Bredle ou raconte-moi Noël en Alsace
Fureur des Vivres n° 12, décembre 2008, furieusement fête
Pour Bredle ou raconte-moi Noël en Alsace
Vous passez Noël en Alsace ? Mais où exactement ? Au nord de Strasbourg, au sud de Mulhouse ou au nombril du monde, à Colmar ? Colmar étant le nombril du nombril du monde, êtes-vous prêt au voyage vers le centre de vous-même ? Parce que si vous êtes dans le Bas-Rhin, vous mangerez des bredele. Si vous êtes dans le Haut-Rhin, vous mangerez des bredle. Et si vous n’êtes ni là ni ailleurs, vous mangerez autre chose et prendrez des cours de conversation alsacienne.
Parce que voilà, en Alsace à Noël, on parle. On discute. Le reste de l’année aussi remarquez, mais ça ne s’appelle pas pareil. Kaffee Kuchen ou Kaffee Grenzel ou salu bis amme ou wie geht’s, mais à Noël c’est bredle. Mes racines sont du centre du nombril du monde, alors pour moi, c’est bredle ! OK vous voulez une minute de phonétique ? Alors voilà : à Colmar et plus au sud vous direz bredle, soit « braidla » avec un accent tonique sur la deuxième syllabe ; plus au nord vous direz « braidelé ». On ne rigole pas avec ça, dans une région qui a été frontière depuis des milliers d’années (et pour les ignorants la lecture de « Psychanalyse de l’Alsace » s’impose), nos différences sont phonétiques ou lexicales mais notre identité alsacienne, avant toute autre.
Tous les Alsaciens du monde sont pris d’une frénésie incompréhensible pour qui ne les connaissent pas : dès avant le premier dimanche de l’Avent, il faut se mettre à l’ouvrage, c’est-à-dire préparer les bredle (et le sapin et la déco de la maison et la couronne de l’avent et tutti et quanti). Farine, sucre, beurre, à peine de levure, des œufs, de la cannelle, du citron en zeste ou en jus etc etc : et de l’huile de coude et du temps et un four. Sur les ingrédients, rien à dire, la qualité de ce que vous trouverez fera une partie de votre résultat. Par contre sur le four, attention, qu’il soit à chaleur tournante ou pas, fera un excellent résultat de bredle, ou non. Subtil non ? Cela peut se finir en limite trauma trans-générationnel (j’avais tenté une percée l’an dernier sur l’inégalable étoile au citron de ma grand-mère, ce Noël-ci sera-t-il l’occasion de percer le secret ? vous le saurez en lisant FdV). Je ne pourrai évidemment pas passer sous le silence paternel la « linzertarte » qui est toujours meilleure quelques jours après (le temps que la confiture de framboise imbibe la pate sablée aux noix, ce que j’en dis…) Ne me demandez pas non plus les secrets séculaires du « berrawecka ». Tout ça est une partie de Noël en Alsace.
Tous les Alsaciens ont une bible. Voire deux, pour les plus jeunes qui ne peuvent s’inspirer d’une transmission familiale. Pour la deuxième bible, en matière de bredle, je vous suggère «les petits gâteaux d’Alsace» de Suzanne Roth, aux éditions du Rhin.
Avec probablement pas moins de 80 recettes de bredle de Noël, tout y est. Les basiques, les incontournables, les inattendus, les jamais vus, les autres. Reste qu’il y a quelque chose que ce merveilleux livre de recettes ne donne pas, l’odeur des bredle qui emplit les foyers d’Alsace depuis ce premier dimanche de l’avent et jusqu’au jour de Noël. Suzanne Roth y fait une discrète allusion dans sa préface «A mes chers gourmands, ( …) nous ne pouvons imaginer Noël sans ces petites merveilles de toutes les formes que l’on appelle si solennellement «Wienachtsbredle». Reste un mystère, absolu, ces petits gateaux de Noël, si bons, si faciles à faire, pourquoi les mange-t-on à Noël seulement ? La tradition, elle-même dans la tradition : tout y est.
Avec probablement pas moins de 80 recettes de bredle de Noël, tout y est. Les basiques, les incontournables, les inattendus, les jamais vus, les autres. Reste qu’il y a quelque chose que ce merveilleux livre de recettes ne donne pas, l’odeur des bredle qui emplit les foyers d’Alsace depuis ce premier dimanche de l’avent et jusqu’au jour de Noël. Suzanne Roth y fait une discrète allusion dans sa préface «A mes chers gourmands, ( …) nous ne pouvons imaginer Noël sans ces petites merveilles de toutes les formes que l’on appelle si solennellement «Wienachtsbredle». Reste un mystère, absolu, ces petits gateaux de Noël, si bons, si faciles à faire, pourquoi les mange-t-on à Noël seulement ? La tradition, elle-même dans la tradition : tout y est.A tous et toutes, chers lecteurs et lectrices de FDV, bonnes et joyeuses fêtes !
Pour les courageux, le livre de Suzanne Roth est à priori trouvable, pour la psychanalyse de l’Alsace, pareil.
Alain
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le 08.12.08 à 09:00
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Commentaires
Mais alors, c'est marrant, parce que dans le Sundgau on dit "braidela". Serions-nous une curiosité linguistique?
Après votre billet, j'ai trouvé la psychanalyse de l'Alsace à la Fnac, aussi.
Camille - 08.12.08 à 11:28 - # - Répondre -
← Re: infinies variations...
Camille, tout varie en Alsace. A 5 km de distance une patate sera "arteffle" ou "grumbera"... alors si vous nous invitez à faire 50 km vers le sud pour arriver jusque dans le Sundgau, imaginez l'expédition linguistique. Les traducteurs seront nécessaires. D'ailleurs ma grand mère, institutrice, m'a toujours dit que l'on ne pourrait pas parler de langue alsacienne puisqu'aucune grammaire n'était écrite, alors le vocabulaire... Bravo pour la lecture à venir de "Psychanalyse de l'Alsace", je vous mets au défi de ne pas pleurer à la fin du livre, il est édifiant de modernité. Bonnes fêtes.
alainlaufen - 08.12.08 à 21:27 - # - Répondre -
Après avoir fait des "anisbredele" (?) ce week-end, je me demandais justement, pauvre marseillaise peu au fait des langages du grand nord, comment je devais les prononcer avant de les manger. Merci pour les précisions !
Le confit c'est pas gras - 10.12.08 à 13:37 - # - Répondre -