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Fureur des Vivres

L’arbre à chocolat des précolombiens

Fureur des Vivres n° 24, décembre 2009, le chocolat

Au troisième jour de la création du monde, dans les forêts chaudes et brumeuses d'Amérique centrale, parmi les herbes portant semence et les arbres fruitiers, Dieu fit pousser un arbre dont le fruit allait apporter aux hommes moult plaisirs et consolations. Cet arbre c’est  le cacaoyer que les hommes, dans leur grande sagesse, s'approprièrent. A partir des fèves des cabosses, ils fabriquèrent le chocolat, divine drogue douce, symbole de plaisir. Bols de chocolat fumant offerts aux dieux et aux princes qui plus tard réjouiront l’humanité sous de multiples formes.

L’arbre à chocolat des précolombiens



L’arbre à chocolat est un don des dieux.

Il y a des siècles, 2000 ans avant notre ère, les peuples précolombiens entretenaient avec la nature des relations très particulières. Le monde qui les entourait était sacré, sacrés les serpents, sacrés le maïs et le cacaoyer cet arbre étrange  qui préfère pour croitre l’ombre au soleil. Il poussait dans les forêts chaudes et humides et fournissait des fruits tout au long de l’année. De curieuses grosses gousses bosselées et rouges, jaunes ou oranges qui poussaient directement sur le tronc de l’arbre.
Les Mayas et les aztèques l’avaient appelé "cacahuaquechtl" c'est à dire l'Arbre qui donne la boisson des dieux.



Cet arbre avait rapporté par Topiltzin Quetzalcóat le roi toltèque de la ville de Tula du domaine royal des Fils du Soleil pour l’offrir aux hommes. Ce bienfait ne lui apporta pas le bonheur, car les hommes, ingrats et jaloux, lui firent boire un breuvage qui le rendit fou. Il s’enfuit alors sur un radeau de serpents enlacés devenant le mythique Quetzalcóatl, le serpent à plumes, dieu de la végétation,  qui devait revenir un jour chez les hommes. La légende de l’arbre à chocolat offert aux hommes par les dieux inspira plus tard les botanistes qui baptisèrent le cacaoyer Theobroma Cacao.



En attendant son retour, très pragmatiquement les précolombiens avaient eu l’idée de cultiver cet arbre. Il semblerait que ce soit sous le 3ème roi maya, Hunahpu que cette culture commença. Les fèves qui se trouvent à l’intérieur de la cabosse, c’est ainsi que l’on appelle le fruit du cacaoyer, avaient de multiples usages. En premier lieu, elles servirent de monnaie. Légères et imputrescibles, donc éminemment pratiques, les fèves servaient à se procurer nourriture et vêtements, esclaves et tributs au seigneur.
Cette monnaie se consommait et servait aussi de pharmacopée.



Le royaume aztèque le berceau du chocolat

Chocolat. Savez-vous d’où vient ce mot ? Du mot aztèque « tchocolatl » qu’adoptèrent les espagnols et plus particulièrement Cortés lorsqu’il découvrit cette fabuleuse boisson auprès de Moctezuma.

Les premiers hommes à avoir goûté le chocolat furent les Toltèques qui habitaient les jungles humides au sud-est du Mexique il y a 3000 ans environ. Toltèques, incas et aztèques inventèrent toutes sortes de techniques élaborées et d'arts remarquables dont l'invention de la boisson au chocolat.

Ils ont su transformer les graines amères des cabosses en une boisson qu'ils nommèrent "Kakaw", originellement réservée aux rois, aux nobles, aux guerriers et aux marchands : l'élite de leur société. Cette boisson célébrait les grands évènements de la vie : les mariages et les fiançailles ainsi que  tous autres types d'alliance. Lors des banquets, le chocolat était servi après le repas et on le buvait en fumant des pipes de tabac parfumé. Voilà des hommes qui savaient vivre !

C’était également une offrande prisée faite aux morts. On a trouvé dans des tombes des pots cylindriques en céramique qui avaient contenu du chocolat. Sur ces pots sont indiqués le nom du potier, la destination du pot : pot à boisson et la boisson : kakaw parfumé.



Les Aztèques découvrirent que les fèves amères, une fois grillées puis broyées, développaient un goût et des arômes appétissants. Ils enfermaient les fèves blanches dans des feuilles de bananier et les laissaient fermenter au soleil, puis les sortaient de leur enveloppe et les faisaient sécher au soleil où elles prenaient une teinte brune. Pour les rendre comestibles et agréables à déguster, ils les broyaient sur des meules de pierre et obtenaient une poudre. Ils délayaient cette poudre et du maïs broyé avec de l'eau, puis l’aromatisaient de vanille et de piments - mode que les espagnols ont perpétuée un temps - peut-être était-elle adoucie de miel ou d’une sorte de "sucre" naturel, un jus tiré des tiges de maïs. Cette boisson était toujours versée depuis des pots en terre cuite munis de bec verseur d'une certaine hauteur dans des coupes afin d'obtenir de la mousse, considérée comme le meilleur du chocolat. Très prisée des Aztèques qui ne mangeaient seulement cette écume à l'aide de cuillers en écaille de tortue.



Et avant que l’on ne redécouvre les bienfaits de la chocolathérapie, ils utilisaient de la pâte de caco pour soigner des plaies et combattre le venin des piqures de serpent. Le cacao requinquait les aztèques et chassait les fatigues. On veut bien le croire. Avec la théobromine aux effets stimulants et l’anandamine euphorisante, les effets du piment et les minéraux qu’il contient, le chocolat  devait donner des ailes aux aztèques. Pas étonnant qu’il fût paré de toutes les vertus et qu’il séduisit ensuite les espagnols et tous les européens.

Ségolène
 
 

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le 11.12.09 à 09:00 dans Histoire - Version imprimable
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