Le boudin noir
Fureur des Vivres n° 25, janvier 2010, le cochon
Les origines du mot "boudin" sont obscures : il est tantôt rattaché au radical bod- indiquant quelque chose d'enflé, tantôt à "bedaine", de l'ancien français "boudine", signifiant "gros ventre" ; une chose est sûre, la dénomination est liée à sa forme !
Le boudin noir

Très ancienne, la préparation du boudin serait d'un cuisinier de la Grèce antique. Considéré comme un plat "canaille" au Moyen-Age, le boudin noir était consommé dans les tavernes. La fabrication du boudin noir à des fins commerciales était interdite sous le règne de Saint-Louis car "c'est périlleuse viande" : le sang est favorable à la multiplication des bactéries ! En 1409, des "faiseurs de boudin" furent jugés pour avoir contrevenu aux ordonnances mais le procureur les autorisa à poursuivre leur fabrication durant la durée du procès, à condition qu’ils se fournissent à la Boucherie de Paris. Il est probable que la pratique se poursuivit dès lors avec la complicité des bouchers du Châtelet…
Plus tard, la production du boudin noir fut l’apanage des charcutiers ou des tripiers. Cette dernière profession a la particularité de n’exister qu’en France et de valoriser (avec les boyaudiers) exclusivement les abats rouges et blancs. Elle naît à la fin du XVIIIème siècle, période à laquelle les bouchers cèdent la production des produits "tripiers" à cette nouvelle corporation.
Le boudin noir se compose de sang et de gras de porc auxquels s’ajoutent le plus souvent des oignons (certains y mettent aussi d’autres ingrédients : crème ou lait, liqueur ou alcool, céréales, mie de pain, herbes ou légumes, aromates divers, couennes, épices, parfois même oeufs…). Le mélange est poussé dans un boyau, le plus souvent de menu ou chaudin de porc, menu ou droit de boeuf, ou baudruche, selon la spécialité, puis cuit.
Lors de la tuade peu avant Noël, on préparait une boudinée conviviale, et l'on réservait le boudin aux repas de fête. Lors de la saignée du cochon, on récupérait le sang dans un chaudron ou un seau et on le mélangeait avec un peu de vinaigre pour éviter qu’il ne coagule ; il devait être battu jusqu’au moment de la cuisson. Les pratiques n’ont guère changé et les productions artisanales restent identiques au savoir-faire traditionnel. Un porc de 120 à 130 kilogrammes donne généralement de douze à treize litres de sang, précieusement recueilli, mis en boyau et cuit pendant une vingtaine de minutes.
Il existe autant de types de boudins noirs qu'il existe de fabricants qui l'assaisonnent différemment. Au fil des siècles, le boudin noir a ainsi donné naissance à de très nombreuses spécialités régionales, voire locales (avec des pommes en Normandie, des châtaignes dans le centre ou de la crème à Lyon). On trouve également des spécialités mêlant sang et abats de porc comme la fressure en Vendée, le galabar dans le Sud-Ouest (sang, têtes de porc entières avec couenne et éventuellement langue, poumon, cœur additionné de pain) ou le boutifar catalan (équivalent au précédent mais sans adjonction de pain).
Le boudin noir est un mets sans frontière que l'on retrouve dans plusieurs pays d'Europe : "Blutwurst" en Allemagne, "ugliarkis" en Russie, "morcilla" en Espagne, "sanguinaccio" en Italie…
En France, les amateurs sont légion, la production de boudins noirs s'élève à près de 15 000 tonnes par an et on ne compte plus les foires aux boudins à travers l’hexagone !
Selon un conseil qui avait déjà cours au Moyen-Age, le boudin doit être piqué avec une aiguille avant d'être cuit. Le boyau naturel est de plus en plus rare, on trouve le boudin le plus souvent dans une enveloppe synthétique qui augmente les risques d’éclatement. Pour éviter ce type de désagrément, il faut poêler dans un mélange huile-beurre, mousseux et d’une belle coloration noisette. Le boudin doit caraméliser et l’on doit obtenir une croûte pour éviter « l’explosion » tant redoutée. Le secret, c'est de le faire à feu infiniment doux.
Le boudin se déguste le plus souvent grillé à la poêle (cinq minutes suffisent généralement) ou en brochettes au four, associé à des pommes cuites, des oignons frits ou encore une onctueuse purée « maison » (les pommes de terre se marient idéalement au boudin noir, quelque soit leur préparation). Autre excellent accompagnement, le chou (vert, de Bruxelles…) qui aidera à fixer le fer apporté par le boudin. Certains l’apprécient, comme l’andouillette, assaisonné de moutarde. Ou juste taillé en rondelles, à l’apéritif !
Pour changer de cette consommation on ne peut plus classique, on peut le cuisiner en tarte, en feuilleté, en omelette, dans une galette de sarrasin ou en « hachis parmentier ». Marié à certains produits de la mer (coquilles St-Jacques notamment), ce produit rustique acquiert un supplément de sophistication. Il peut aussi servir de base à des farces particulièrement goûteuses ou des sauces épaissies et relevées. Idéal pour les volailles ou gibiers à plumes ! Il remplace enfin le sang dans les civets...
Le boudin noir aiment les fruits, sucré et acidulé, comme la pomme, le coing, la rhubarbe ou certains fruits rouges comme les airelles. Les épices le mettent en valeur (pensez donc au boudin antillais !) et on peut imaginer des mariages exotiques avec l’ananas, le fruit de la passion ou même la noix de coco !
Très énergétique (environ 300 calories aux 100 grammes, selon le gras qu'il contient), le boudin noir est un aliment d'hiver par excellence. C'est d'ailleurs en fin d'Automne, avant les festivités de Noël qu'on prépare traditionnellement le boudin.
C'est surtout un aliment très riche en fer : 100 grammes apportent 19 milligrammes de fer héminique (plus facilement assimilable que le fer non héminique contenu dans les légumes secs), soit la totalité des besoins quotidiens de la femme non ménopausée. Il est particulièrement recommandé pour les enfants en période de croissance, les personnes âgées et les femmes enceintes, trois groupes de populations souvent carencées. A consommer donc, en modérant sa gourmandise pour d'évidentes raisons diététiques !
Tiuscha
mots clés : Tiuscha, porc
le 21.01.10 à 09:00
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Commentaires
Pas sûr...
"Le boudin doit caraméliser et l’on doit obtenir une croûte pour éviter « l’explosion » tant redoutée. Le secret, c'est de le faire à feu infiniment doux."
Je ne pense pas que cela soit la formation d'une croute qui preserve de l'éclatement mais une cuisson lente diminue fortement la vaporisation de l'eau.
cette vapeur sortira d'autant plus vite et fort que le feu sera fort et provoquera l'éclatement car le boudin sera mis sous pression : la soit disant croute n'y changera quasi rien a mon humble avis
sborgnanera - 21.01.10 à 10:02 - # - Répondre -
je sais maintenant presque tout sur le boudin !
Je pique la peau avec une fine aiguille pour éviter l'éclatement ( technique familiale )
En Ardèche on ne conçoit pas de présenter le boudin avec la peau , celle ci est enlevée, le boudin est coupé en grosses rondelles passées à la pôele
C'est comme ça que je l'ai toujours mangé à la fête de la tuade du village .
irisa - 22.01.10 à 17:51 - # - Répondre -
Et surtout
Attention de bien choisir votre fournisseur, Le boudin que l'on trouve toute l'année, il est impératif de l'oublier le boudin c'est uniquement de septembre à avril , très souvent il est fabriqué avec du sang venu d'on en sait où et pire encore à partir de poudre de sang , l'horreur pour tout gourmand que aime le bon produit
mercotte - 24.01.10 à 10:31 - # - Répondre -
Ha ! le boudin noir, c'est un plat dont je raffole et que je consomme toute l'année ; le commentaire de Mercotte à ce sujet m'étonne, j'ignorais qu'on pouvait utiliser du sang en poudre ! Nous avons ramené récemment des Hautes-Pyrénées du boudin de porc noir de Bigorre, excellent aussi mais totalement différent en saveur de celui au sang. Quand j'étais jeune, à la maison, je regardais avec grand dégoût mon père manger de la fressure, une spécialité vendéenne à base de sang de cochon et d'abats ; j'ai vaincu mon dégoût il y a un an en faisant pour la première fois, et finalement j'ai adoré !
Marie-France - 24.01.10 à 22:32 - # - Répondre -
Mercotte a raison, il y a bien une saison du boudin, à respecter comme tout produit quand on recherche la qualité !
Petite précision sur les frontières du boudin noir, les pays scandinaves sont de gros consommateurs de cochon, surtout fumé, en revanche, le boudin noir y est absent...
Tiuscha - 26.01.10 à 07:27 - # - Répondre -
Le boudin de Saint-Félix
Bonjour,
Si vous voyagez un jour par la Guadeloupe, n'oubliez pas de gouter le BOUDIN CREOLE.
Dans chaque commune de l'île il aura un gout différent... mais pour moi le meilleur BOUDIN s'achète au carrefour de Saint-Félix au Gosier... en montant vers Sainte-Anne, vous ne pouvez pas manquer ce lieu de fabrication et de vente... l'extraordinaire Boudin de Saint-Félix est d'une constance de goût remarquable...
D'autres plus pointus que moi vous expliqueront les différences entre le Boudin Noir de la métropole et le Boudin de la Guadeloupe...
Ce que je sais c'est que le Boudin de la Guadeloupe et de Saint-Félix se déguste agréablement avec un punch (toujours petit chez nous)... mais il supporte aussi un bon vin de Bordeaux ou un Bourgogne.
Les puriste exigeront que ce boudin ne soit pas trop dur mais très légèrement liquide...
Salut Gaston ! ce message te parviendra tôt ou tard.
Bon apéritif
Jean-Claude
Jean-Claude HALLEY - 16.02.10 à 18:10 - # - Répondre -