Le syndrome du rosé de Provence
Fureur des Vivres n° 8,août 2008, les hauts et les bas de la cuisine des vacances
Le pinard exquis sous la tonnelle, infect une fois rentré à la maison ? Un phénomène troublant détaillé dans ce qui suit.Le syndrome du rosé de Provence

Il fait chaud ; il fait beau ; les cigales piaillent, les vagues font glouglou et le rosé coule à flot. C’est qu’il est bon, ce petit rosé de coopérative, vendu à prix bisou par la supérette du coin. Bien frappé, il glisse tout seul. Pas vrai, Éliane (rires) ? On en avale d’ailleurs un hectolitre tous les soirs, en mastiquant nos grillades et en échangeant des propos gentiment grivois. Sans mal au crâne le lendemain. C’est les vacances. Il fait chaud ; il fait beau. Et ce rosé, il est tellement aimable au palais, qu’on va s’en ramener une caisse à la maison. Mais oui, il y a encore de la place dans le coffre.

Quinze jours plus tard, retour au train-train. Fini le farniente. Bonjour le radio-réveil. Et puis un soir, petit coup de blues nostalgique. Tiens, si on ouvrait une bouteille de notre rosé des vacances ? Au mon Gros Coquin, t’as de si bonnes idées parfois.
Et patatras ! Le rosé, ben, il est naze. Plat comme un mannequin slovène et dilué comme une sitcom brésilienne, il empeste la vieille banane et le vinaigre de framboise, en laissant un sillage de distillerie dans la bouche. Ces vins de pays, ça voyage mal, se rassure-t-on. Sornettes. Mais alors, que ce passe-t-il donc ? Simplement, on vient d’être foudroyé par le syndrome du pinard des vacances.
Explications scientifiques. Sous la tonnelle, quand des grillons hululent et que le mercure plane, tout le monde il est beau, tous les vins ils sont gentils. L’humanité en bermuda oublie ses papilles au bureau et s’assoie sur son sens critique gustatif. Le rosé de Provence (ou le merlot du Pays d’OC, ou le Pineau des Charentes, ou le Valpolicella en cubi, ou Vinho Verde, ou n’importe lequel), était sans doute déjà infect sur place. Mais on l’a bu. Avec amour. Les orteils écarquillés et la pupille humide.
Le vin des vacances, c’est comme un flirt au camping. Ça réchauffe sur le moment, mais mieux vaut ne pas revoir l’objet cajolé dans la vraie vie.
Bon, d’accord, ce n’est pas très malin tout ça.
Mais c’est encore les vacances, non ?
mots clés : Estèbe
, vacances
, vin 
le 07.08.08 à 09:00
dans Les vivres en fureur
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Commentaires
Archi d'accord. Tu me rassures parce que je pensais qu'il n'y avait que moi ! QU'est ce que tu me fais plaisir. La dernière chose que j'ai ramené dans le genre c'est de la liqueur de myrthes rapportée de Corse. Là bas, les fesses sur une chaise longue, un verre à la main, le ciel étoilé et tout et tout, le bonheur, ça passait comme du petit lait ! Nous en avons ramené 2 bouteilles. Nous avons été sauvés par le fait que nous étions partis en avion et pas en voiture sinon, telle que je me connais, nous en aurions ramenés une caisse. Et quand on l'a ouvert ici, c'est tout comme t'as dit ! De temps en temps j'en mets un slurp dans une confiture, un gâteau ..... Je l'écoule comme ça :)
Anne (Papilles et Pupilles) - 07.08.08 à 19:23 - # - Répondre -
Solution: fais comme moi et vis en Provence, le rosé dilué sera bon 12 mois de l'année... :-)
Je viens de publier un post sur les vins de Provence, je me suis permis de citer ton excellent article.
Clic ici pour le lire
Mike
Mike Tommasi - 09.08.08 à 16:46 - # - Répondre -
"Pinault" des Charentes ?
Bonjour,
Fidèle lectrice jusque là anonyme, je tenais d'abord à vous féliciter pour la qualité des infos, mélangée à plein de bonne humeur (le coktail à l'eau, j'ai trouvé ça génial !!!).
Mais là, mon coeur a bondi quand j'ai vu le Pineau des Charentes comparé au rosé....car ce n'est pas du tout pareil ! Le pineau des charentes est une liqueur faite à base de mout de raisin et de cognac, et c'est comme si on comparait le muscat avec le vin. C'est proche, mais pas pareil.
Après, il existe différentes qualités de Pineau, et un des meilleur que j'ai bu reste celui produit par le lycée agricole se trouvant pas loin de chez mes parents. Produit entre autre par les élèves, donc à condition d'en boire modéremment, on fait en plus une BA !!!
Bonne vacances !!!!
kisumarac - 11.08.08 à 12:04 - # - Répondre -
← Re:
Houuuuuu. On n'a certes pas voulu comparer le pineau au rosé. C'était simplement histoire de citer quelques exemples de boissons locales, que l'on ingurgite sur place l'été, sans nécessairement se montrer exigeant sur la qualité. Il y a bien sûr de grands pineaux et des pineaux médiocres. Comme il existe des rosés succulents et des rosés qui tuent.
Désolé d'avoir gratouiller involontairement votre légitime susceptibilité.
Estebe - 11.08.08 à 12:21 - # - Répondre -
Bon en fait, j'avoue que c'était aussi parce-que mettre mon premier comentaire me titillait, et alors que d'habitude je résiste, là je n'ai pas pu !!!
Bon, tant que j'y suis, mon mari est un grand fan de Bordeaux (son père ne jure que par ça, donc forcément....) mais moi j'aimerai lui ouvrir un peu les papilles gustatives, et lui faire découvrir des vins du Sud est notemment. Où puis-je me renseigner afin de tomber sur "un bon" du premier coup ?
kisumarac - 11.08.08 à 17:42 - # - Répondre -
← Re:
Que du Bordeaux, c'est trop triste. Voilà deux bons cavistes en ligne, qui ont tout ce qu'il vous faut en stock:
http://baraou.fr/default.aspx
http://www.vins-etonnants.com/
Estèbe - 11.08.08 à 18:41 - # - Répondre -
← Re:
Merci beaucoup, je vais regarder tout ça !!
Bonne journée
kisumarac - 12.08.08 à 11:20 - # - Répondre -
← Re:
Pour "vins étonnants", je pense qu'il serait judicieux de téléphoner à Eric Reppert avant de commander. Il a de telles "bizarreries", délicieuses au demeurant, que l'initiation pourrait être un peu trop rapide.
patchaz - 13.08.08 à 16:42 - # - Répondre -
quelle idée...
...d'acheter du rosé en superette ! alors qu'il y a encore des domaines et des coopé qui travaillent bien !
et que nous n'avons pas encore exploré à fond cette couleur .
pphilippe - 18.08.08 à 22:41 - # - Répondre -
La vraie raison....
...c'est que tout simplement tu ne bois du rosé que quelques jours par an, au lieu d'en boire régulièrement comme un blanc à l'apéro.
ca n'est pas que tu laisses tes papilles gustatives à la maison en partant en vacances, c'est juste qu'elles ne sont pas formées, alors tu t'emballes, tu découvres, tu t'étonnes et ensuite tu refléchis plus posément.
c'est comme pour tout, il faut qu'à un moment on s'y mette, on creuse, on compare, on déguste régulièrement, on se documente et on se forme le palais...
pour mes très gros coups de coeur du moment, le haut gléon (corbières) revient en force (assez irrégulier suivant les années) avec un nez de grand blanc a s'y méprendre avec en plus des petite touches de framboise et cerise écrasée ou bien la rose des vent (coteaux varois) lui par contre toujours régulier
pour les décalages entre le rosé des vacances et le meme à la maison, il peut aussi y avoir les plats qui entrent en compte : un rosé un peu structuré sur une grillade n'aura vraiment pas le meme effet en suisse à l'apéro avec un bout de conté
ps (1) : on parle plutot de cigales en provence que de grillons ;o)
ps (2) : la myrthe, c'est magique mais il faut l'acheter faite maison, rouge, dans une bouteille banalisée, les autres, ca n'est que du sucre et de l'alcool
sborgnanera - 20.08.08 à 15:47 - # - Répondre -