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Fureur des Vivres

Le cru et le sang, tabous et sacrifices

Fureur des Vivres n° 6, juin 2008, le cru

Nous l’avons déjà dit, le sang c’est la vie, se vider de son sang équivaut à mourir et boire le sang à reprendre la vie. Le sang et la viande ont été et sont encore tabous ici et offrandes aux dieux ailleurs.

 

 

Le cru et le sang, tabous et sacrifices

«Toutefois vous ne mangerez pas la chair avec sa vie, c'est-à-dire son sang» Genèse, IX, 4
«Car la vie d’une créature est dans le sang, et moi, je vous l’ai donné, sur l’autel, pour l’absolution de votre vie.» Lévitique, XVII, 2
 
Les tabous sur le sang et le cru
Toutes les sociétés du monde en quelques endroits de la terre ont à un moment ou un autre de leur histoire eu des tabous sur le sang. C’est une interdiction de toucher de la viande crue, voire même de la regarder, de voir ou d’être en contact avec du sang. De Rome à l’Inde en passant par l’Afrique et le Pacifique.
 
Ces tabous reposent sans doute sur une croyance bien ancrée dans les consciences que l’âme ou l’esprit de tous êtres vivants réside dans son sang. L’esprit de l’animal ou de l’humain tué peut revenir se venger, il faut donc s’isoler de tout contact avec lui ou ce qu’il en reste. Pour ne pas être pénétré de l’âme de l’animal ou de l’homme mort, il est interdit de manger sa chair crue ou de boire son sang. C’est pour cela que les Indiens d’Amérique fumaient les viandes des animaux à qui ils venaient de retirer la vie. Autrefois les juifs faisaient couler le sang des gibiers qu’ils venaient de tuer et le recouvraient de terre. Cette croyance est encore vivante chez les arabes, des tribus papoues et certains médecins chinois.
 
L’endroit où coule le sang devient tabou, les personnes qui touchent au sang deviennent tabous. Quiconque boit le sang d’un animal, mange sa chair crue pénètre dans l’animal et reçoit son âme ou son esprit, il est alors potentiellement dangereux puisque tourmenté par l’esprit en liberté de celui qui a été tué.
 
Dans cet esprit, le jaïnisme interdit la consommation des animaux quels qu’ils soient comme étant trop proches de l’homme et en vertu d’un principe de non-violence.
 
La chair du sacrifice
Le sang est puissance, c’est le souffle. Le sang a donc un caractère sacré et seuls les dieux peuvent le recevoir. A l’origine, la viande des sacrifices est consumée sur l’autel des dieux et la fumée monte vers les cieux tandis que le sang est versé au pied de l’autel. L’homme doit être éloigné de tout acte l’assimilant à un dieu. La chair des animaux ne sera que rarement offerte aux hommes, seuls certains prêtres, intermédiaires entre le dieu et les hommes, la consommeront dans l’enceinte du temple, hors du regard des fidèles.
 
Tout ceci explique les recommandations casher dans l’abattage des animaux car l’impureté des animaux dans la religion juive tient essentiellement à des notions d’impuretés liées aux caractères morphologiques. De même les traditions hallal d’abattage des animaux, qui doit être un acte volontaire, exécuté sans souffrance pour la bête couchée sur le côté gauche et tournée vers la Mecque une fois morte. Ce n’est plus alors une dépouille, mais une offrande sacrée.
 
Même idée dans l’hindouisme, la viande crue n’est autorisée que pour les castes les plus hautes. Toutes les viandes ne sont pas autorisées et seulement à condition «d’être offerte en sacrifice et sanctifiée par des prières d’usage ou lorsque les brahmanes le désirent…» selon les Lois de Manu.
 
Le végétarisme, très répandu même en Occident où ces interdictions ne font pas partie de la culture religieuse, répond, le plus souvent de manière inconsciente, de tous ces principes auxquels s’ajoute une notion moderne et nouvelle d’anthropomorphisme.
 
Pensez-y lorsque vous mangerez un tartare, plutôt un steak tatars. Le mot tatars fut remplacé au Moyen–Age par Tartare qui en évoquant les Enfers exprimait la sauvagerie de ces populations dans l’imaginaire collectif.
 
Ségolène
 

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le 23.06.08 à 10:13 dans Histoire - Version imprimable
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