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Fureur des Vivres

La guerre du lait cru n'a pas eu lieu

Fureur des Vivres n° 9, septembre 2008, le fromage

La guerre du lait cru n’a pas eu lieu.
 
Enfin si, et pour une fois c’est tradition, terroir et patrimoine qui ont gagné cette guerre. Ou une bataille ?




La guerre du lait cru n'a pas eu lieu
 
Enième version du pot de terre contre le pot de fer, les deux industriels du lait, Lactalis et Isigny (vous connaissez tous leurs marques : Lanquetot, Le Petit etc.) ont tenté de faire modifier le décret de l’AOC du « Camembert de Normandie » en 2007. Cheval de bataille : la sécurité du consommateur dont l’ingestion de listéria et autres Escherichia Coli 026 dans du camembert au lait cru peut être source du « SHU (Syndrôme Hémolytique et Urémique) : diarrhées sanglantes, séquelles rénales graves dans 2/3 des cas » (source : site Internet Isigny).

Tremblez consommateurs ! Poussez donc votre Caddie et prenez ce fromage en plastique bien jaune dedans et bien blanc dehors. Mettez votre nez dedans, sentez fort l’odeur du … carton d’emballage. Voilà le bel avenir qu’Isigny et consorts voulaient nous garantir. Parce que dans le décret de l’AOC il est expressément fait mention de l’obligation d’utiliser du lait cru pour s’appeler « Camembert au lait cru ». En proposant du lait thermisé (pour pas dire chauffé entre 40 et 72°) ou du lait microfiltré, les deux ex-poids lourds, réalisant 80% de la production de l’appellation, voulaient continuer à utiliser l’appellation (ça c’est le beurre) et vendre leurs produits insipides (ça c’est l’argent du beurre).

A la levée de boucliers, bien orchestrée par les petits producteurs et autres hérauts de la défense du terroir, l’Inao répondait début mars 2008 que seul le lait cru pouvait être utilisé dans l’appellation Camembert de Normandie. Les petits producteurs normands respirent et avec eux leurs confrères des autres appellations fromagères en France. D’ailleurs les deux industriels sont sortis de l’AOC Camembert de Normandie. On est tristes pour eux, non ? Non.
 
Alain
 
Sources :
http://www.lsa.fr/le-camembert-de-normandie-aoc-doit-il-rester-au-lait-cru,65196
 
http://www.lemonde.fr/aujourd-hui/article/2007/03/14/l-avenir-du-camembert-au-lait-cru_882965_3238.html
 
http://www.isigny-ste-mere.com/fr/actualites.asp
 

mots clés : Technorati, Technorati

le 24.09.08 à 09:00 dans Courant de pensée - Version imprimable
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Commentaires

Merci

merci pour toute les infos.
Yann

Yann - 24.09.08 à 10:49 - # - Répondre -

Pour apporter du lait au moulin ...

Voici le fromage (au lait cru, donc) qui a servi à la confrontation avec les champagnes dans le "Désaccordeur de piano 9" de mardi.

Camembert de Normandie au lait cru -

Camembert de Normandie au lait cru
"Le Béthelin" Jérôme Lajoye - Périers (Manche) - 02 33 46 58 64

Pour que l'information soit complète, un autre candidat était sur les rangs :
Un Lepetit (au lait thermisé, donc).
Pour qui n'aurait pas l'occasion de comparer : le Lepetit est gras, très onctueux et, sous cet aspect, très séduisant. Mais, industriel, il lui manque clairement une dimension en matière de longueur et de complexité de goût. Il a disparu rapidement sous les assauts conjugués des chamapgnes de caractère.

A signaler, la fromagerie Réaux à Lessay (Manche), fabricant du camembert  au lait cru "Réo", propose dans sa boutique des fromages estampillés avec des numéros (1, 2, 3, ...) signalant des affinages plus ou moins avancés. Cette fromagerie était concernée au premier chef par les faits relatés dans le billet d'Alain.

Dominique - 24.09.08 à 13:45 - # - Répondre -

les papilles ont gagné quelques années de répit...Ils recommenceront les bougres...
Il faut absolument monter en épingle le fait que les fromages thermisés sont responsables de contaminations....le vacherin est thermisé , la preuve!

mamapasta - 24.09.08 à 19:05 - # - Répondre -

Kmembert et l'écho du lait

En plein mois du fromage sur Fureur des VIvres, l'actualité est brûlante autour du sujet développé par Alain, avec ce rebondissement de denière minute (26/09/2008):

"Lactalis ferme l'usine Lepetit"
http://normandie.france3.fr/info/46864564-fr.php

Il est intéressant de noter les explications développées dans l'article :
"Lactalis a vu ses consommateurs se détourner vers d'autres marques de camemberts depuis que l'entreprise a abandonné l'AOC". Ces arguments sont repris de la bouche de "Philippe Lepetit, dernier membre de la famille fondatrice à avoir dirigé l'entreprise" qui ajoute : "Tous les camemberts AOC sont en progression. Réo, Gillot, Graindorge ont dû augmenter les fabrications. Ils ont agrandi pour répondre à la demande. Les camemberts en diminution sont les thermisés et pasteurisés (...) Les consommateurs retournent vers des produits naturels".

Les salariés vont donc payer et inévitablement d'autres partenaires feront partie de la charette.
Mais les managers et les communicants de Lactalis verront-ils leurs fautes professionnelles sanctionnées ?

Nous dénoncions leurs errements dès le mois d'avril, ici (
Le pinard déchîné numéro 4).
Il est vrai que sur Fureur des Vivres, avril était le mois de l'amer ...

Ps : Contribution intéressante et éclairante
d'un internaute sur le site de l'Express sur les dessous de l'histoire.
Pimo (son pseudo) réagit à un billet de Perigo Lagasse (janvier 2008) :

"
L'objectif du groupe Lactalys est d'investir le marché américain pour augmenter son chiffre d'affaires
Pour ce faire il faut obligatoirament , et ce état par état, etre en ligne avec les règlementations qualité localesLa stratégie qui en découle est double : Fabriquer au plus près le fromage (aux US donc mieux dans chaque état cible), tout en capitalisant sur les mots camembert " product of France et de Normandie)", voire "Président" utilisant les souvenirs subliminaux du Débarquement .
Il faut donc préparer une triple image :"normandie " "sécurité alimentaire "au sens US et de plus fabriqué localement donc thermisation ( on ne dit plus pasteurisation ,) ça fait ringard
d'ou la démarche y compris de racheter "les noms" comme Lanquetot et Le Petit
Mais comme le programme a pris du retard ( Lactalys est encore en recherche de son équipe qualité (au sens ISO), il faut continuer à assurer le chiffre en France d'ou le double langage"


Dominique - 27.09.08 à 13:27 - # - Répondre -

Re: Kmembert et l'écho du lait

Dominique ! Un grand merci ! c'est la seule info qui me manquait lors de la rédaction parce que moi aussi j'ai délaissé les claquos de Monsieur Lepetit, parce que nonobstant les déclarations péremptoires de messieurs et mesdames d'Isigny et lactalys sur leurs sites Internet respectifs, leurs consommateurs-clients ne sont pas dupes et ont bien ressenti une différence de goût entre le thermisé-pasteurisé et le lait cru. Ce choix stratégique leur ouvrira-t-il le marché US ? J'ai des doutes. Les consommateurs US ne sont pas les ignorants que les poncifs gaulois veulent nous faire croire... D'ailleurs "la fureur de vivre" dont nous sommes l'inspiration portait dans son titre original "Rebel without a cause"... bon dimanche !

alainlaufen - 28.09.08 à 14:33 - # - Répondre -

A lire aussi...

J'en oublierai presque que dimanche dernier notre convivium Slow Food Entre Deux Mets conviait des convives intéressés par le lait crû et le pain dans le cadre des Journées du Patrimoine. A lire absolument : le magnifiquement bien écrit compte rendu par Ségolène sur http://sfedm.viabloga.com/ et notamment les contributions d'Hugues Lataste pour le fromage, Jan Demaitre et Franck et Crystel Garrigou pour le pain. Bonne lecture, ce fut un très beau samedi-dimanche. Restons groupés et mort aux cons.

alainlaufen - 28.09.08 à 14:46 - # - Répondre -

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