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Fureur des Vivres

Le pinard déchaîné, virgule d'humeur # 4

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

 

 

 

Voyez où se logent les choses.
On les attend au fond de la langue, tout convaincu qu'elles vont nous gratouiller la glotte. On les attend buccales et, en traîtresses, c'est au cortex qu'elles nous démangent.

Voici 3 raisons d’être amer.

 

Le pinard déchaîné, virgule d'humeur # 4

Croûte fleurie, croûte flétrie
Voilà une dénomination qui sonne comme une ritournelle. Pensez, « croûte fleurie », difficile de faire plus bucolique, combien même ce terme tout printanier évoquerait des carapaces fromagères. De celles des bries, chaources et autres neufchâtels. Ou de l’interplanétaire camembert, glorieuse icône nationale qui tutoie le coq gaulois et la baguette de pain.
 
« Les fromages à pâte molle à croûte fleurie
sont particulièrement sujets à l’amertume. »
Agroscope Liebefeld-Posieux 1
 
Amer, oui. Beurk, la grimace point. Le fleuron fleuri écorne la fibre patriotique, le voilà qui joue contre son camp. Depuis 2 siècles, nous aimons donc cet amer sans le savoir. Vive monsieur Jourdain.
Bof. Après tout, ce pêché d’amertume est asséné par un institut suisse, notre mauvaise foi nationale saura bien s’en accommoder, ne boudons pas notre plaisir, nous survivrons.
 
Mais ! Notre fromage cocorico, lui, survivra-t’il à la « guerre du camembert » ?
 
Amis gourmets, la nation est en danger.
Vous n’y entendez rien ?
Vous hiberniez ?
La bataille fait rage autour du fromage sacré et vous ne le saviez pas ?
Pas grave. Avec « guerre de camembert », n’importe quel moteur de recherche vous crachera assez de pages pour retapisser votre logis … et vous forger un avis sur la question. Dites-nous ce que vous en pensez.
Vous pourrez même rejoindre des ligues formées pour défendre l’ancêtre en danger.
 
Attention toutefois, à la lecture des faits, les méthodes de Lactalis, géant mayennais mais surtout numéro un mondial du lait, risquent de vous laisser comme une légère amertume dans la bouche.
 
 
Bar barbare
Toujours en Mayenne, ce week-end se tenait à Laval la 15ème édition du « Festival du premier roman ». Pas écrivain, ni même porte-plume, je me retrouvais porte-parapluie en ce jour de rideau pluvieux. Une brasserie et ses banquettes nous réconfortent. Se réhydrater par temps de pluie, c’est du vice, mais la carte des vins est grande ouverte, posée sur la table.
 
Chinon, Arbois, Cairanne, les noms défilent. Je vais prendre un PPDC. Un « Petit Peu De Chaque », quoi. Après tout, ils sont au verre et je suis à pied. Je vais héler quand j’avise, coincé entre deux vins de pays d’Oc, un DPCE. Un vin de « Différents Pays de la Communauté Européenne », quoi.
 
Je métrangle : tout vil, indéfini et mélangé qu’il soit, le rustre est vendu au même prix (3,8 euros le pichet de 25 cl) que ces voisins qui, bien que sûrement humbles, peuvent revendiquer un certificat de baptême, une origine et relèvent tout de même d’une autre philosophie de production.
Appréciez la marge du bistrotier, on table sur l’ignorance de l’assoiffé.
La pilule est amère, finalement, ce sera un médoc.
 
 
Pompe à bière
Dans la brasserie encore. A portée d'oreilles, un costume et son contenu soupèse et apprécie la qualité des verres. Il s’en ouvre à sa voisine. A l’évidence, nous côtoyons un professionnel de la boisson. Il interpelle le patron du lieu à propos de nouveautés qu’il vient de recevoir : « je vous apporterai ma carte des vins et des bières ». Puis, le patron s’éloignant, confie à sa voisine : « je ne les ai pas goûtés, je ne bois pas d’alcool ».
 
Qu’on fasse le deuil de la culture du boire ou qu’on soit gagné par la nostalgie des glorieux commerciaux qui portaient le verre aussi haut que leur conscience professionnelle, on comprend rapidement que le « produit », sa qualité, son histoire ou bêtement son goût, ne soient plus l’enjeu central.
 
Dans les mains de ces opérateurs désenchantés, le camembert et la noble amertume de la bière sont des espèces en voie de disparition.
 
Ps : Tant qu’à alerter les autorités, restons au bar pour parler amertume. Le « café », l’espresso, ne réclame-t’il pas lui aussi un plan de sauvegarde ?
 
Dominique
Aoc - Agitation œnologique et Culinaire
 
Bibliographie
1- « Amertume dans le fromage », ALP forum 2005, Numéro 21
(Agroscope Liebefeld-Posieux - Berne, Suisse)
 

mots clés : Technorati, Technorati, Technorati

le 03.04.08 à 09:00 dans Vin - Version imprimable
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Commentaires

Hélas, mon bon monsieur, 
maintenant un venduer doit pouvoir vendre avec le même (non) talent du vin, des chaussettes ou des stylos billes.

Ségolène - 07.04.08 à 09:29 - # - Répondre -

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