

BC : Les barrages ont eu un effet certainement pas imaginé lors de leur création. Il existe 2 sortes d'aloses, l'alose feinte et la grande alose, qui remontaient toutes deux les rivières pour frayer à des niveaux différents et qui ne se rencontraient jamais. Les barrages les ont bloqué à la même hauteur et elles ont fait connaissance. Des "amours" sont nées, ainsi que de petits poissons. Malheureusement ceux-ci sont des mulets incapables de se reproduire, et ainsi on risque la disparition des deux espèces.

PC : pour terminer, parle-nous de ta façon de préparer ces poissons.

BC : les préparations sont très variées, mais il y a deux points communs. Tout d'abord, il n'y a presque pas de mise en place. Quand le client choisit le brochet à la carte, je vais le pêcher. Il ne peut pas être plus frais. L'autre constante est que tous les poissons sont entièrement désarêtés, ce qui explique une certaine attente en salle avant le repas. La qualité a toujours un coût, fût-il minuté.

Propos recueillis par Patrick.



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Mercredi 13 Mai 2009

Michel Portos et l’acide

Fureur des Vivres n° 17, mai 2009, l'acide

« L’acide est comme une drogue dont je ne peux plus me passer » avoue Michel Portos. A chacun ses addictions, celle-ci est fort louable et devrait même être recommandée par la faculté tant elle booste les plats et réveille les papilles anesthésiées par tant d’insipidité et de molles saveurs, stimule l’appétit et facilite la digestion.

 
Michel Portos et l’acide
 


Photo Anne Lanta

Michel Portos, pour ceux qui ne le connaitraient pas est le chef qui dirige depuis 2002, les cuisines du Hauterive St James à Bouliac, près de Bordeaux et qui vient d’être gratifié par le Michelin de 2 étoiles, fort méritées.

Un déjeuner ou un dîner au St James est un pur moment de bonheur : on ressent une harmonie du début à la fin du repas qui est élaboré pour arriver à un l’équilibre parfait. Et l’une des clés de cet équilibre est la maitrise de l’acidité qui est une constante de la cuisine de Michel Portos et que l’on retrouve dans tous les plats, des amuse-bouche au dessert.

 
Un jour l’acide vient heurter ses papilles




Et pourtant, durant son enfance le petit Michel n’a pas été éduqué à l’acide bien que cette saveur fasse partie intégrante des plats méditerranéens que cuisine sa mère tous les jours. Tomates, bien sûr et les agrumes présents sur la table et dans la cuisine où ils étaient utilisés à doses homéopathiques de même que le vinaigre cantonné comme condiment pour la salade.

Tout le temps de son apprentissage professionnel jusqu’à son arrivée à la maison Troisgros, l’acide est plutôt méconnu de Michel Portos même si ses maîtres en parsemaient un peu leurs plats.

Un jour, Michel déjeune chez Jean et Pierre Troisgros lorsqu’il entre dans cette maison renommée. Et alors, c’est une surprise étonnante, un véritable choc gustatif car toute la cuisine est particulièrement marquée par l’acide. Les premiers jours qu’il passe dans les cuisines, M. Portos est véritablement stupéfait par la consommation faramineuse de citron jaune, vert, de lime et par l’acidité de l’oseille. Le citron est l’objet indispensable, il regarde, ébahi, les 7 ou 8 caisses de citron qui sont livrées chaque semaine.

Pour un heurt, c’en fut un, et durant quelques semaines, ses papilles furent saturées, littéralement blindées à l’acide et peu à peu, il apprit à l’apprécier et il devint lui aussi « piqué à l’acide » qui est devenu l’outil indispensable à son travail et à sa vision de la cuisine. Et il reconnait que lorsqu’il ne la trouve pas dans un plat ou dans un repas, il se sent «en manque avec l’impression que tout est raplapla»

 
Le saumon à l’oseille, une découverte


L’acide est rendu par les citrons et aussi l’oseille et le fameux saumon à l’oseille, plat emblématique de la nouvelle cuisine et de la maison Troisgros. Un plat véritablement révolutionnaire à plus d’un titre. D’abord parce que le saumon était essentiellement servie en darne ou entier, ici Jean Troisgros, qui est l’inventeur de cette recette sert le filet de saumon et l’accompagne d’une sauce à l’oseille. Il est parti de l’idée d’une sauce dont la base était une réduction de vermouth à laquelle il intégrait un peu de crème, des feuilles d’oseille déchirées et du citron ! Ouah ou ! A l’époque ce fut une révolution des palais !

 
L’acide, c’est indispensable




L’acide dans la cuisine, cela peut déstabiliser les gens qui n’en ont pas l’habitude et l’acidité est parfois difficile à utiliser sur certains plats. M. Portos a donc tempéré son goût pour l’acide qui reste cependant présent dans tous les plats. Tout comme l’acidité donne au vin son équilibre et lui permet de durer dans le temps, elle rend les plats plus digestes et donne envie de continuer à manger car l’acidité donne l’impression de «se rincer la bouche» entre chaque bouchée. Quel acide Michel Portos utilise t-il dans sa cuisine ?

Et bien tous les agrumes : orange, citron jaune et vert, pamplemousse, combawa, yusu, lime… Les fruits un peu verts comme la pomme verte ou le kiwi (Ah, l’huître, kiwi et cacahuète !), l’ananas et tous les fruits acides : griottes fraîches et abricots… et l’oseille, bien évidement, dans un risotto par exemple. Une juste gestion de l’acide en contre point avec les autres saveurs.

 

 

L’acide, une difficulté supplémentaire pour accorder les vins

Les rouges de Bordeaux étant «un peu» différents des blancs de la région roannaise ! Michel Portos l’avoue lui-même, «J’en fais un peu moins», car dans le bordelais, région de rouges tanniques, trop d’acidité tue le vin.

En règle générale, les liquoreux du Sauternais étant très sucrés et un peu lourds l’accord est impossible.

Avec les vieux vins rouges, il faut faire très attention et avoir la main légère  

«Je dose l’acide en fonction des vins. Lorsque Richard (Richard Bernard, sommelier) me dit, les clients ont choisi tel vin avec le menu, je travaille l’acide dans les plats en conséquence».



 

Si vous habitez Bordeaux ou si vous passez dans cette belle ville, une halte s’impose pour aller découvrir cette cuisine où l’acide est partout présent et vous y reviendrez car quand on y a goûté on ne peut plus s’en passer !

Ségolène

 

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Mardi 21 Octobre 2008

Café Brunet

Fureur des Vivres n° 10, octobre 2008, la cuisine canaille

Cet article a changé de nature pendant l'interview de Laurent Petit. J'ai commencé avec l'idée de parler de cuisine canaille (évidemment !), et au final c'est un exposé sur la création réussie d'un restaurant qui marche.




Café Brunet



Photo Jean-Claude Allard

Rappel : Martine et Laurent Petit sont propriétaires à Annecy-le-Vieux du Clos des Sens, doublement étoilé, à Annecy du Contresens, brasserie tendance et à Annecy-le-Vieux du Café Brunet, bistrot canaille.

Patrick Chazallet : Café Brunet est une création, ou une reprise ?

Laurent Petit : Le café Brunet est la plus vieille maison du village, dénommée Café Brunet depuis 1850. Son histoire est cocasse puisqu'il a été réhabilité il y a 12 ans par un dentiste qui est devenu du coup l'unique dentiste bistrotier de France. Le Café était en rez-de-chaussée, le cabinet dentaire au 1er étage et il avait 2 appartements au second.

PC : Comment cet établissement est-il arrivé jusqu'à toi ?

LP : Fin novembre 2007, en proie aux affres de la gestion du personnel, le dentiste jette l'éponge et me propose de racheter l'ensemble : le bistrot, la terrasse de 400 m², les jeux de boules, la vigne vierge, les marronniers, les glycines. La proposition était à 1 million d'euros.


Photo Jean-Claude Allard

PC : C'est une grosse somme, comment as-tu fait ?

LP : J'ai fait expertisé, et j'ai acheté 650 000 euros, frais de notaire compris, auxquels il faut ajouter 100 000 euros d'investissement dans la cuisine.

PC : Tous ces chiffres ne sont pas secrets, je peux en parler ?

LP : Patrick, je suis persuadé que si notre corporation était transparente sur ses investissements, ses remboursements, son chiffre d'affaire et ses marges, on progresserait notablement. Pourquoi faire des secrets ? Je suis pour la transparence absolue.

PC : Revenons au Café Brunet. C'était un "bar plat du jour", as-tu changé quelque chose ?

LP : Le bar n'est pas notre métier, nous l'avons fermé le matin. Aujourd'hui il représente moins de 10 % du chiffre d'affaire global, alors qu'il en représentait 90 %. Et nous avons fait une vraie carte.


Photo Jean-Claude Allard

PC : Avec Martine, vous avez 3 affaires, vous ne pouvez pas être partout en même temps, comment faites-vous ?

LP : Martine et moi sommes présents tous les services au Clos des Sens. Au Contresens, nous avons embauché un manager classique, mais c'est une solution qui ne me satisfait pas pleinement. Pour Café Brunet nous avons innové en impliquant beaucoup plus le responsable.

PC : D'où vient-il ?

LP : Il a travaillé au Clos des Sens pendant 4 ans, il venait de chez Guérard. Il nous a beaucoup fait progresser sur la relation au client, mais c'est un garçon au fort caractère qui se "chamaillait" régulièrement avec Martine (le phénomène miroir). Il nous a quitté pour aller aux Etats-Unis, puis chez Robuchon à Monaco. 2 échecs pour lui. Lorsque nous avons repris le Café Brunet, j'ai tout de suite pensé à lui.

PC : Et qu'as-tu fait d'innovant ?

LP : Et bien nous lui avons donné 10 % des parts de l'affaire. Puis nous avons fait un savant calcul pour établir la valeur de la part en fonction des résultats, et chaque année il acquiert 3 % des parts. Dans 7 ans, quant le café sera payé, nous nous retrouvons, Martine, lui et moi à 33 %. Mais à tout moment le système et réversible, et s'il décide de vendre, nous lui rachetons les parts au prix auquel elles lui ont été cédées. C'est lui le patron, je suis la caution bancaire et culinaire.


Photo Jean-Claude Allard

PC : Revenons à mon point de départ : quid de la cuisine canaille ?

LP : Tout d'abord canaille m'évoque Gainsbourg et les notions de "malicieux" et "pertinent". Ensuite j'ai ma définition de la cuisine canaille : c'est la cuisine ragougnasse, celle qui est mijotée, cuisinée, qui revient à des fondamentaux, mais toujours avec pertinence. Même si cette cuisine parait à des années lumières de celle que je pratique au Clos, c'est celle de mon enfance, celle que je vis avec mes tripes (sans jeu de mots). Coïncidence : j'ai découvert il y a quelques mois un charcutier de folie à 300 m du Café qui me fait une andouille avec des gros morceaux, et tout un tas de produits qu'il faut que tu viennes goûter.

PC : Quelle est la vraie difficulté d'avoir 3 établissements ?

LP : Le plus difficile est de faire en sorte que chaque établissement ait une véritable identité culinaire et que les clients y retrouvent pourtant la signature Laurent Petit. Il ne faut pas non plus qu'ils se canibalisent.

PC : Finalement, on mange quoi au Café Brunet ?

LP : Je te passe l'ardoise par mail !!! A bientôt Patrick !


Photo Jean-Claude Allard

L'ardoise du Café Brunet recopiée par le chef :

A    - Frites de pieds de porc, chips d'ail
       - Tartine de légumes confits
       - Bisque Crémeuse d'écrevisses
       - Salade tiède de lentilles, saucisson chaud
       - Oeuf cocotte en meurette
       - Saumon mariné gravelax, céleri remoulade
       - Carpaccio de tête de veau aux aromates

B    - Sandre rôti, purée de carottes beurre rouge
       - Magret de canard, caviar d'aubergines
       - Brandade de morue recuisinée
       - Féra à la plancha, tombée d'épinards
       - Poitrine de porc caramélisée
       - Andouillette "médaille d'or" de M. CADET

C    - Gratin de figues aux épices
       - Marquise au chocolat
       - Tarte tatin, glace bulgare
       - Poêlée de prunes, kumquats, sorbet citron vert
       - Poire pochée vin rouge et épices

       - l'ardoise des fromages

A = 9 €,   B = 17 €,   C = 6 €
A+B = 23 €,   B+C = 21 €,   A+C = 14 €,  A+B+C = 27 €

Allons-y, je prends les commandes !!

Café Brunet
18 place Gabriel Faure
74940 Annecy-le-Vieux
04 50 27 65 65
www.closdessens.com

Patrick


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Vendredi 12 Septembre 2008

Paul Gaudry, producteur de fromages de chèvre

Fureur des Vivres n° 9, septembre 2008, le fromage

Tous les samedis ou presque, nous allons acheter quelques fromages de chèvre à Paul Gaudry sur le marché de Léognan. Comme ils sont délicieux et que le bonhomme est sympathique, je lui ai posé quelques questions sur sa démarche.





Paul Gaudry, producteur de fromages de chèvre



Patrick Chazallet :
Paul, comment es-tu venu à faire du fromage ?

Paul Gaudry : En fait le fromage c'est le bout de la chaîne. Je suis fils d'agriculteurs et paysan dans l'âme. J'ai élevé des chèvres parce que c'est un animal sympa et attachant. Le fromage est une conséquence.

PC : Tu travailles seul ?

PG : Depuis quelques années je suis en GAEC avec mon fils. Nous avons 130 chèvres et 300 poules pondeuses en totale liberté. Les poules, c'est clairement pour les oeufs, on s'y attache beaucoup moins qu'aux chèvres.



PC : Transformes-tu la totalité du lait en fromage ?

PG : Non, nous nous assurons une sécurité financière en vendant une partie du lait à la Laiterie Picandine, lequel est malgré tout transformé en fromage.

PC : Comment vends-tu tes fromages ?

PG : Presqu'exclusivement sur les marchés. Nous sommes à Eymet (24) le jeudi, à Libourne le vendredi, à Léognan et Sainte-Foy-la-Grande le samedi. j'ai choisi les marchés parce que la clientèle est sympa, du moins celle qui vient chez moi. Tu as remarqué que je tutoie tout le monde, et qu'on s'amuse beaucoup. De plus, ce circuit court nous assure des revenus décents.



PC : Pourtant, j'ai remarqué qu'à produit équivalent (visuellement, car gustativement tu n'as guère de concurrence) tu étais de 20 à 30 % moins cher que les autres vendeurs sur les marchés.

PG : Je vends au prix juste pour vivre normalement. Si je voulais m'enrichir, je vendrais autre chose que du fromage et des oeufs. Je considère qu'étant producteur il serait anormal que je sois plus cher que des revendeurs, même de grande distribution.

PC : Alors, comment fabriques-tu tes fromages ?

PG : Je ne fais qu'un type de fromage, ce sont les formes et l'affinage qui diffèrent. Je travaille dès la traite dans des bassines avec du lait à 18 / 20°C que j'empressure à hauteur de 4cc / 20 litres de lait. J'ajoute du petit lait de la veille et je laisse cailler 48 h sans ajoût de ferments. Puis j'affine sans chambre froide dans une cave entre 12 et 14°C, avec un taux d'humidité compris entre 85 et 95 %.



PC : Rien que de très normal, donc ?

PG : Oui, mais plus maintenant. La plupart n'ajoutent pas le petit lait de la veille, font le caillage en 24 h avec des ferments et affinent en chambre froide. Le caillage rapide donne une pâte plus dense, et les ferments se sentent en bouche, de façon directement proportionnelle à la durée de l'affinage. Vieux, les fromages deviennent piquants.

PC : Alors que les tiens ne gagnent qu'en puissance, effectivement. Comment classes-tu les durées d'affinage ?

PG : fromages extra frais en faisselles : 24 h, fromages frais : 48 h, fromages 1/2 secs : 10 à 15 jours, fromages secs : à partir d'un mois, fromages extra secs : plus de 6 mois.



PC : Te revendiques-tu bio ?

PG : Non, car les normes sont trop laxistes, et laissent place à la fraude. Par exemple, on peut inclure 30 % de nourriture non bio dans les rations. Ou encore il est autorisé de donner des antibiotiques en dernier ressort. Cetains bios piquent leurs animaux dès qu'ils semblent malades, il leur sera facile de prétendre que la chèvre allait mourir.
Ma certification, c'est la fidélité des clients, et les compliments qu'ils me font.



PC : Pas de chambre froide, petit lait de la veille, pas de ferment, etc... comment sont tes relations avec les services vétérinaires ?

PG : As-tu une autre question ?

PC : Non.

PG : Alors quittons-nous bons amis.

Paul Gaudry
Le Tuquet
24130 La Force
06 66 95 88 88

Propos recueillis par Patrick


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Mercredi 25 Juin 2008

«Tout cru», Interview de Valérie Cupillard

Fureur des Vivres n° 6, juin 2008, le cru

Auteur de 20 livres de recettes saines et simples, plutôt végétales, riches en saveur et en épices, Valérie Cupillard a signé son dernier livre "tout cru", objet de cette interview.


 

«Tout cru», Interview de Valérie Cupillard

Valérie Cupillard est créatrice culinaire et consultante en alimentation bio. Autodidacte, elle s'est formée auprès de Dominick Leaud Zachoval, professeur de naturopathie au quotidien, aujourd’hui co-fondateur de l’école Aesculape. Après une rencontre déterminante avec le Dr Seignalet (http://www.seignalet.com/), ses recherches la guident vers une alimentation sans gluten et sans lactose dont elle fait aujourd'hui son quotidien.

 
Fureur des Vivres : Pourquoi un livre sur le cru ?
 
Valérie Cupillard : Mon petit livre sur le cru n’est pas un livre d’alimentation crue ou de «régime crudivore», je l’ai abordé simplement sous l’angle de la découverte. Je trouve vraiment intéressant le travail des textures, comme la transformation de légumes crus (le taboulé de potimarron) ou d’oléagineux en tartinade (crème de tournesol) ou de fruits séchés en crumble (crumble pâte d’abricot à la mousse d’ananas). J’aime aussi beaucoup jouer la carte des saveurs très pures, très simples et montrer la recette d’une glace uniquement composée de fruits frais congelés (crème glacée aux framboises) qui prend des allures de glace italienne simplement grâce à de la banane mixée.
 
De plus, j’ai beaucoup transmis mes recettes sur le thème du «sans gluten et sans laitages», en référence aux travaux du Dr Seignalet. Or pour les personnes qui suivent le régime hypotoxique du Dr Seignalet, il y a certes la suppression du gluten et du lait mais il faut aussi intégrer plus de cru dans son alimentation. La question de savoir comment varier les crudités m’a souvent été posée, voilà pourquoi j’ai pensé à donner dans ce livre des idées pour consommer le cru autrement.
 
FDV : Le cru est-il une nourriture saisonnière ? Quelle est la part du cru dans votre alimentation globale ?
 
VC : Pour moi, il me paraît plus adapté à mon tempérament de consommer du cru en été. En saison froide, j’en consomme beaucoup moins. Je n’ai aucune règle à conseiller sur la proportion de cru dans l’alimentation, il faut à mon avis vraiment adapter cela à la constitution de chacun. C’est pourquoi je propose dans mon petit livre des recettes selon les saisons pour que chacun puisse «sentir» l’intérêt de consommer «au bon moment» et piocher des idées selon ses envies. Mais je ne fais pas de "cure de cru"
 
FDV : Mangez-vous seulement des légumes et des fruits crus ou également du poisson, de la viande, des œufs ?
 
VC : En cru, je choisi uniquement les légumes et les fruits. Mes plats crus viennent compléter une alimentation diversifiée avec du cuit (céréales, légumes secs, œufs, protéines végétales...).
 
FDV : Parlez-nous de la lacto-fermentation, des graines germées…
 
VC : Les aliments lacto-fermentés, outre leur intérêt pour leur richesse enzymatique par exemple, permettent d’apporter une saveur plus corsée et de stimuler les papilles. C’est le cas des légumes lacto-fermentés (chou, carotte, betterave…), une petite portion dans une assiette permet de relever le plat. Les graines germées sont évidemment riche de bienfaits et indispensables pour équilibrer ce type de cuisine mais elles apportent aussi la petite part de rêve dans une assiette : les fines pousses sont aériennes et leur utilisation ludique. Quand on prépare des plats crus, on doit aussi conserver le plaisir des yeux et développer le sens de la présentation, jouer avec les associations de couleurs…
 
FDV : Quels conseils à ceux qui veulent manger cru ?
 
VC : Pour ceux qui ont envie de plonger «tout cru» dans ce type d’alimentation, je leur conseillerais de suivre des cours de cuisine sur l’alimentation vivante. Je pense qu’il est utile quand on souhaite bouleverser complètement son alimentation de s’intéresser à la nutrition.
 
Tiuscha
 

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Jeudi 05 Juin 2008

Interview du chef du Restaurant Moshimoshi, Junichi Yamano

Fureur des Vivres n° 6, juin 2008, le cru

Pour parler du cru je suis allé interroger le chef de Moshimoshi, un authentique restaurant japonais de Bordeaux. Cette interview s’est faite en japonais, anglais et français. Heureusement le patron Emmanuel Meuret traduisait le japonais.

 


 

Interview du chef du Restaurant Moshimoshi, Junichi Yamano

Moshimoshi appartient à deux Français, Emmanuel Meuret et Ludovic Chassagne, qui furent professeurs à Tokyo et Fukuoka. Notre ami Tommy Shan, qui manie si bien la cuisine sechuanaise avec son frère Andy au Bonheur du Palais, se régale de la cuisine du Moshimoshi. Dans le même temps, les propriétaires du japonais aiment la cuisine chinoise. Cette accointance asiatique m’a facilité la prise de rendez-vous avec Emmanuel Meuret et Junichi Yamano.
 
Fureur des Vivres : D’où vient la tradition du «cru» au Japon ?
 
Junichi Yamano : Au Japon on mange cru surtout dans les régions de Tokyo, Kyoto et Osaka. Cette tradition est née à l’époque Edo, soit au début du XVIIème siècle.
 
FDV : Pourquoi s’est-on mis à manger du poisson cru ?
 
JY : A cette époque il était très difficile de conserver la viande. Le poisson était déjà très présent, et sitôt pêché, sitôt préparé et mangé.
 
FDV : Où mangeait-on ce poisson cru ?
 
JY : Cette période est aussi celle de la naissance du Yatai, un restaurant où l’on mange à l’extérieur (ndlr : ce qui nous ramène à nos nourritures vagabondes).
 
FDV : Sous quelle forme était consommé ce poisson cru, et quel poisson, d’ailleurs ?
 
JY : Essentiellement sous forme de sushis, nés à la même époque pour cet usage, avec de la sardine, du maquereau et du chinchard.
 
FDV : Pourquoi pas de sashimis à cette époque ?
 
JY : Le sashimi est né plus tard pour la bourgeoisie. Le sushi, essentiellement formé de riz, avec un petit morceau de poisson simple est un plat de pauvre. Le sashimi qui ne comprend que du poisson, souvent noble, est beaucoup plus cher.
 
FDV : Mange-t-on également de la viande crue au Japon ?
 
JY : Très peu, et c’est très récent.
 
FDV : Justement, revenons à des considérations plus contemporaines : quels poissons proposez-vous crus au restaurant ?
 
JY : Beaucoup : thon, saumon, maigre, daurade royale, turbot, bar et mulet.
 
FDV : D’autres produits crus ?
 
JY : Très peu. Du radis blanc en décoration car il facilite la digestion, et du bœuf en tataki, qui est cru à l’intérieur et cuit autour.
 
FDV : Que faites-vous d’autre ?
 
JY : De la haute cuisine japonaise, chaude et cuite, peu connue en France.
 
FDV : Le menu est à 46 €, il faut compter 60 € à la carte, ce sont des tarifs conséquents. Comment l’expliquez-vous ?
 
JY : Il n’est de bonne cuisine japonaise qu’onéreuse. Le cuisinier japonais doit faire de longues études pour apprendre les techniques de découpe et de préparation du poisson. Et le poisson ultra frais coûte cher. Dans les restaurants japonais bon marché, vous pouvez être sûr que les cuisiniers sont Chinois ou Coréens, et la qualité s’en ressent.
 
Moshimoshi
8 place Fernand Lafargue
33000 Bordeaux
05 56 79 22 91
moshimoshi@hotmail.fr
 
Interview recueillie par Patrick

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Dimanche 11 Mai 2008

Vagabondage nourrissant avec Nicolas et Arnaud Barde

Fureur des Vivres n° 5, mai 2008, les nourritures vagabondes

Nicolas et Arnaud Barde sont des acteurs incontournables de la restauration rapide et vagabonde à Bordeaux. J’ai rencontré Arnaud qui nous livre son expérience et ses prospectives avec une grande franchise.

 


 

Vagabondage nourrissant avec Nicolas et Arnaud Barde



C’est en mai 2002
que Nicolas et Arnaud Barde se lancent dans la restauration rapide avec la création d’une sandwicherie qu’ils baptisent «Ô Saveurs». Elle est ouverte sur un emplacement atypique, rue Notre Dame qui est à Bordeaux la rue des antiquaires. Ce choix répond à une étude soignée de l’urbanisation de bureaux à Bordeaux, essentiellement horizontale. Sauf à la Cité Mondiale, dont l’issue arrière donne justement sur la rue Notre Dame. Le point de vente est ouvert de 9 h à 16 h, du lundi au vendredi. 95 % du CA se fait entre 12 h et 13 h 30, et 50 % de ce CA est payé en chèque-restaurant, proportion qui tombe à une trentaine de pour cent dans les autres points de vente des frères Barde.

 
Un second point de vente «Ô Saveurs» est ouvert en 2005 au Centre Commercial Carrefour de Lormont, face aux caisses. Cette ouverture a été possible car le centre commercial appartient à des particuliers. Lorsque les centres sont gérés par les enseignes les ouvertures sont verrouillées par de grandes franchises. La clientèle, jeune, vient très vite car cette banlieue est très pauvre en offre de restauration rapide. Le choix des sandwichs est progressivement adapté à la clientèle avec moins d’offres au jambon et au saucisson par exemple.

 
Ces 2 enseignes «Ô Saveurs» proposent environ 20 sandwichs dans 3 sortes de pains : traditionnel à la farine bise, baguette et viennois. Tous les sandwichs sont fabriqués chaque matin, et au moment de la vente, aucune option n’est possible, c’est-à-dire que le client ne peut pas changer le pain pour une garniture donnée par exemple. Une offre de paninis existe aussi parce qu’il y a de la demande, mais Arnaud trouve le pain très médiocre. Enfin 1 sandwich chaud jambon/fromage des Pyrénées complète l’offre. Les clients sont majoritairement orientés vers la formule à 6,50 € comprenant 1 sandwich, 1 dessert et une boisson. Une carte de fidélité offrant le 13ème repas remplace toute communication. Aucune publicité, tout le développement des enseignes passe par la carte de fidélité.

 
Entre temps, fin 2004, les deux frères entendent parler de «Mezzo di Pasta», créé à Strasbourg par 2 jeunes associés, avec une franchise à Nantes. Ils vont à Strasbourg, le courant passe, la qualité des produits séduit, et en juin 2006 ils ouvrent la première franchise rue Sainte Catherine, tout près de la Place de la Victoire, fief des étudiants. La clientèle est majoritairement composée de lycéens et d’étudiants auxquels se substituent les commerçants pendant les vacances.

 
Parallèlement, ils ont ouvert en centre ville un autre concept de restauration assise «Café Pomme» et sont en négociation avec le Centre Commercial Mériadeck pour déménager ce restaurant. Tout s’accélère, et ils reçoivent la concession d’un large espace dans ce centre commercial. Ils franchissent le pas alors qu’ils n’ont même pas l’accord de leurs banques et divisent cet espace en deux : 65 places assises, et autant en terrasse (la plus belle de Bordeaux) pour «Café Pomme» et 50 m² pour «Mezzo di Pasta». C’est la deuxième ouverture en septembre 2006. La clientèle est essentiellement constituée d’employés de la Fonction Publique.

 
«Mezzo di Pasta» propose 5 ou 6 variétés de pâtes «classic» et 2 ou 3 variétés de pâtes farcies, combinables avec 10 sortes de sauces, quelques salades, et une grande variété de desserts. Deux formules existent : 6 € pour une «cup» de pâtes avec sauce et une boisson, et 7 € en ajoutant un dessert. La carte de fidélité existe également et offre le 15ème repas.
 
Dans les deux enseignes, il n’y a aucune fabrication. Pour «Ô Saveurs», c’est un artisan boulanger qui livre les pains et un artisan pâtissier qui s’occupe des desserts. Les autres produits sont chaque fois sélectionnés parmi les gammes «premium» des industriels. Les pâtes et les sauces de «Mezzo di Pasta» sont livrées sous vide de Strasbourg 2 fois par semaine. Pas de congelé, du frais sous vide.

 
En 2002, le développement des sandwicheries était à l’ordre du jour, mais les frères Barde ont constaté une triple entrave. D’une part, la grosse concurrence (Paul, la Brioche Dorée, etc…) monopolisent les emplacements numéros un avec des moyens énormes. Sur les emplacements numéros deux, ils se trouvent en concurrence avec de petites structures familiales sans personnel, et qui gèrent forcément différemment (appelons un chat, un chat, mais noir…). La troisième entrave que nous avons déjà évoquée est propre à Bordeaux et concerne l’urbanisme horizontal des bureaux qui oblige à aller vers des secteurs non saturés par la multiplication nécessaire des points de vente.

 
L’avenir produit, ce sont les pâtes, déclare Arnaud Barde. D’ailleurs «Mezzo di Pasta» aura 80 franchisés en France à la fin 2008. pour leur part, Nicolas et Arnaud vont créer deux nouveaux points de vente par an sur Bordeaux et la Communauté urbaine. Nous leur souhaitons toute la réussite qu’ils méritent, et je remercie Arnaud pour cet entretien duquel la langue de bois a été totalement exclue.

Patrick
 
Ô Saveurs
24 rue Notre Dame
33000 Bordeaux
05 56 51 30 61
Lundi au vendredi de 9 h à 16 h
 

Ô Saveurs
Centre Commercial Rive Droite
33310 Lormont
05 56 06 46 02
Lundi au samedi de 8 h 30 à 20 h
 

Mezzo di Pasta
Centre Commercial Mériadeck
33092 Bordeaux
05 57 81 72 71
Lundi au samedi de 9 h à 21 h
 

Mezzo di Pasta
271 Rue Sainte Catherine
33000 Bordeuax
05 57 81 72 71
7j/7 de 9 h à 21 h


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Lundi 28 Avril 2008

La solitude de l’amer n’existe pas – une interview exclusive de Pierre Hermé

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

Faut-il à nouveau présenter celui qui a été baptisé le Mozart de la pâtisserie ? En tout cas Pierre Hermé en a assuré le renouveau et son succès ne se dément pas depuis plus de 20 ans qu’il œuvre à réjouir nos papilles.




 


La solitude de l’amer n’existe pas – une interview exclusive de Pierre Hermé


 
Fureur des Vivres : Quelle place accordez-vous à l’amer dans vos créations pâtissières ?
 
Pierre Hermé : c’est une saveur que j’utilise beaucoup en association avec d’autres pour arriver à des triangulaires avec des goûts acides, le sel et le sucre. Il n’y a pas de produits où je ne reste que sur l’amertume. C’est d’ailleurs une grande constante de la pâtisserie : l’amertume oui mais avec un minimum de sucre.
 
FdV : Existe-t-il un produit pâtissier très amer ?
 
PH : oui le chocolat à 100% de cacao. Mais je ne l’ai jamais utilisé tout seul. D’ailleurs je ne trouve pas ça bon à manger. C’est réservé aux masochistes du chocolat.
 
FdV : Pourquoi l’amertume n’est-elle pas plus répandue ?
 
PH : C’est très souvent un goût désagréable, donc très peu répandu et donc très peu connu contrairement au sucré, au salé ou à l’acidité. Les enfants ont beaucoup de mal avec l’amer, ils le rejettent systématiquement. Ce dégoût pour l’amer est universel.


 
FdV : Assiste-t-on à un effet de mode ?
 
PH : personnellement je m’en fiche. Moi j’aime beaucoup ce goût dans le pamplemousse que j’ai décliné avec un macaron et un dessert « émotion délicieux » fait avec du pamplemousse et du wasabi. L’association marche très bien avec une sensation moutardée en premier, l’acidité dans la gelée de yusu et wasabi et l’amertume du pamplemousse confit avec des pépites de peau et zeste confits. 
 
FdV : Est-ce un axe de recherche pour vos prochaines créations ?
 
PH : Je dirais plutôt que c’est un axe de recherche inconscient, en fonction des produits que je travaille.
 
FdV : Comment en est-on arrivé à un chocolat de plus en plus noir ?
 
PH : Plusieurs tendances se sont accumulées. Tout d’abord, on a recherché un goût plus marqué donc moins sucré. Indéniablement cela a été accentué par une nourriture plus diététique. Une part de snobisme s’y est ajoutée : il était du dernier chic de manger un chocolat très noir et très amer. Mais fondamentalement il faut reconnaître que la pâtisserie est bien moins sucrée aujourd’hui qu’il y a 20 ans.


Photo © Jean-Louis Bloch-Lainé
"la cerise sur le gateau" : ce gateau au chocolait au lait a été créé en 2000 par Pierre Hermé en collaboration avec le designer Pennor's en réaction à l'engouement démesuré pour le chocolat noir trop amer.

FdV : Alors bientôt un macaron 100% amer ?
 
PH : il n’existera jamais ! Par contre, nous avons créé un « américano pamplemousse », l’amertume est équilibrée par l’acidité et le sucre.
 
Interview exclusive réalisée par Alain 

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Jeudi 27 Mars 2008

Laurent Lachenal, maître boulanger à Bordeaux

Fureur des Vivres n°3, mars 2008, le pain

Pour cet aliment qu’est le pain, nous sommes prêts à faire des kilomètres et attendre des heures pour obtenir le meilleur. J’ai décidé d'interroger Laurent Lachenal sur quelques interrogations qui me taraudent.
 


 

Laurent Lachenal, maître boulanger à Bordeaux



Etant toujours à la recherche de ce graal, je me suis toujours posé des questions, telles que : pourquoi le pain est-il si différent entre chaque boulangerie ? C’est pourtant toujours les mêmes ingrédients … l’eau, de la farine, du levain et de la cuisson…alors pourquoi tant de différences ? Les machines à pain sont elles vraiment une solution pour du bon pain ?
 
Fureur des Vivres : Comment l’envie de devenir boulanger vous est-elle venue ?
 
Laurent Lachenal : L’envie de devenir boulanger m’est venue vers l’âge 18 ans, suite à la rencontre d’hommes passionnés par leur métier tels que Éric Kaiser, Thierry Meunier, Jean Luc Viennet , des compagnons du devoir qui m’ont retransmis leur amour du métier…
A ce moment là je me suis trouvé très petit et l’appétit d’apprendre, de me perfectionner m’a poussé vers ce métier. Grâce à ces hommes, j’ai découvert un métier merveilleux car il éveille plusieurs de nos sens et de plus nous travaillons une matière vivante.
 


FdV :
 Comment reconnaître du bon pain ?
 
LL : Tout d’abord un bon pain se reconnaît par son goût, suite à une bonne fermentation et un pétrissage sans excès, ce qui lui donnera aussi une bonne conservation. Une bonne farine l’aidera aussi à être meilleur dans sa texture.
La différence entre un bon pain frais et congelé reste très variable. Il faut savoir que la congélation dégrade toujours un peu la saveur du produit et sa texture. Le consommateur s’en rendra compte par le fait que le pain perd facilement sa croûte et lorsqu’apparaissent des traces blanches qui formeront des ronds dans le centre du pain. Sa texture perdra très souvent de son moelleux.
A contrario, si la congélation se fait sur un pain d’une certaine masse (1kg) et encore tiède ou très frais, à la décongélation il sera très difficile de faire la différence.
 
En ce qui me concerne, étant artisan je ne confectionne que des pains frais : c’est au client que revient l’étape de la congélation selon ses besoins. Et dans ce cas, nous lui conseillons de le faire sur un pain le plus frais possible.
 


FdV :
Quelle est la différence entre pain artisanal et pain industriel ?
 
LL : Il faut différencier, le pain artisanal et le pain industriel puis la qualité.
Selon la législation, pour avoir le droit à l’appellation artisan boulanger, il faut avoir minimum un CAP ou travailler avec du personnel ayant ce CAP boulanger, et fabriquer son pain sur place de A à Z. La loi du 25 mai 1998, sensée garantir l'information du consommateur reste malheureusement très peu connue du grand public. Concrètement, ne peuvent utiliser l'appellation "boulanger" ou "boulangerie" que les professionnels qui assurent eux-mêmes, partir de matières premières choisies, le pétrissage de la pâte, sa fermentation et sa mise en forme ainsi que la cuisson du pain sur le lieu de vente au consommateur final. Les produits ne devant, à aucun stade de la production ou de la vente être surgelés ou congelés.
Après, en terme de qualité, vous êtes plus ou moins assurés selon les exigences de votre artisan d’avoir un bon pain, réalisé dans les règles de l’art.
Il y a artisan et artisan ! À vous de sélectionner le pain qui vous satisfera le mieux. La différence peut se faire sur les noms de ‘marque’ tels que campaillette, campaillou, sarmentine, banette etc,…Ces produits là, c’est l’artisan qui les réalise selon les recettes et souvent des farines prêtes à l’emploi, préparées par le meunier. Selon moi, c’est à ce moment là, que l’artisan commence à perdre son âme selon moi.
Et si l’artisan perd trop son âme, son pain aussi. Je tiens à préciser aussi que si les meuniers en sont arrivés à proposer ces recettes prêtes à l’emploi c’est que beaucoup d’artisans, à une époque, ont manqué de formation et sans doute de remise en question et d'imagination.

FdV :
 Quel type de farine ?
 
LL : Il faut savoir que selon les céréales nous avons plusieurs types de farine différents, ce qui donne des pains différents en goût et en texture.
Plus nous allons vers les types élevés, plus nous obtenons des pains dits plus « complets ». Les différents types sont déterminés en fonctions des matières minérales que renferme la farine ce type (les matières minérales sont essentiellement présentent dans les enveloppes du blé).
Pour la farine de blé, nous commençons à la farine de type 45 (la plus raffinée donc celle conservant le moins de matières minérales après mouture) pour terminer au type 150 (la moins raffinée ou plus complète).
Effectivement, les types élevés de farine apporteront un produit plus équilibré, meilleur sur le plan nutritionnel. Ils auront aussi plus de goût et une conservation meilleure, car ils renferment des graisses végétales naturellement présente dans le germe du blé. Le germe se retrouvant principalement dans les farines dont la classification du type est plus élevée (T85, T110, T130, T150).
Bien entendu, la mouture à la meule de pierre est sans doute celle qui permettra à la farine de garder le maximum de ses qualités naturelles en plus d'une saveur plus prononcée. Enfin, il est important de signaler que l'intérêt de l'utilisation d'une farine complète est qu'elle soit issue de culture biologique et associée à un levain naturel.
 


FdV :
 Bio oui, mais laquelle ?
 
LL : L’idéal en ce qui me concerne est de faire des pains avec de la farine issue de l’agriculture biologique en type élevé ; nous commençons à partir du type 80 pour des pains de campagne pour aller jusqu’au type 150 pour des pains très complets. Le type 110 offre de très bon résultat, sain pour la santé, bon au goût, et pas trop compact.
 
FdV : Comment faire du bon pain chez soi ?
 
LL : Le pétrir lentement, ne pas forcer en levure, 1,5% du poids de la farine est largement suffisant et lui laisser environ 2 heures de fermentation dans une ambiance à 22 / 25°C. Ensuite, aplatir cette pâte et la découper de manière à avoir le pain du calibre que l’on veut et lui donner une forme. Lui laisser à nouveau environ 2 heures de fermentation qui se fera sur un linge propre et sec (à l'abri des courants d'air !), puis le mettre dans un four à 220-250°c qui sera préalablement chauffé avec un récipient d’eau pour permettre au pain de ‘gonfler’. Le retirer du four une fois qu’une belle croûte dorée et suffisamment épaisse se sera formée.
 
FdV : Que pensez-vous des machines à pain ?
 
LL : Ce n’est sûrement pas la machine à pain qui vous permettra de faire un bon pain même s’il peut être très bon au goût, il n’est pas spécialement bien fait et très digeste. Il suffit de regarder les recettes qui sont distribuées avec la machine !  Souvent on voit apparaître un excès de levure et la présence de sucre, ce n’est pas ça du bon pain !
 
FdV : Là, maintenant, quel est votre pain préféré et avec quoi le dégusteriez-vous ?

LL : Très difficile de répondre à cette question.
En fait, mes goûts varient selon ce qu'il a dans mon assiette ! D'une bonne baguette de tradition pour tous les repas et sandwichs, à une bonne baguette de campagne avec une salade landaise. Si c'est un foie gras de canard qui est dans mon assiette, je choisis du croûton, du pain aux figues ou du pain amandes-abricots. Le choix est difficile, cela dépend aussi de mon humeur... Pour le Coupiac, grandes tartines des petits déjeuners et tellement bon avec un pot au feu maison, une poule au pot. Bref, ce gros pain au levain qui se conserve plusieurs jours sera idéal avec tous les plats traditionnels qui se mangent et se dégustent sur plusieurs jours. Pour mes repas de grandes tables entre amis, le pain du merché de 2 ou 4 kg est tout indiqué. C'est vraiment ce qu'on appelle "partager le pain". Enfin, pour son goût naturellement acidulé et lorsqu'il s'agit d'éviter les coups de pompe, je choisis le 100% complet réalisé à partir d’une farine complète écrasée à la meule de pierre et issue de l’agriculture biologique. 
 
FdV : Eh bien Laurent Lachenal, merci d’avoir répondu à toutes ces questions ; me voilà maintenant armé pour choisir et apprécier le vrai bon pain.
 
Furieusement , Olivier.
 

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