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Fureur des Vivres

Le pique-nique

Fureur des Vivres n° 19, juillet 2009, la cuisine des vacances

Pique-niquer est un plaisir des vacances. Ah, le sandwich qui craque sous la dent à la plage, les fourmis qui envahissent la boite de pâté, le beurre et la mayonnaise qui fondent au soleil et les fruits écrasés par les bouteilles d’eau ! Qui n’a pas connu ces plaisirs simples et inoubliables ?

 
Le pique-nique
 
Genèse

Pique-niquer signifie picorer des niques c'est-à-dire des aliments sans valeur, sans importance. Les hommes ont toujours mangé dehors parce que les circonstances les y obligeaient, le paysan qui emmenait dans les champs son casse-croûte, le voyageur qui mangeait sur le pouce ne prenait pas toujours le temps de s’arrêter. Il s’agissait alors de se restaurer, de reprendre des forces. Et l’on emportait avec soi des aliments simples et faciles à transporter sans dégâts.

Le pique-nique est maintenant un repas prévu et organisé durant des temps de loisir où l’on choisit un lieu de nature, de préférence plaisant, pour passer un moment de détente où le repas tient une place importante.

Les pique-niques tels que nous les connaissons, naissent au XIXème siècle. Au moment où les industries sont en pleine expansion et les villes en plein essor. L’urbanisation fait naitre la nostalgie d’une nature reposante et vivifiante. La nature est devenue un espace oublié que bon nombre de citadins aspirent à redécouvrir. Mais pas question de partir avec une gourde, un morceau de pain et de fromage noué dans un mouchoir à carreaux ! Le pique-nique qui devient à la mode dans la bourgeoisie naissante fraichement urbanisée est un repas sur l’herbe, le sable ou les rochers qui a ses propres codes. Il simplifie le travail de la maîtresse de maison et par ailleurs il accentue l’idée de trêve dominicale Des plats froids transportés dans des paniers, des couverts, des verres et une nappe pour poser les victuailles. Eau et vin cacheté. C’est idéal de retour à l’état de nature que Manet a fort bien transposé avec son «Déjeuner sur l’herbe».

 

Source Musée d'Orsay

Dans la classe ouvrière, cela était moins populaire, si l’on mangeait dehors à la campagne, c’était autour d’une table selon des mêmes conventions et avec les mêmes plats qu’un repas à l’intérieur puisque la plupart du temps, on mangeait dehors et sur le pouce sur son lieu de travail.

 
Le renouveau du pique-nique

1936. Les congés payés vont envoyer dans la nature une foule d’employés et d’ouvriers qui vont adopter le pique-nique. Un pique-nique qui se démocratise, se simplifie : pain, charcuteries et fromages, œufs durs, fruits. Tout ce qui se mangeait sans couverts et si l’on pouvait boire à la régalade, c’était encore mieux. Inconsciemment on retrouvait les manières de faire de ses ancêtres paysans. Une sorte de retour aux sources. On partait pour la journée pique-niquer sur les bords d’une rivière, sur une plage, ce que l’on continue à faire. Avec l’’extension des loisirs le pique-nique est complètement entré dans les mœurs.

Le pique-nique plait en général parce qu’il offre deux particularités :

La détente. Manger sans manière, sans voir besoin de dresser une table et de faire la vaisselle, même si des plats simples pouvant se manger facilement sont cuisinés préalablement. Choisir un lieu calme, agréable et reposant. C’est aussi une manière de se retrouver entre amis ou en famille sans les contraintes d’un repas chez soi ou au restaurant.

Casser les codes sociaux et les conventions. En pique-nique, on mange assis, debout ou même couché si cela vous chante. On mange avec les doigts, on grignote selon envie sans suivre un ordre précis de plats ou de mets. Pour les enfants c’est une liberté incroyable, manger en bougeant, c’est formidable, plus besoin de demander la permission de sortir de table. Ils mangent en jouant, c’est comme une grande dinette, ils restent entre eux et mangent ce qu’ils veulent et à leur rythme.

 

Dans un pique-nique, on prend ce qui nous plait et on mange tranquillement, on suit son plaisir et son instinct. Dans la nature où les sens sont en éveil, on savoure encore mieux un bon pain, une eau pure. On croque dans des fruits dont le jus coule sur le menton et ensuite on s’endort à même l’herbe pour une sieste bienfaisante dans l’ombre aérée d’un arbre.

 
Ségolène
 

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le 20.07.09 à 09:00 dans Histoire - Version imprimable
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