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Fureur des Vivres

Le pinard déchaîné, virgule d'humeur # 3

Fureur des Vivres n°3, mars 2008, le pain

Pour le pain, pas de mystère, il a sa place dans le kit de survie du bipède depuis les lustres les plus reculés. Mais pour le vin ? Sécurité alimentaire et "vin culture" aidant, son sacro-saint statut alimentaire et hygiénique s'effrite. D'obligatoire, pensez aux rites initiatiques et collectifs, il frôle l'interdit.

 

Le pinard déchaîné, virgule d'humeur # 3

 
« Un matin, vinrent déjeuner six convives élégants : trois jeunes gens et trois jeunes femmes. On servit le coq au vin. Par habitude, une des demoiselles tira de son étui et, entre deux bouchées, l’alluma. Pour plusieurs, c’est un genre.
Soudain, la mère G… surgit. Sa femme généralement colorée avait pâli d’indignation. Elle va droit à la fumeuse.
Ma petite dame, dit-elle, le déjeuner n’est pas terminé, et, ici, on ne fume pas pendant qu’on mange : on fume après. Alors, je vous dis une chose, sans vouloir vous offenser, fumez sur le trottoir ».
« Les vins de France »
Paul de Cassagnac, (Hachette, 1927)
 
L’attitude de la mère G... relevait du bon sens d’alors et du respect de sa cuisine. Pas d’un souci de santé publique. Tauliers et taulières contemporains n’ont pas besoin de brandir la foudre, leur ire répressive est anticipée par un officiel arsenal préventif. « Fumer Tue ».
 
 
L’étiquette est terrible et l’image cruelle.
Mais, objectera-t’on, l’alcool représente un pan de notre culture et de l’économie d’état. Tonton pif a de beaux jours devant lui !
Peut-être.
Mais rappelez-vous que Pompidou fut le dernier des dieux taffeurs, que Lucky Luke dût tomber la clope pour le brin de paille et que le tabac, aujourd’hui cancer sociétal, faisait il y a peu encore partie de la solde du trouffion. Via la Seita puis Altadis, l’état dealer a même pignon sur rue.
 
Difficile de voir dans l’alcoolisme et le tabagisme quoique ce soit de réjouissant, mais pour qu’on nous déclare le « vin maudit », ce n’est qu’une question de temps.
Je vous le dis, mes frères, mes sœurs, l’espace fumeur a vécu.
Préparez-vous à l’« espace buveur ». Merci d’aller boire dehors.
 
Accords médicaux
Ami(e)s gastronomes, vous le savez, ce diable de pinard a connu une autre carrière et le « désaccordeur de piano », que je vous propose ici de temps en temps, n’est qu’un lointain descendant de son ancêtre guérisseur. Plus que le hasard, la quête ou la recherche, certaines épousailles gourmandes relèvent de … tout autre chose.
 
 
« En 1867, un médecin de Saint-Pol-de-Léon, le docteur Lesevat, soignait ses typhiques, très simplement, en leur faisant boire toutes les heures, un verre à madère de vieux Bordeaux. Le professeur Sacquépée, du Val-de-Grâce, a remarqué que le suc de la fraise avait aussi une action bactéricide, vis-à-vis du microbe de la fièvre typhoïde. D’où l’heureuse association, agréable et salutaire, de la fraise et du vin rouge. MM. Richet fils et Gigon ont étudié l’action des condiments antiseptiques sur le pouvoir infectant de l’huître : jus de citron, vinaigre, vin blanc. Il résulte de leurs recherches que si le jus de citron a un pouvoir antiseptique très net et accusé, le vin blanc exerce une réelle action bactéricide. Les vins les plus actifs sont les vins de Barsac et de Graves. »
« Faut-il boire du vin ? »
Docteur Th. Bondouy (Arrault, 1937)
Voyez à quoi tiennent les mariages !
Du french paradoxe sur ordonnance.
 
Dominique, faux fumeur.
Aoc - Agitation œnologique et Culinaire
 
Vinographie
Vin de table « Boire tue »- Pascal Simonutti – Mesland (Loir et Cher) - 06 62 06 47 61
 

mots clés : Technorati, Technorati, Technorati

le 22.03.08 à 09:00 dans Vin - Version imprimable
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Commentaires

Euréka, j'ai trouvé !

Il ne m'aura pas fallu moins de 25 des 31 jours de cet interminable mois de mars, et une inspection scrupuleuse tout autant que gastonnienne de la prose à ma disposition en mon modeste logis - depuis le Larousse Ménager Illustré (1926) jusqu'à l'Histoire Naturelle et Morale de la Nourriture (1987) - pour entr'apercevoir un semblant de début de réponse à la question existentielle qui me taraude depuis... pfouh... (cf. les comptes d'apothicaire entrepris ci-dessus !)
Entre "PAILLETTE (tissu)" et "PALATINE. - V. COLLET" figure en bonne place, en page 877 très précisément du susmentionné Larousse Ménager Illustré : "PAIN (alimentat., hygiène)".
Où l'on apprend que l'objet de nos multiples attentions de ce mois-ci y est défini comme "produit de la cuisson d'une pâte composée d'eau, de farine et de sel, rendue plus légère ou "levée" par le gaz carbonique. Ce gaz, ou acide carbonique, est produit par une fermentation dite fermentation panaire, due à l'action de ferments ou levures, qui sont d'ailleurs les mêmes que celles qui font fermenter les liquides sucrés dans la fabrication des boissons alcoolisées."
Ainsi donc, je tiendrais là le précieux fil par lequel Maître-des-lieux-Dominique et sa plume nous mènent, par le bout du nez et pour notre plus grand plaisir, vers les joies du bibinage.
On y apprend également que "le pétrissage à bras d'homme disparaît peu à peu [nous sommes en 1926, "ndlr" !], heureusement : il introduit dans la pâte toutes les sécrétions du corps surchauffé de l'ouvrier : sueur, gouttelettes de salive lancées en toussant, accompagnées de microbes. Les pétrins mécaniques malaxent la pâte aussi bien et plus proprement que l'ouvrier le plus consciencieux" !
Examinons maintenant la prose déliée dans l'Histoire Naturelle et Morale de la Nourriture : pas moins de 60 pages sont consacrées aux "trois aliments communiels : huile, pain, vin - la trinité fondamentale", et ainsi donc à notre - ... double ! - sujet du mois...  (Chers Furieux, quand nous réjouirez-vous de vos lumières sur le pan huileux de ce magnifique triptyque ?)
Petit saut donc de 1926 à 1987, et nouvelle définition :
Par un subtil glissement de verbiage, nous lirons désormais "le pain s'obtient par la cuisson d'une pâte de farine de blé (et divers additifs : farine de fève, 2% ; acide ascorbique, 0,5% ; lécithine de soja, 2%), de sel (2%), d'eau (60%), et qui aura fermenté sous l'action de la levure (1 à 1,2%) :
- on ajoute de l'eau au mélange farine, etc...
(blablabla...)
- on pétrit pour obtenir une pâte lisse et homogène blablabla...
Premiers additifs, premières dérives !
"En 1895, le célèbre docteur Galippe déclarera : "le pain blanc de nos jours ne vaut pas le pain grossier, le pain bis de nos pères". Cent ans plus tôt, l'abbé Jacquin, auteur de La santé, qualifiait le pain de Louis XVI de "chose lamentable", tandis que "l'ignorance et la friponnerie des boulangers exposaient la santé et la vie du peuple à tous les dangers. Le pain est le premier, le plus universel en Europe et le plus essentiel des aliments : aussi est-il étonnant que dans un royaume comme la France, il y ait aussi peu de police sur la qualité du pain sur son poids et sur son prix..."
Et de conclure :
"Un jour viendra où le dernier de nos fournils sera classé monument historique à visiter".
Chers Furieux, je le clame haut et fort : ne sortez point de votre résistance !
Longue vie à vous, et merci pour notre plaisir toujours renouvelé.
Pour ma part, je m'en vais poursuivre mes saines lectures, ravie que je suis d'avoir délivré ces précieux ouvrages de leur rôle subalterne de cale-misère...

Lolotte - 26.03.08 à 00:00 - # - Répondre -

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