S'identifier - S'inscrire - Contact

Fureur des Vivres

Cocotte, vermicelle et chabrot

Fureur des Vivres n°2, février 2008, potages, soupes et veloutés

Ah la table de son enfance !
Ces émotions culinaires si généreuses.
Notre éducation gustative en marche.
Euh...première empreinte de notre madeleine ?
 



 

Cocotte, vermicelle et chabrot

Mes souvenirs de tablées ne sont pas flous du tout, ils se dessinent nettement en joyeuses réunions.
Je m'y revois entourée de mes soeurs, de mes parents, mais aussi de mon oncle et de mon grand-père.
Nous ne manquions pas de deviser à grands renforts de décibels (ben oui c'était pas en l'an 40 non plus, donc parler à table nous était permis)...sept à la maison, c'est génial : on s'apporte beaucoup les uns les autres (côté assiette : on se donne ce que l'on apprécie le moins et l'on chipe ce que l'on aime le plus) et puis tiens ça me fait penser, j'ai oublié de citer le chien. Zétions huit.
 
Et donc huit c'est vivant, ça cause (et ça jappe), ça coupe les cheveux en quatre quelquefois, ça se crêpe le chignon...(çuilà dont on retrouvera
quelques brins dans la soupe ?)

Mais revenons au tableau du "tous-ensemble-dans-une maison-de-ville-avec-jardin-potager-pour-seul-luxe".
 
C'est avec un plaisir communicatif que mon grand-père cultivait ce jardin (j'eus très vite à ma taille bêche et râteau confectionnés de ses mains adroites car..."Pépé je veux planter des fraises !" et Pépé s'exécutait) et qu'il élevait quelques poules "pour leurs bons oeufs tu vois comme ils sont gros ?"
Me doutais-je déjà au son de ses propos gourmands que ces mêmes bêtes finiraient un jour dans notre pot familial ? Très certainement.

 
Car qui dit "par-ici la bonne soupe" dit pot familial qui tient la route.
Bon ici, il est bon de souligner au lecteur charitable un détail géographique, je décris le Poitou pas le Béarn où nous possédons aussi le fameux pot !
Mon grand-père possédait donc le pot, mais aussi la cuisinière, celle-là même dont je rêve aujourd'hui... son alimentation au charbon de bois me fait nettement moins rêver.

J'ai donc été bercée par les glouglous du bouillon, celui du pot poitevin.
 
 
On dit qu'en Poitou les plats sont solides, simples, longuement mijotés. Les soupes de mon enfance ne dérogent pas à cette règle.
 
J'ai en mémoire d'incroyables bouillons de légumes et de viandes mêlés, souvent assemblés à la diable  -mon grand-père faisait dans la générosité pas dans la dentelle- et qui auraient effrayé plus d'un gosse...jugez plutôt : carcasses de poule, pieds avec leurs ergots et tout le saint frusquin, têtes fièrement auréolées de crêtes...ces becs...ces billes...des yeux ?...ces trucs…ces...
"C'est bon !" décrétait-il en ajoutant un foie, pendant que j'invoquais les cieux et la mienne de foi curieusement naissante, enfin...merci quand même petit Jésus pour ce merveilleux vécu.

Mais revenons au contenu du pot, ce joyeux méli-mélo qui allait constituer le bouillon magnifique dans lequel Pépé finirait, une fois filtré, par jeter du vermicelle ou des haricots blancs, c'était selon. Je leur préférais le vermicelle. J'en raffole toujours aujourd'hui.
 
Ma mère a bossé quarante ans dans un laboratoire vétérinaire, soignant des ovins.
Je repense souvent à ces bocaux de formol avec des têtes d'agneau bizarroïdes, pas gâtés par la nature et qui trônaient sur les étagères.
 
Mais chassons ces moutons et revenons-en à nos poulets...Si mon grand-père donnait dans le "hand-made-gore", plus tard ma mère reprit le flambeau en nous servant lors de soirées revival, le pendant de cette soupe version "poulet-vermicelle-Knorr-quelle-horror"... vu qu'elle bossait et manquait de temps. 
Mais c'était quoi ces crottes microscopiques entre les nouilles ?
 
Ben voilà quoi...entre les deux versions...y'a pas photo.

Chérie tu es la digne fille de ton grand-père, merci maman.
Famille merci. 

N’empêche que maintenant, quand j'utilise les carcasses, ce sont toutes ces images qui reviennent.

La soupe au vermicelle m'a également fait découvrir Vian puis Queneau, rapport à tonton de la java des bombes atomiques qui avalait d'un coup sa soupe au vermicelle...du vermicelle à la littérature, c'est beau.
 
Je terminerai ces évocations en vous parlant du fameux chabrot (ou godaille) une pratique que l'on retrouve dans de nombreuses régions.
Faire chabrot, c'est déverser un peu de vin sur la fin du contenu de son assiette de soupe pour améliorer les dernières lampées...On donnait aux enfants, non pas une quantité inférieure de vin rouge mais un peu de lait pour faire comme les grands.
Enfin c'était pas pareil, c'était pas rouge, c'était moins beau...Et la peau du lait (arrgggghhh) contrairement aux yeux de poulet...allez savoir pourquoi...j'ai vite arrêté, ça ne me faisait pas le même effet.
 
Une autre tradition que l'on retrouve en Poitou sous les termes de "mijo ou mijet" : un mijo est un bouillon de légumes où nagent des morceaux de pain, il est lié au vin et à l'eau et additionné de glaçons, une soupe qui rafraîchit, ça ne vous rappelle rien ?
Inutile de dire que souvent eau, vin, pain et glaçons constituent sommairement ce rafraîchissement estival et qu'il est...très pittoresque, puisqu'on ne sait plus après qui du breuvage ou du soleil vous a flanqué la casquette.
 
A bientôt et surtout...bon appétit !

mots clés : , , ,

le 28.02.08 à 09:00 dans Les vivres en fureur - Version imprimable
- Commenter -

Partagez cet article


Commentaires

Et les yeux dans le bouillon ? le gras qui faisait comme des grosses pupilles écartelées, tu n'as pas connu ? La référence de littérature enfantine c'est le petit Nicolas...

Tiuscha - 09.03.08 à 11:47 - # - Répondre -

Commenter l'article

Accès rapide

accueil contact inscription l'ours en fureur... qui sommes-nous ? L'intégrale de la prose des furieux

Inscription à la newsletter

Inscription désinscription

Le tablier FdV

le tablier fureur des vivres

Au menu de la Fureur

Référencé sur Viadeo

Blog Appétit

blog appetit
blog-appetit.com