Chocolate Chip Cookies
Fureur des Vivres n° 24, décembre 2009, le chocolat
Globalisation oblige, les recettes américaines (crumbles, cookies, muffins, etc.) ont envahi le Vieux Continent : c’est une bonne nouvelle, mais la version Européenne est rarement fidèle à la version originale. En France on connait sous le nom « cookie » le cookie aux pépites de chocolat, mais en réalité il y a des centaines de sortes de cookies traditionnels. La préparation des chocolate chip cookies en Europe nécessite quelques modifications à la recette pour compenser les différences entre les farines et les sucres d’ici et leurs équivalents aux USA ; autrement, le résultat sera très différent de l’original, pas assez moelleux.
Chocolate Chip Cookies

Les recettes ont toujours subi d’énormes mutations en traversant les frontières et les océans : il y a un siècle, c’était le cas pour les recettes Européennes qui débarquaient en Amérique ; il y a quelques années, vice versa, plusieurs recettes traditionnelles d’Amérique ont subi les mêmes distorsions en traversant l’océan. Ces mutations sont, à mon avis, imputables aux différences dans la culture alimentaire entre le pays d’origine et le pays d’adoption, mais aussi et surtout aux différences dans les ingrédients.
Pour les Chocolate Chip Cookies, la première confusion vient de la langue – non, pas des papilles gustatives, mais des mots qui décrivent les mets. Il faudrait déjà comprendre ce qu’est un « cookie ». Le mot vient du néerlandais « koekje », transformé en « cookie » probablement dans la colonie de Nieuw Amsterdam, mieux connue aujourd’hui sous le nom New York.
En France on tend à appeler « cookies américains » uniquement les cookies aux pépites de chocolat, mais « cookies » désigne une vaste catégorie de biscuits. Consommés en toutes les saisons, les cookies sont toutefois étroitement associés aux festivités de Noël – ainsi ils assument les formes décoratives de la saison (étoiles, cloches, anges, arbres, pèrenoels et bretzels), et juste avant Noël toutes les familles se mettent à faire une énorme variété et quantité de cookies et à les échanger.
Taxonomie du genre Crustulum koekjes statunitensis

Les recettes ont toujours subi d’énormes mutations en traversant les frontières et les océans : il y a un siècle, c’était le cas pour les recettes Européennes qui débarquaient en Amérique ; il y a quelques années, vice versa, plusieurs recettes traditionnelles d’Amérique ont subi les mêmes distorsions en traversant l’océan. Ces mutations sont, à mon avis, imputables aux différences dans la culture alimentaire entre le pays d’origine et le pays d’adoption, mais aussi et surtout aux différences dans les ingrédients.
Pour les Chocolate Chip Cookies, la première confusion vient de la langue – non, pas des papilles gustatives, mais des mots qui décrivent les mets. Il faudrait déjà comprendre ce qu’est un « cookie ». Le mot vient du néerlandais « koekje », transformé en « cookie » probablement dans la colonie de Nieuw Amsterdam, mieux connue aujourd’hui sous le nom New York.
En France on tend à appeler « cookies américains » uniquement les cookies aux pépites de chocolat, mais « cookies » désigne une vaste catégorie de biscuits. Consommés en toutes les saisons, les cookies sont toutefois étroitement associés aux festivités de Noël – ainsi ils assument les formes décoratives de la saison (étoiles, cloches, anges, arbres, pèrenoels et bretzels), et juste avant Noël toutes les familles se mettent à faire une énorme variété et quantité de cookies et à les échanger.
Taxonomie du genre Crustulum koekjes statunitensis
- Pressed cookies : biscuits pressés. On fait une pâte molle et on l’extrude avec une seringue à biscuits (le « cookie press ») ou une poche à patisserie dotée d’embouts qui leur confèrent une forme particulière. Pensez aux Spritz d’Alsace et Lorraine.
- Molded cookies : biscuits moulés. On fait une pâte dure et on la moule avec les mains dans la forme voulue. L’exemple par excellence est le Peanut Butter Cookie, biscuits au beurre d’arachides souvent finis en les écrasant avant la cuisson avec une fourchette. [NDR les arachides sont le seul aliment que je déteste sous toutes ses formes, surtout dans sa présentation prémâchée, le peanut butter…].
- Rolled cookies : biscuits roulés. On fait une pâte dure et on la découpe en formes variées avec des « cookie cutters », outils traditionnels américains en forme d’étoiles, cloches, anges, arbres, voir http://cookiecutter.com/ pour une sélection assez impressionnante. L’exemple classique est le « Gingerbread Man », le bonhomme en pain de gingembre. A Noël chez moi, on cuisine un grand nombre de sablés formés avec des cookie cutters.
- Refrigerator cookies : biscuits de pâté réfrigérée. On fait une pâte semi-dure, on la roule en cylindres et on la met au frigo pour la rendre encore plus ferme. On coupe la pâte froide en rondelles et on les enfourne. L’avantage est que l’on peu préparer la pâte bien à l’avance, et quand on a envie d’une gourmandise, on sort le bloc du frigo et en quelques minutes on a des biscuits chauds.
- Bar cookies : biscuits en bloc. On met la pâte dans un moule, on la passe au four et on découpe après en carrés. En Angleterre on les appelle « tray-bake ». Exemple classique : les brownies, voir la recette de Jacqueline ici sur FdV : http://www.fureurdesvivres.com/news/la-recette-des-brownies-made-in-u-s-a . Le célèbre Biscuit Tiède de Chocolat Coulant, « inventé » par Michel Bras en 1981, n’est rien d’autre qu’un brownie mi-cuit… et c’est génial ! (voir article par Estèbe sur La Tribune de Génève http://www.tdg.ch/loisirs/restaurants/destin-prodigieux-fondant-chocolat-2009-05-21 )
- Drop cookies : biscuits à goutte. On fait une pâte assez molle et on la laisse tomber en grosses gouttes de la cuillère sur une plaque pâtissière. En pratique, la pâte n’est jamais assez molle pour tomber toute seule, donc on l’aide avec un doigt ou une deuxième cuillère. Mais on n’a pas besoin de les écraser sur la plaque, avec la chaleur du four ils vont s’aplatir touts seuls. Dans ce genre on trouve les cookies à l’avoine, aux noix de pécan, aux noix, les macaroons à la noix de coco, et bien sur les Chocolate Chip Cookies, alias Toll House Cookies.
La recette des Chocolate Chip Cookies
Version améliorée et adaptée aux ingrédients Européens par mon épouse Catherine Marcogliese, canadienne et auteure de cookies d’exception.
L’adaptation tient compte du fait que la farine aux USA et au Canada est bien plus humide que la notre, et que le sucre roux est complètement différent, lui aussi bien plus humide. En Europe le sucre roux (Demerara) résulte du fait qu’il est moins raffiné que le sucre blanc, mais à part la couleur il a la même texture que le sucre blanc : des cristaux secs. Aux USA le sucre roux (Cassonade) n’est que du sucre blanc auquel on a rajouté de la mélasse liquide, il n’est donc pas sec et les cristaux restent humides et collés entre eux. Si on utilise la recette originale en Europe, les cookies deviennent craquants et durs. La solution consiste à réinjecter dans le sucre un peu de sirop liquide, cela va garantir que l’on obtiendra la texture voulue, moelleuse, surtout au centre du cookie. Le temps de cuisson va aussi jouer sur la qualité du résultat.
L’amélioration consiste à bannir les « chocolate chips » industriels utilisés normalement aux USA, des gouttelettes de chocolat au lait prêts à utiliser de qualité exécrable, faits par Nestlé et Hershey et disponibles dans tous les supermarchés américains. On les remplace donc par des brisures de chocolat noir de qualité. En effet, il s’agit d’un retour aux origines, puisque l’utilisation de vrai chocolat noir (de Nestlé) est exactement ce que prévoyait la recette de Ruth Graves Wakefield, propriétaire du Toll House Inn et inventeur en 1937 du célèbre Toll House cookie ; avec le succès foudroyant des cookies, elle signa un « deal » avec la société Nestlé, qui aujourd’hui détient la marque déposée Toll House.
Version améliorée et adaptée aux ingrédients Européens par mon épouse Catherine Marcogliese, canadienne et auteure de cookies d’exception.
L’adaptation tient compte du fait que la farine aux USA et au Canada est bien plus humide que la notre, et que le sucre roux est complètement différent, lui aussi bien plus humide. En Europe le sucre roux (Demerara) résulte du fait qu’il est moins raffiné que le sucre blanc, mais à part la couleur il a la même texture que le sucre blanc : des cristaux secs. Aux USA le sucre roux (Cassonade) n’est que du sucre blanc auquel on a rajouté de la mélasse liquide, il n’est donc pas sec et les cristaux restent humides et collés entre eux. Si on utilise la recette originale en Europe, les cookies deviennent craquants et durs. La solution consiste à réinjecter dans le sucre un peu de sirop liquide, cela va garantir que l’on obtiendra la texture voulue, moelleuse, surtout au centre du cookie. Le temps de cuisson va aussi jouer sur la qualité du résultat.
L’amélioration consiste à bannir les « chocolate chips » industriels utilisés normalement aux USA, des gouttelettes de chocolat au lait prêts à utiliser de qualité exécrable, faits par Nestlé et Hershey et disponibles dans tous les supermarchés américains. On les remplace donc par des brisures de chocolat noir de qualité. En effet, il s’agit d’un retour aux origines, puisque l’utilisation de vrai chocolat noir (de Nestlé) est exactement ce que prévoyait la recette de Ruth Graves Wakefield, propriétaire du Toll House Inn et inventeur en 1937 du célèbre Toll House cookie ; avec le succès foudroyant des cookies, elle signa un « deal » avec la société Nestlé, qui aujourd’hui détient la marque déposée Toll House.
La recette donc :
- Dans une épicerie spécialisée, essayez de trouver du « Lyle’s Golden Syrup » (Angleterre) ou de la mélasse légère (Canada), ou bien faites vous-même une petite quantité de sirop clair avec 25g de sucre et un peu d’eau.
- Chauffez le four à 190°C.
- Prenez 100 g de beurre, laissez à température ambiante puis monter vigoureusement avec une cuillère, à froid, jusqu’à obtenir une masse crémeuse. Continuez à battre le beurre, en y incorporant 65 g de sucre roux et 85 g de sucre blanc.
- Battez et incorporez 1 ou 2 cas de sirop, 1 œuf et une ½ cac d’extrait de vraie vanille. Incorporez 100 g de farine, ½ cac de sel et ½ cac de bicarbonate de soude (ou levure chimique). Incorporez 100g de noix hachées (noix de Grenoble, noisettes, amandes) et 100g de chocolat noir de qualité haché au couteau.
- Toutes ces opérations doivent se faire vite et sans manipuler la pâte. N’essayez pas d’obtenir un mélange trop uniforme, battez assez pour bien incorporer les ingrédients mais pas plus.
- À l’aide d’une cuillère à café, laisser tomber des morceaux de pâte sur une plaque pâtissière beurrée, en laissant assez de place, parce qu’ils vont fondre et s’étaler. N’essayez pas de faire des grands cookies pour imiter les produits industriels, il faut les faire assez petits.
- Passez au four pendant 8-10 minutes jusqu’au moment ou les bords commencent à brunir.
Toutes les variations sont autorisées : du cacao dans la pâte, des raisins préalablement trempés quelques heures dans le whisky.
Mike
Mike
mots clés : Mike, chocolat
le 29.12.09 à 09:00
dans Les vivres en fureur
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Commentaires
Caramba, enfin une explication rationnelle à un fiasco répétitif
Merci Mike !
Je comprends enfin pourquoi ma fillette rate systématiquement ses recettes françaises lorsqu'elle tente de les faire découvrir à ses petits amis américains, et pourquoi elle ne s'y retrouve pas plus lorsque je lui présente les photos de tous ces succulents biscuits de Noël 100% américains réalisés avec des ingrédients 100% français !
Mais... concrètement : Existe-t-il quelque part un tableau d'équivalences (ou d'adaptation) des principaux ingrédients de part et d'autre de l'Atlantique ?
Laurence JL - 29.12.09 à 13:01 - # - Répondre -
← Re: Caramba, enfin une explication rationnelle à un fiasco répétitif
Les conversions des cups de farine ou sucre en grammes sont dispo sur le net. Mais il n'y a pas de règles pour les conversions des recettes, certaines fonctionnent sans modifications, d'autres sont sensibles aux ingrédients "différents", surtout les recettes qui demandent des mesures bien précises pour reussir, comme la patisserie et les cookies...
Certains ingrédients sont impossibles à trouver hors frontieres, il faut donc improviser.
La crème fraiche n'existe qu'en France, ailleurs c'est de la simple, double ou triple crème non fermentée. En Angleterre on trouve une crème superbe, la "clotted cream", épaissie par rechauffement ; on y trouve aussi un lait exceptionnel, même non-homogénéisé, avec sa crème jaune qui flotte dans le quart supérieur de la bouteille.
Aux USA on trouve difficilement des poulets fermiers de la qualité à laquelle on est habitués en France ; mais on y trouve des viandes de boeuf superbes, en général bien meilleures qu'ici (sauf avoir des copains dans l'Aubrac).
Le poisson connu sous le nom de "turbot" aux USA n'est pas du tout un turbot, depuis 1970 c'est le nom marketing du Flétan du Groenland (Greenland halibut).
Les délicieux petits navets de chez nous n'existent pas aux USA, là les navets sont des monstres coriaces de la taille d'un pamplemousse au goût particulier, pas bons...
Le délicieux potimarron est introuvable en Amérique. Mais aux USA en hiver on trouve des courges de type Butternut ou Acorn, superbes, et qui commencent à envahir nos marchés en France.
En Amérique la reference absolue en cuisine est Joy of Cooking http://www.thejoykitchen.com/ , le livre de Irma Rombauer paru pour la premiere fois en 1931. C'est vraiment pas mal, un classique américain, ici j'ai l'edition de 1975. On y trouve comment cuire un oeuf, mais aussi comment découper un caribou.
Mike Tommasi - 29.12.09 à 21:22 - # - Répondre -