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Fureur des Vivres

La Rue

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

«C’est pas nous qui sommes à la rue, c’est la rue kétanou», ainsi que le chante le groupe «La Rue Kétanou». Puisqu’elle est à nous, la rue, profitons-en pour la découvrir.


 

La Rue


Rue de mon jardin

Ruta graveolens-L
, ruta : de la famille des Rutacées, graveolens, qui sent fort, L classée par Linné. Voila pour l’état civil. Elle porte des surnoms tellement contradictoires qu’on pourrait douter de son honnêteté, «belle fille» et «herbe de grâce», c’est plutôt attirant, mais «puante» et «abortive», ça sent le souffre, la marmite de sorcière, on en a brûlé et guillotiné pour moins que ça !
 
Cette plante, venue des Balkans et de l’Italie méridionale fut connue dès l’Antiquité. Très jolie vivace aux gracieuses feuilles polylobées qui porte des petites fleurs jaunes lumineuses, la rue pousse bien dans les terres sèches et ensoleillées et même à l’ombre dans mon jardin, son aspect est séduisant. Mais elle dégage une odeur forte et pénétrante, qui peut déplaire à certains et qui repousse les chats, les rongeurs et même les vipères (pour les langues de vipères, c’est moins efficace !).


Grappa
 
La rue dans l’assiette
Mâchez-en quelques feuilles et vous découvrirez l’amer dans toute sa splendeur. Quelques feuilles dans une salade de tomates ravivent le goût des olives de l’huile qui l’assaisonne. La rue fut d’abord l’un des ingrédients d’un condiment très prisé des romains, le moratum. Incontournable des jardins de simples, elle fait partie des plantes recensées dans le Capitulaire de Villis. Les feuilles séchées ou fraîches faisaient partie du bouquet que l’on plongeait dans les marmites de soupes et de pot au feu. Elles garnissaient également les salades, en petite quantité cependant, car à fortes doses, la rue peut-être toxique.
En raison de ses vertus apéritives, la rue entre dans la composition de vins, de vermouth. Dans la grappa, une eau de vie de marc de raisin, on fait traditionnellement infuser une branche de rue pour la parfumer.
L’huile essentielle de rue est appréciée de l’industrie agro-alimentaire et de la parfumerie car elle apporte un note semblable à celle des pois de senteur.
 
 
La rue, bonne pour la santé
Classée dans la catégorie des toniques-amers, la rue a toujours été utilisée en médecine pour faciliter la digestion et l’écoulement de la bile, et chasser les vers. Contenant de la rutine, elle est aussi vasoprotectrice. Grâce à certains alcaloïdes, la rue favorise l’acuité visuelle. Mais ce qui a fait sa funeste réputation sont ses qualités emménagogue (qui fait couler le sang) et abortive. Employée pour faire venir les règles, elle favorisait aussi les avortements, c’était la plante favorite des faiseuses d’anges.
Mais oublions cela et voyons plutôt ses côtés positifs. Elle a servi de protection contre la peste, pour des voleurs certes ... On raconte que pendant la peste de 1630 à Toulouse, 4 voleurs détroussaient sans dommage les pestiférés décédés en utilisant un masque trempé dans une décoction vinaigrée de plantes dont la rue, cette potion fut appelé le vinaigre des 4 voleurs.
 
Si vous êtes un peu paranoïaque, vous pouvez toujours vous préparer l’antidote de Mithridate en écrasant 20 feuilles de rue avec 2 noix et 2 figues sèches et un peu de sel pour vous prémunir contre d’éventuels empoisonnements.
 
«Mêlées au vin, la sauge et la rue l’empêchent de nuire.
La rue aiguise la vue,
L’infusion du fenouil, de la verveine, de la rose, de la chélidoine et de la rue l’éclaire.»
Ecole de Salerne
 
Meilleure vision avec la rue et même acuité de la vision intérieure… Nous entrons dans un autre domaine. Ses vertus stupéfiantes la faisaient apprécier de certains artistes qui en consommaient pour favoriser leur inspiration, elle permettait d’aller au-delà, on disait qu’elle agissait sur le 3ème œil.
«Mangez-moi, mangez moi, mangez moi».

Ségolène

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le 15.04.08 à 09:00 dans Les vivres en fureur - Version imprimable
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Commentaires

Quelle plume

Chapeau Ségolène !
Pas un écrit pour échapper à la règle : du pur bonheur, tant dans la forme que sur le fond, une invitation permanente au voyage et à la réflexion, un régal de diversité, d'empêchement de tourner en rond, de plaisirs gourmands, et le délice de se sentir un tantinet plus intelligent lorsqu'on referme - à regret - la page.
Ami(e)s lecteurs/trices qui n'auraient point encore pris le temps de le faire, ruez-vous sur Boire et Manger, Quelle Histoire itou, un petit bijou de blog où sévit également notre chère Ségolène : route du thé, déclinaisons cacao, comité de soutien au camembert version lait cru, industrie agroalimentaire et éthique, tout est fait pour nous rendre accroc, et ça marche : on en redemande. Damned, encore un rendez-vous matinal incontournable, la jonglerie va commencer à devenir malaisée... mais ô combien délicieuse ! 

Lolotte - 15.04.08 à 10:04 - # - Répondre -

N'en jetez plus Laurence, vous me faites rougir.
Merci pour ces remarques, elles me vont droit au coeur.

Ségolène - 16.04.08 à 10:33 - # - Répondre -

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