S'identifier - S'inscrire - Contact

Fureur des Vivres

Le pinard déchaîné, virgule d'humeur

Fureur des Vivres n°1, janvier 2008, les légumes oubliés

« La tendance est aujourd’hui à utiliser la contre-étiquette comme support d’informations à part entière, en réponse aux attentes des chalands en quête de renseignements concernant par exemple le mode de production, les caractéristiques du vin (tannique, fruité…) et des cépages utilisés. Ils sont également friands de conseils pour servir le vin (sa température, son accompagnement). » Dominique Petit – « L’étiquette de vin », revue Caractère – Nov. 2003. 

Le pinard déchaîné, virgule d'humeur
 



Trop d'info tue l'info

Depuis que la bouteille semble avoir pris durablement le pas sur la barrique ou l’amphore, le consommateur, amoureux de ses droits et de ses sous, a pris de l’assurance et se fait fort de réclamer de l’information.
 
Jamais en retard pour justifier son salaire, le marketeur fait oui de la tête et le législateur, peu suspect d’avarice dès qu’il s’agit de normes et de mentions légales, finit le travail. Tout le monde s’y est mis, voilà du bon boulot.
 
Bien. Vérifions sur le terrain. C'est-à-dire dans les linéaires de la grande distribution puisqu’une écrasante majorité des vins d’ici s’y écoule.
 
 


















A ma gauche, un Monbazillac à 5,60 euros (36,73 francs) les 75 cl soit 7,47 euros le litre.
A ma droite, un Sainte-Croix du Mont 2004 à 5,75 euros (37,72 francs) les 75 cl soit 7,67 euros le litre.
 
Ces deux vins d’appellations et de millésimes différents se voient gratifier de commentaires qui devraient grandement aider le consommateur à les départager.
On notera le soin –un poil sadique- qu’a pris le rédacteur pour brouiller les pistes en changeant quelques virgules d’une étiquette à l’autre. Du grand art quand on sait que ces deux vins sont distants de quinze centimètres dans le rayon.
 
Dans les deux cas, on explose le prix moyen de vente d’une bouteille de vin en France, dont la moyenne peine à frôler les 3 euros. Mais cela ne suffit apparemment pas pour dispenser un conseil digne de ce nom.
 
Pourtant, la sélection et le commentaire sont signés et datés (très précisément, il ne manque que l’heure). On s’engage !
 
A un jet de caddie, on en a aussi pour son argent.
 
 
Là encore, le vin est griffé. De nouveau par un sommelier récompensé.
On ne peut nier le travail de romancier. On se félicite même de pouvoir accompagner une lamproie à la bordelaise avec un Graves à 3,45 euros (22,63 francs) les 75 cl soit 4,60 euros le litre.
 
A moins que nos suffrages se porte sur son voisin de néon : un premières côtes de Blaye à 3,30 euros (21,65 francs) les 75 cl soit 4,40 euros le litre, dont la « texture ample et moelleuse enrobant des tannins civilisés » nous est recommandée pour accompagner un « carré d’agneau, un pintadeau ou une caille aux girolles ».
Ouf, le prix du vin ne viendra pas entamer le budget des plats ambitieux vers lesquels on nous guide.

Une question point alors.
La valeur du prescripteur peut-elle se substituer à une information soit indigente soit décalée ?
 
La réponse est un peu plus loin, sur le point le plus haut des gondoles, uniquement révélée aux joueurs de basket :
 
 
Au final, à part « Contient des sulfites » et « la consommation de boissons alcoolisées pendant la grossesse … », qu’a-t’on gagné depuis le XIVè siècle et les inscriptions peintes sur les amphores des égyptiens (c'est-à-dire, pas moins de 14 avant JC machin-chose) où figuraient nom du cépage, type de vin, millésime et l’origine ?

Des étiquettes bavardes pour des vins qui n'ont rien à dire ?
 
Dominique, Agitation Oenologique et Culinaire
 
Du même auteur, dans la même collection :
 
«Belle robe aux reflets mauves […] emplit bien la bouche […] viandes rouges et fromages». Contre-étiquette informative d’un BERGERAC vendu en grande surface, signée Jean-Luc Pouteau, meilleur sommelier du monde 1983.
 
«Belle robe aux reflets mauves […] emplit bien la bouche […] viandes rouges et fromages». Contre-étiquette informative d’un MEDOC vendu en grande surface, signée Jean-Luc Pouteau, meilleur sommelier du monde 1983.
 
«Belle robe aux reflets mauves […] emplit bien la bouche […] viandes rouges et fromages». 
Contre-étiquette informative d’un COTES DE BOURG vendu en grande surface, signée Jean-Luc Pouteau, meilleur sommelier du monde 1983.


mots clés : Technorati, Technorati

le 28.01.08 à 09:00 dans Vin - Version imprimable
Article précédent - Commenter - Article suivant -

Commentaires

Optiiiiic 2000

Bien envoyé. Drôle. Formidable. On aime beaucoup le "découvert par Johnny Hallyday", qui venait sans doute de chausser ses cluques Optiiic 2000 pour mieux gouter du vin. 
Serait mignon dans une belle robe aux reflets mauves, Johnny.

Estèbe - 28.01.08 à 10:03 - # - Répondre -

Recommandations

il m'est arrivé plusieurs mésaventures avec des vins recommandés par Jean-Luc Pouteau, je crains que le monsieur ne se soit laissé abuser...Autre mésaventure, des bouteilles offertes par le Savour Club, d'un Bordeaux "château Croix David", une véritable piquette (de l'eau à la framboise, un peu vinaigrée), avec dessus la recommandation de Paul Bocuse. Je n'ai jamais eu le courage de lui faire parvenir ces bouteilles, mais bon...
D'un autre côté, certains producteurs écrivent des choses intéressantes sur la contre étiquette. Il faudrait en parler aussi...

Egmont - 28.01.08 à 17:15 - # - Répondre -

Re: Recommandations

Bonsoir,
Effectivement, cette virgule d'humeur n'est qu'un trait de surligneur sur un fait qui appelle des réactions.
Si l'idée immédiate est de soulever le tapis pour voir ce qui s'y cache, ce billet court veut, à travers un exemple unique, amener à d'autres lectures en filigrane.
Bref, je prépare un coup de projecteur plus étoffé (et plus cruel pour les joueurs de pipeau) sur le sujet, à travers des exemples d'univers différents.
Dominique

Anonyme - 28.01.08 à 18:39 - # - Répondre -

Re: Recommandations

En l'occurrence, le trait était bien décoché!
Bonne suite!

Egmont - 28.01.08 à 18:58 - # - Répondre -

Lentilles fish-eye requises ?

Tentateurs premiers paragraphes, fumet prometteur
Ai eu peur, ma vue, mes yeux verts, mon 10/10 !
Affleloutage en cours ? Mauvais terrain occulaire ?

Lettres chaffouines sur etiquettes courbes
Damned, merite-je cela ?

Serait-il abuser que de vous suggerer un contre-etiquettage tout platement 2D ?
Pour tout benoitement savourer cela avec vous...

Un grand grand merci pour votre site
JC

JC_BC - 28.01.08 à 22:19 - # - Répondre -

Re: Lentilles fish-eye requises ?

Bonsoir,

Pour être moi-même bigleux, je souscris.

Deux choses, donc.
1. En cliquant sur une image, elle s'agrandit et devient digeste (on mange avec les yeux, n'est-ce pas ?)
2. Ces images ont été prises avec la précision d'un paparazzi, dans les magasins, d'où le flou, je suis d'accord.

Et puis, à Fureur de Vivres, on est comme ça, pour 2 on vous en donne 3 :
3. Promis, on ne le fera plus.

A la vôtre.

Dominique

Ps : "nos suffrages se porte", sans NT, c'est moins élégant. Désolé.
Pss : Le monbazillac est un 2003

Anonyme - 28.01.08 à 22:34 - # - Répondre -

Merci pour cet article intéressant. Je me suis bien souvent demandé quel était l'utilité de la contre-étiquette par rapport à la demande d'information du consommateur. 
Les contrétiquettes, signes de presciptions divers (sommeliers, cuisiniers mais aussi médailles et macarons), et les étiquettes surchargées, nuisent à l'esthétique de la bouteille et noient le consommateur dans une masse de non-information. 

Là où je ne suis pas d'accord avec vous c'est que je pense que cet état des lieux démontre justement que les "marketeurs" (si tant est qu'il y en ait vraiment) ne justifient pas leur salaire. La contrétiquette devrait servir à alléger l'étiquette en lui 
(re)donnant un rôle esthétique et de présentation de la marque et du produit. 
Elle serait alors justifiée par des informations succintes mais utiles au choix en cas de méconnaissance du produit :  Région et/ou appélation, cépage(s), type de vin (sec ou moelleux), degré alcoolique, adresse du domaine et site internet...Un bon "marketeur" a tous les outils pour  sélectionner ces informations en fonction de leur pertinence.

Personnellement j'aime trouver le lieux de production du vin sur une petite carte, et je trouve que la 
contre-étiquette et l'endroit idéal pour cela.

Montalban - 29.01.08 à 11:31 - # - Répondre -

Re:

Bonjour,

Pour dire vrai, "Jamais en retard pour justifier son salaire, le marketeur fait oui de la tête", se voulait ironique.

Vous avez raison en soulignant que : "
La contrétiquette devrait servir à alléger l'étiquette en lui (re)donnant un rôle esthétique et de présentation de la marque et du produit". C'est, a priori, le rôle qui lui était normalement dévolu.

Vu le nombre de réactions sur le sujet, je ne peux plus reculer, je proposerai donc un "truc" plus étoffé sur la chose.

Dominique

Anonyme - 29.01.08 à 14:23 - # - Répondre -

Preneuse tambien !

J'attends le "truc" de rab avec impatience. 
J'imagine que je n'étonnerai guère en avouant me fier, comme nombre de mes petites camarades de la gente féminine dans sa version novice sur le sujet (...et pour peu que je me retrouve livrée à moi-même dans le dédale des gondoles), avant tout à "mon instinct", dicté par des mécanismes d'ordre primaire, j'en ai bien peur, mais appliqués ! 
Quelques données de base en poche (les années "avec" et les années "sans" notamment - une fois mon choix de cépage-s fait, quand même !), mon oeil se laisse avant tout guider par l'esthétique de l'étiquette (que je souhaite élégante, sobre, originale, expressive... et si possible explicite !), et... la contre-étiquette, petit rab précieux que j'espère, plus encore que sa cousine côté pile, surprenante tout autant qu'éloquente... et convaincante ! 
Ceci, en cas d'immersion intempestive dans le monde féroce et anonyme des hypers, mais quelle idée quand même, quand on sait qu'il existe tout plein de petits cavistes toujours prêts à rendre service et partager avec vous THE trouvaille de derrière les fagots.
Il faut dire que j'ai été sensibilisée à la chose par un oeil très, très fin, merci à lui...

Lolotte - 29.01.08 à 15:01 - # - Répondre -

Le devant et le derrière de la la scène...


ce billet tombe pile en complément du sujet du dernier Vendredi du Vin, qui avait donné juste comme thème  l'étiquette, en appelant les buveurs d'étiquettes de nous présenter leurs bouteilles, choisie sur un coup d'oeil dans un rayon. Si vous voulez connaître les trouvaille des blogueurs vinophiles, regardez .

Bien sûr, l'habit ne fait pas le moine, comme certains dégustateurs ont du apprendre à leur dépense. Mais un bon vin ne perd rien non plus, à se présenter  avec un beau habillage. Les étiquettes de beaucoup de vins francais me semblent bien morne et d'un traditionalisme, qui est peut-être plus du domaine du manque d'imagination et d'un snobisme, qui veut faire croire toujours, qu'un château en noir et blanc sur une feuille de papier va faire son effet, en sugerant au monsieur, qui l'achète, qu'il aura de la noblesse dans son verre, cela rejoint les exemples si bien épinglés si-dessus des nom d'experts sur les contre étiquette.

Dommage, qu'il n'y avaient pas plus de ménagères parmi les participants, qui auront pu nous parler de leur idées sur l'ésthetique d'un beau habit:-)

Et pour l'étiquette de derrière, c'est comme pour celle de devant: si on ne fait que copier le voisin, il ne faut pas s'étonner, si le chaland son apercoit un jour et ne regarde plus que le prix (en) bas du rayon...

donc également vaste sujet à reprendre - j'attends avec impatience le rabio de Dominique!






Iris - 29.01.08 à 16:37 - # - Répondre -

Pour la contre

Comment jeter la pierre aux viticulteurs pour qui la contre-étiquette est quasiment la seule pub qu'ils peuvent se permettre ? La contre fait vendre. J'ai récemment observé deux clientes dans un suprmarché, elles lisaient consciencieusement les contre-étiquettes d'une douzaine de bouteilles, à la recherche d'un vin pouvant se marier avec leur dîner. Il va sans dire qu'elles reposaient immédiatement celles qui en étaient dépourvues ...
Et puis, quel plaisir de lire ces florilèges de pipaux sur des bouteilles bas de gamme !!!
Plus sérieusement, la question cruciale me semble être, pour le vin comme pour l'alimentation en général, celle de l'éducation des consommateurs.

Hub - 02.02.08 à 17:15 - # - Répondre -

Superbe Dominique! Je suis absolument mort de rire, d'autant que la pratique est internationale (je travaille moi-meme dans le milieu viti-vinicole en Nouvelle-Zelande).Peut on appeler ca un veritable outil de marketing cela-dit? j'en suis pas convaincu.
Les discours de contre-etiquette sont completement galvaudes, figes dans la sottise et transposables d'une appellation a l'autre, d'un pays a l'autre, d'une marque a l'autre...Le consommateur averti et alerte doit pouvoir attendre mieux de la part des vignerons, par contre, aucunes illusions en ce qui concerne les industriels du vin qui aujourd'hui mettent en marche l'essentiel de la production viti-vinicole mondiale, ne nous voilons pas la face!Quand on prend le consommateur pour un veau en embouteillant des liquides insipides, autant aller jusqu'au bout de la fumisterie et se payer les commentaires du premier bouffon disponible et si possible avec des titres pompeux.
Je m'arrete la, mais y en aurait des choses a dire...

Greg

greg - 26.06.08 à 12:32 - # - Répondre -

Commenter l'article

L'ours en fureur

Qui sommes-nous ?

Inscription à la newsletter

Inscription désinscription

L'intégrale de la prose des furieux

Parcourir la liste complète

Au menu de la Fureur

Blog Appétit

blog appetit
blog-appetit.com