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Fureur des Vivres

Histoire d’un test à la con

Fureur des Vivres n° 14, février 2009, coquillages et crustacés

Chaque année, alors que les beaux jours reviennent, que les touristes déboulent, les tenues s’allègent et les ostréiculteurs tremblent. C’est quand qu’elles vont crever les pauvres souris ? Parce que c’est à ces bestioles que l’on doit notre bonheur estival de déguster des huîtres en provenance du Bassin d’Arcachon.

 



Histoire d’un test à la con

 

C’est quoi ce test en quelques mots ? Accrochez-vous c’est peu ragoûtant. En même temps on est dans la science qui n’est pas particulièrement connue comme une discipline romantique. Je cite La Croix (5 septembre 2006). « Conçu en 1984 par les Japonais, leaders mondiaux en matière de toxicologie des aliments crus, le test consiste à injecter un broyat de glandes digestives (l’hépatopancréas) issues de plusieurs kilos d’huîtres dans l’abdomen de trois souris. Le broyat est en réalité un extrait de peptides (très petites protéines) liés à des lipides qui a été purifié par des méthodes de séparation chimique (chromatographie et spectrométrie de masse). Si, au bout de vingt-quatre heures, deux des trois souris meurent, le test est dit positif, le coquillage considéré comme toxique et sa vente interdite. Auparavant, la survie de la souris était mesurée au bout de cinq heures. Mais, en 2002, la Commission européenne a décidé de renforcer les contrôles sanitaires en prolongeant la surveillance jusqu’à vingt-quatre heures, de façon à prendre en compte l’effet retard de certaines phycotoxines. » C’est glam, non ? Si j’en crois une autre interprétation entendue quelque part, ce serait l’équivalent de 6 douzaines d’huîtres injectées dans le bidon des petites Mickey et Minie… 72 huîtres directement dans mes tripes, je crois que j’aurais probablement quelques douleurs ici et là. Voilà en tout cas pour la réalité scientifique.

Pour la réalité économique, c’est évidemment la cata : les 370 conchyliculteurs du Bassin d’Arcachon perdent 200 à 300 000 € par jour durant la saison estivale quand les souris calenchent (2002, 2005, 2006).

C’est après que viennent les fantasmes et que des faits indépendants mis bout-à-bout montrent une autre réalité. Parce qu’on ne sait toujours pas ce qui fait crever ces souris. Le test sert de fusible pour mesurer la présence d’une toxine dans le phytoplancton dont se nourrissent les huîtres mais sans savoir laquelle et surtout d’où et comment elle est « arrivée ». C’est parce qu’elle est aux avant-postes de la pollution (tout comme les autres crustacés) que l’huître déguste…

Le Bassin d’Arcachon est dit victime de son succès. Le plus fort taux de population senior de France sur le sud du Bassin, des besoins immobiliers grandissants (les promoteurs aimeraient sans doute beaucoup bétonner les ports de pêche sur tout le pourtour du Bassin), une industrie papetière, la peinture des bateaux de plaisance, le rejet des eaux usées, sur quoi faut-il taper pour expliquer la pollution réelle du Bassin ? Sans doute sur tout cela à la fois, d’où la complexité du sujet (et les lourds investissements nécessaires… ou les décisions politiques courageuses, c’est-à-dire impopulaires). Le sujet est suffisamment tabou pour que la rédaction de Thalassa, qui avait pris la précaution de permettre au Président de la section conchylicole de voir en avant-première un reportage sur le sujet lors du passage de l’émission à Arcachon en décembre dernier, déprogramme finalement le sujet au dernier moment. « Le meilleur moyen de tuer les ventes de fin d’année » aurait dit ce monsieur.

Ne stigmatisons pas le Bassin, c’est pareil pour l’Estuaire de la Gironde dont la pollution d’aujourd’hui tient aux mines de Decazeville (Aveyron…) dont l’exploitation est arrêtée depuis plusieurs dizaines d’années, aux arboriculteurs du Lot-et-Garonne (et d’ailleurs) et aux vignerons sur tout le bassin versant de Garonne et Dordogne (ça en fait quelques uns). Les conchyliculteurs de Marennes-Oléron n’ont qu’à bien se tenir ou à militer férocement pour que les vraies questions soient posées. Il y a un enjeu réel : à force d’accuser coquillages et crustacés de mettre en danger la vie des humains, tout finira bien par disparaître. Tout ça dans la non-réalité la plus criante : 400 personnes sont bien hospitalisées chaque année à cause des huîtres… mais parce qu’elles ne savent pas les ouvrir.

Alors que faut-il faire ? Le tout nouveau Député François Deluga (PS) élu à la faveur d’une législative partielle à l’automne dernier n’a pas manqué dès son arrivée à l’Assemblée d’interpeller Monsieur Barnier pour lui demander des nouvelles de la mise au point du nouveau test. Par charité chrétienne sans doute, il n’a pas rappelé que cela avait été promis par tous les Ministres successifs... On attend toujours la réponse du Ministre. Tout comme les sommes bloquées en ce sens par le Conseil Régional d’Aquitaine pour financer partie de ses travaux attendent de trouver une utilisation.

La dernière crise de 2006 dont nous avions narré l’épilogue sur un air de dépit tant la mascarade avait été grotesque (rappelez-vous, l’huître accusée de mort d’hommes !) n’a toujours débouché sur rien. Aucune mesure prise pour diminuer le risque d’une nouvelle crise… Juste une idée émise par mon fournisseur dominical du Marché des Chartrons à Bordeaux : remplacer les souris par des ragondins.


Alain

 

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le 24.02.09 à 09:00 dans Courant de pensée - Version imprimable
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