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Fureur des Vivres

La dinde du Thanksgiving day

Fureur des Vivres n° 12, décembre 2008, furieusement fête

La colonie dite de Plymouth créée par les Pères Pèlerins sur les côtes américaines a du patienter plusieurs années pour se payer trois vaches et un taureau commandés en Angleterre. C’est dire leur état de dénuement et la nécessité qu’ils avaient d’entretenir avec les Indiens des relations amicales.




La dinde du Thanksgiving day



Mais une chose  importante s’était produite au moment où les colons s’apprêtaient à passer leur premier hiver. Ils apprirent que Massasoit, le grand chef de la tribu voisine, était mourant. Edward Winslow, bien que ne connaissant rien à la médecine décida d’aller le voir et le trouva couché dans sa hutte, les dents serrées. Par bribes l’Indien expliqua qu’il ne voyait plus rien, que tout était noir quand il ouvrait les yeux… Il retomba en léthargie et Winslow tenta de lui desserrer les mâchoires avec la lame de son couteau, en priant pour ne pas faire de faux mouvement. Il arriva enfin, à insérer un peu de confiture1 qu’il avait apportée d’Angleterre et à son étonnement, la vue de Massasoit sembla revenir faiblement. Un peu plus de temps et un peu plus de confiture fit que l’Indien put s’asseoir et demander, « un peu de ce bon potage anglais qu’il avait goûté un jour, à Plymouth »2. Winslow fit bouillir des grains de maïs, y ajouta, pour rendre la chose goûteuse, des feuilles de fraisiers ramassées dans le coin, et épaissit la soupe avec un bout de racine de sassafras. Le grand chef allait décidément mieux puisqu’il en redemanda. Winslow tira alors un canard qu’il pluma et le plongea dans le potage, écuma le gras et resservit ce bouillon enrichi. Ce fut le réconfort du grand chef indien qui devint l’ami indéfectible de la petite colonie de Plymouth. Les pèlerins décidèrent de célébrer en novembre 1621, leur survie et William Bradford, second gouverneur de la colonie, en fit une journée d'action de grâce autour d’un repas, avec les Indiens..



Massasoit vint avec cinq cerfs, du popped corn (déjà) et on ajouta des huîtres, des anguilles, du pain de maïs, de l’oie (il semble qu’il n’y ait pas eu de dinde), des prunes, du cresson et des poireaux. Pour la partie sucrée, on utilisa le sirop d’érable. Ce premier « Thanksgiving Day » allait se renouveler chaque année en Nouvelle Angleterre3. Les repas suivants ont été modifiés et selon l’époque, la dinde (certains disent seulement au vingtième siècle) a remplacé l’oie, les cerfs ont disparu, les huîtres cuites continuèrent à être présentes et le popped corn est devenu un snack. Ce repas s’est perpétué en s'améliorant (ou pas) et les recettes anciennes ou modernisées, figurent dans tous les livres de cuisines américains.

Maurice Bensoussan                                                                      

1 Etait-ce de la confiture, était-ce de la gelée ? Peu importe. Il faut seulement rappeler que c’était l’apothicaire qui en ce temps là, vendait les médicaments à base de sucre et de fruits. Les termes exacts employés pas Winslow étaient ; a confection of many comfortable conserves qu’il avait apporté avec lui, comme médicament.  

2 The American Heritage Cookbook, American Heritage Publishing C°, 1963.

3 De nos jours encore, le quatrième jeudi de novembre, les familles des Etats-Unis savourent de la dinde aux airelles avec des patates douces et de la tarte au potiron au dessert.
 

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le 09.12.08 à 15:00 dans Histoire - Version imprimable
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