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Fureur des Vivres

Arrêt sur bécasse et bécassine

Fureur des Vivres n° 23, novembre 2009, le gibier

Une vraie tranche de chasse à la bécasse. Que les âmes sensibles se rassurent, tous les chasseurs et tous les chiens sont rentrés sains et saufs ; et tous les oiseaux volent encore.


Arrêt sur bécasse et bécassine

La Bécasse des bois (Scolopax rusticola) est un oiseau migrateur ventru emmanché d'un long bec, d'où son nom, que l'on retrouve volontiers sur la table des gastronomes amateurs de gibier à plumes lorsque la chasse est ouverte. On évitera de la confondre avec sa cousine des villes, qui porte parfois aussi un truc en plumes lorsqu'elle agite son postérieur dans les cabarets parisiens, et que l'on retrouve aussi parfois sur la table de vieux libidineux même pas amateurs de bonne chère, affalée au milieu des coupes et des seaux de mauvais Champagne. Dans les deux cas, il vaut mieux la plumer avant de la faire passer à la casserole.


Biotope bécassier typique.

Avant de gagner les pays chauds ou finir dans l'assiette, la bécasse gîte dans des sous-bois riches en humus, migrant du Nord, là où elle niche, jusqu’au Sud, selon deux flux principaux. L'un vient des pays scandinaves et passe par l'Ouest du pays, l'autre trouve son origine en Russie pour descendre plus à l'Est. C'est un oiseau discret qui ne s'active qu'au crépuscule pour casser une petite graine dans les bouses de vaches des prairies avoisinantes, son long bec lui permettant de picorer proprement les lombrics qui passent à sa portée. Le reste de la journée, elle le passe en attendant qu'un chien tombe en arrêt devant elle, subjugué par sa beauté. "Ouort-ouort-ouort" fait-elle, en s'envolant alors en zig-zag, tout en larguant une petite fiente. "Pan pan", fait le chasseur aux aguets, avec plus ou moins de bonheur. Miroir[1], mon beau miroir, était-elle la plus belle.

Bécassine (Gallinago gallinago), c'est sa cousine, et elle fréquente plutôt le marais. Pas le IVème arrondissement de Paris, ni les plateaux de télévision dans les années 80, non ! Mais un terrain à découvert, qui ne manque ni de planques, ni de nourriture, ni de réserves d'eau.


Biotope bécassinier typique.

La chasse à la bécasse ou à la bécassine est un sport qui ne s'improvise pas. Cela nécessite du matériel. Tout d'abord, un fusil, évidemment. Mais surtout, un toutou. Un bon, un spécial, qui mérite que l'on s'arrête sur lui quelques instants: un chien d'arrêt. Un animal au nom paradoxal, qui bouge sans arrêt tant qu'il n'y est pas, à l'arrêt. Son instinct de chasseur s'inspire de celui du loup, qui s'immobilise un instant avant de fondre sur sa proie. Instinct exacerbé pour que le chien fixe sa proie tant que son chasseur de maître ne l'a pas rejoint. Si l'on en croit l'exposé scientifique du célèbre Pr Burp[2], "la vue du gibier produit sur le nerf optique (du chien d'arrêt, NDLA) un stimulus qui, par l'intermédiaire de la zone nord-est du bulbe rachidien, provoque une dépression avec pluies éparses autour des centres érogènes, siège du réflexe endocrinien." Merci, Professeur.



La recherche du gibier, ou quête, dans le jargon, commence par une série de trajets en forme d'étoile pratiqués à toute berzingue par le chien autour du chasseur. Lorsque le chien perçoit une émanation de gibier, il la capte instantanément, remonte à la source et se met en arrêt, bloquant le gibier au sol par intimidation. Au préalable, il convient de distinguer différentes sortes d’arrêts, pour ne pas tirer sur tout ce qui ne bouge pas, à tort et à travers. Arrêt sur images :

tout d'abord, l'arrêt interrogatif ou contemplatif,

"Bon, c'est pas le tout, mais je vais où, moi, là?"

l'arrêt pipi ou caca :

"Un minimum d'intimité pendant 2 minutes, ce serait trop demander, non?"

et l'arrêt sur gibier, au final, le seul véritablement intéressant pour la chasse à la bécasse et/où la bécassine.

"Bon, il se magne le train, mon maître, parce que, là, j'ai une crampe!"

Si un bon chien d'arrêt s'avère être une condition indispensable pour débusquer le gibier, il faut que ça assure un minimum au tir en deuxième ligne, sous peine de rentrer bredouille. Exemple pour de vrai :

arrêt sur bécassine…


… le chasseur s'approche...


... contourne son chien pour ne pas lui tirer dessus...


... cherche le volatile du regard ...


... pan pan ... manqué !

A la décharge du tireur, il s'agissait d'une bécassine sourde (Lymnocryptes minimus), une espèce plus petite, qui ne crie pas à l'envol et qui n'entend pas le chasseur arriver, si ce n'est quand celui-ci lui marche dessus ... et ne s'attend plus à voir un oiseau s'envoler.

Au final, une journée au grand air qui n'a pas rempli la besace. Aucune bécasse levée, 4 ou 5 bécassines tirées, toutes manquées. Mais les chiens ont bien chassé. Les suivre et les observer se démener pendant des heures fut un réel plaisir. Ultime curiosité, au milieu des bois, les traces d'un passage de sangliers, une espèce spécifique du Haut-Doubs. Les connaisseurs apprécieront !



Olif

[1]Miroir: nom donné à la fiente de la bécasse, laissée après chaque envol.
[2]in "La rubrique-à-brac tome 3", Gotlib, éditions Dargaud.


 

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le 17.11.09 à 09:00 dans Reportages - Version imprimable
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Commentaires

40 jours

et surtout, ne pas oublier 2 choses importantes pour une bécasse :

1° se faire fabriquer des cartouche spéciale pour son coup de fusil avec aucun trou dans la gerbe avec une bonne répartion des plombs

2° 40 jours de chambre froide avant la broche, seule et unique pour valoriser au max le gout de ce gibier avec un immense bourgogne type chambole musigny

3° on mange avec les doigts et on se delecte de la "tranche" qui s'est faite patiement pendant la cuisson à la broche

sborgnanera. - 17.11.09 à 11:39 - # - Répondre -

Magistral, Uncle Olif. J'ai changé d'orientation professionnelle, de ville, de vie même, à cause d'un chasseur de bécasse über couillon.

Estèbe - 17.11.09 à 21:02 - # - Répondre -

Re:

Je suis fin prêt à prendre la relève! Je veux, mon neveu!

Olif - 17.11.09 à 22:32 - # - Répondre -

Et les etrangers, ceux qui ne sont pas du Haut-Doubs, ils n'ont pas droit a une explication sur cette espece locale de sanglier?

gracianne - 19.11.09 à 12:46 - # - Répondre -

Re:

Si fait, Gracianne. J'obtempère illico!

Ces sangliers-là, ce sont les bipèdes à poil, mais chaudement vêtus, qui sont chargés de prélever les "sangles" sur des sapins fraichement abattus, avant débardage. Cette lanière de bois tendre se situe sous l'écorce, et c'est un peu la "sous-peau" de l'arbre. Des sangles qui serviront à entourer un délicieux fromage du Haut-Doubs connu un peu partout sous le nom de Mont d'Or. Et qui, de ce fait, développe sur ses bords, de légères notes de résineux.

Olif - 20.11.09 à 13:32 - # - Répondre -

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