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Fureur des Vivres

Jaune acide (Caves Bourdy "2001 - 1888")

Fureur des Vivres n° 17, mai 2009, l'acide

"2001 - 1888". Soit un tour de piste en 114 vins des caves Bourdy, sur 2 jours pour 12 convives. Que retenir de deux jours lorsque le temps s'est arrêté ? Ont-ils même existé ?





Jaune acide (Caves Bourdy "2001 - 1888")


Il m'a fallu approcher les vins jaunes du Jura à maintes reprises avant d'espérer entrevoir le sens de ce qui est aujourd'hui mon jardin secret. 15 ans plus tard, mes yeux continuent de scintiller et le mystère reste épais. Avant qu'ils n'opèrent leur mue, ces purs savagnins affichent une forme de brutalité naturelle qui rebute les palais non avertis. Pré-pubères, ils affichent un profil dru, sans concession, marqué par la noix, les épices et des notes oxydatives qui les logent à des lieues des canons de l'orthodoxie œnologique. Mais, au-delà de cette violence sourde, c'est l'acidité, que seul le "temps long" peut patiner (égrenez 5 à 60 ans, selon les millésimes), qui imprime, trace et marque cette empreinte vivace dans la vie d'un buveur. Ce trait aigu, noble, antithèse du vin putassier, type aussi nombre de crus jurassiens, blancs et rouges.


O N B

Le format et le rythme de la dégustation n'ont laissé que peu de temps aux vins pour s'exprimer alors chacun d'eux aurait mérité d'être le pivot d'un repas.

Les intensités d'arômes, saveurs ou sensations sont graduées de 1 à 3 avec, ça et là, quelques coquetteries exprimées en ½ point.

Oeil, Nez, Bouche et autres frissons.
 
 

Côtes du Jura  (vin Jaune) – 1996
N : Poire, s'offre tout en fraîcheur.
B : Même registre, dénué de violence, élégance, violette, réglisse, poivre.
Vin police, déjà intégré, posé.

 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1991
N : Finesse et rafinement.
B : Frais, élégant, fleuri.
Beaucoup de distinction, élégant. Arômes en retrait mais jolie colonne vertébrale pour un millésime méconnu.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1969
N : Alangui, copieux, généreux, rond.
B : Epicé, marguerite, acide, sucrée.
Complet et élégant. Un poil décharné mais quel nerf ! Long.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1954
N : Biscotte, rondeur, volatile.
B : Salé, belle acidité finale, caramel au lait, fin, élégant, dans le style des vins de l'"étoile".
Enlevé, droit, aride, difficile mais incisif, floral, superbe finale minérale.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1952
N : Superbe pralin, croute de pain, fumé, café, élégant, intense et doucereux.
B : Rond, oriental, riche, gras, floral, minéral.
Jamais étriqué, café, peau d'abricot, joli toucher de bouche !
Exemplaire en terme de complexite/minéralité.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1951
N : Discret, fermé.
B : Prend toute sa dimension, fruits blancs, calvados à l'attaque, peu/pas oxydatif.
Paradoxal et séduisant : bouche sévère, resserrée et ouverte, austère et généreuse, rectiligne. Rectiligne et sévère. Jamais avare mais sévère. "Il lui faut 20 ans".
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1949
O : Doré.
N : Ouvert, large, direct.
B : Idem, un peu sec malgré le gras, vin paradoxal, ananas.
Sur la réserve avec un énorme potentiel. Il a tout : fin, puissant, retenu.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1947
N : Marguerite, datte.
B : Dentelle, vin intégré, vin modèle, nuancé, croûte de pain, prend toute sa place avec délicatesse.
Le choc. Minéralité, "pas un mot plus haut que l'autre". Intemporel, "50 ans pour se faire". Jeune. S'allonge pendant des heures. (7 heures de carafe).
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1942
O : Très doré, profond, vieil or. Gras sur le verre.
N : Magnifiques fleurs, caramel, aérien bien que prégnant. Peau de pomme fraîche.
B : Assez pointu, épicé, bois sec.
Souple, puissant, sec, à ne pas juger en l'état, acidité et sècheresse articulent le vin. Trop jeune.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1935 (avant Aoc)
N : Très intégré, avec fleurs, fondu, caramel, arômes doux.
B : Très rond, sur le gras plus que sur les arômes.
Méditation (11 ans de fûts).
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1934 (avant Aoc)
O : Doré, plein, brillant.
N : Complexe, profond, pareil aux vieux apéritifs amers. Fin.
B : Ultra-jeune ! Fleuri, un grand alcool, noblesse, puissance modérée, arômes un peu confits.
Top. Minéral.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1929 (avant Aoc)
N : Puissant, fleurs, superbe oxydation, assez rond.
B : Style entre rondeur et oxydation, en l'état élégance en retrait mais très grand.
Etalon dans un style puissant, rondeur, fleurs, épices, aérien, fleur en finale.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1928 (avant Aoc)
O : Très doré.
N : Droit, moyennement flatteur. Très fraîches notes de prunes à l'aération.
B : Assez rêche et puissant, petite touche de colle, élégant.
Austère et grand. Interminable, puissant, rebondissant (fleur/minéral). Bouteille folle.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1921 (avant Aoc)
N : Eau de vie, un poil brûlant, pineau des Charentes/pruneau.
B : Contours un peu mous, assez rond, notes oxydatives géniales en deuxième rideau, cuir.
Incroyable de délicatesse et puissance. Oxydation ménagée, très fleuri.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1911 (avant Aoc)
N : Beaucoup de volume, rien ne dépasse. Des herbes, fraîcheur, gentiane, droit, beaucoup d'épices, silex.
B : Jeune !!! Inaltérable, aérien, réglisse, noix 1/2.
Il serait prétentieux d'écrire. Inarrêtable. Longueur à inventer. Un grand alcool.
 
Château-Chalon (vin Jaune) – 1895 (avant Aoc)
N : Fraîcheur, herbes, écorces, notes douces d'amande.
B : Jeunesse insoupçonnable. On s'éloigne du style Château-Chalon.
Bouche propre, silex très frais, aucun trou. Reste des années lumière dans le verre vide.
Dernière récolte avant phylloxera.
 
BONUS :
 
Côtes du Jura – Blanc – 1911 (avant Aoc) – Gamay blanc !
O : très doré.
N : Fumé, incisif, encore tendu, un grand alcool.
B : Eblouissant, jeune, quintessence du terroir, bluffantes notes de beurre salé.
Droit comme un "i", ne tombe jamais.
Tous les convives se lèvent pour applaudir.
 
Côtes du Jura – Blanc – 1888 (avant Aoc) – Gamay blanc ?
O : Doré, gras.
N : Fleuri, miel, vivant, élégant, brioche, angélique.
B : Tendre, notes aériennes d'aubépine, caramel au lait, épices douces.
Aucune prise du temps, matière présente.
Longévité (en bouche et bouteille). L'oxydatif existe, mais avec élégance et discrétion, en troisième rideau. Pré-phylloxérique.
 

Dominique
Aoc - Agitation Oenologique & Culinaire
 
 

mots clés : Technorati, Technorati, Technorati

le 26.05.09 à 09:00 dans Vin - Version imprimable
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Commentaires

Les grands jaunes enjambent à ce point allégrement les années, les décennies, les siècles, qu'on se demande parfois pourquoi tous les vignerons du cosmos ne calquent pas leur technique oenologique sur celle de nos potes du Jura. Si le monde entier était jaune, on rigolerait bien, non? 
Devant une telle longévité, on se demande aussi si la consommation d'un clavelin quotidien ne pourrait pas garantir la jeunesse éternelle. Un élixir de jaunesse, en somme.    

Estèbe - 26.05.09 à 09:30 - # - Répondre -

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