Ogre, ogresse et ogrillons
Fureur des Vivres n° 6, juin 2008, le cru
Manger cru fait immédiatement penser à l’ogre, grand amateur de chair fraîche. Il est la figure menaçante que des générations de parents ont brandie pour ramener leurs enfants à la sagesse. «…sinon, l’ogre viendra te manger tout cru», tout cru étant le signe infaillible d’une grande cruauté.
Ogre, ogresse et ogrillons
Car l’ogre et son pendant féminin l’ogresse sont de grands consommateurs de chair fraîche, recherchant particulièrement celle des jeunes enfants, tendres et dodus de préférence. Si l’ogre, grand et gras, aux joues rouges et à la silhouette effrayante, à la grande bouche et aux dents de loup, au rire tonitruant et aux ronflements puissants, est souvent un gros nigaud, l’ogresse est beaucoup plus sournoise attirant chez elle les enfants par des subterfuges et une gentillesse factice pour endormir leur méfiance. Telle l’ogresse de Hansel et Gretel de Grimm :
«… l'amitié de la vieille n'était qu'apparente. En réalité, c'était une méchante sorcière à l'affût des enfants. Elle n'avait construit la maison de pain que pour les attirer. Quand elle en prenait un, elle le tuait, le faisait cuire et le mangeait. Pour elle, c'était alors jour de fête. La sorcière avait les yeux rouges et elle ne voyait pas très clair. Mais elle avait un instinct très sûr, comme les bêtes, et sentait venir de loin les êtres humains. Quand Hansel et Gretel s'étaient approchés de sa demeure, elle avait ri méchamment et dit d'une voix mielleuse :
- Ceux-là, je les tiens ! Il ne faudra pas qu'ils m'échappent !
À l'aube, avant que les enfants ne se soient éveillés, elle se leva. Quand elle les vit qui reposaient si gentiment, avec leurs bonnes joues toutes roses, elle murmura :
- Quel bon repas je vais faire !
Elle attrapa Hansel de sa main rêche, le conduisit dans une petite étable et l'y enferma au verrou. Il eut beau crier, cela ne lui servit à rien. La sorcière s'approcha ensuite de Gretel, la secoua pour la réveiller et s'écria :
- Debout, paresseuse ! Va chercher de l'eau et prépare quelque chose de bon à manger pour ton frère. Il est enfermé à l'étable et il faut qu'il engraisse. Quand il sera à point, je le mangerai »
- Ceux-là, je les tiens ! Il ne faudra pas qu'ils m'échappent !
À l'aube, avant que les enfants ne se soient éveillés, elle se leva. Quand elle les vit qui reposaient si gentiment, avec leurs bonnes joues toutes roses, elle murmura :
- Quel bon repas je vais faire !
Elle attrapa Hansel de sa main rêche, le conduisit dans une petite étable et l'y enferma au verrou. Il eut beau crier, cela ne lui servit à rien. La sorcière s'approcha ensuite de Gretel, la secoua pour la réveiller et s'écria :
- Debout, paresseuse ! Va chercher de l'eau et prépare quelque chose de bon à manger pour ton frère. Il est enfermé à l'étable et il faut qu'il engraisse. Quand il sera à point, je le mangerai »
On prête à Charles Perrault l’invention de l’ogre dans le Petit Poucet et le Chat botté, mais avant lui, Madame d’Aulnoy dans plusieurs contes avait déjà utilisé la figure de l’ogre qui faisait porter une couronne à ses ogrelets durant leur sommeil et chaussait des bottes de sept lieux pour courir après ses proies, dans l’Oranger et l’Abeille. Cependant parfois, tel est pris qui croyait prendre, l’ogre qui faisait le malin dans le Chat botté finit par être croqué par le chat après s’être transformé en souris.Même les chansons populaires y vont de leur couplet sur les ogres, rappelez vous «Il était trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs» et qui demandèrent l’hospitalité à un boucher qui «Quand c'est venu vers les minuits/Que les enfants fur'nt endormis /Le boucher prit son grand couteau /Les a découpés par morceaux /Les a salé dans un cuveau». Le boucher avec son grand couteau et son tablier plein de sang se prête facilement à se transformer en ogre, un tel amour de la viande cru, c’est louche quand même !

Bruno de Bettelheim, dans la Psychanalyse des contes de fées explique la figure de l’ogre comme une réponse à la pulsion orale des enfants qui portent tout à la bouche. Pourquoi pas, mais lorsqu’on a écrit les grands récits de la mythologie, Freud n’était pas encore passé par là. Alors d’où vient la figure de l’ogre ?
Cronos, Moloch et les autres

De l’origine du monde, dans une famille un peu barrée. «En vérité, écrit Hésiode dans la Théogonie, au commencement, il y eut l’abîme, Chaos, puis la Terre, Gaia et l’Amour, Eros. Gaia enfanta Ouranos, le Ciel étoilé, égal à elle-même, capable de l’envelopper tout entière.» Il l’enveloppa si bien que Gaïa, qui avait la spécialité de mettre au monde des monstres, mit aux monde 6 garçons et 6 filles que le gracieux géniteur enfouissait les uns après les autres. Cronos, seul, aida sa mère et, après avoir châtré Ouranos, il libéra ses frères et sœurs. Puis, avec sa sœur Rhéa Ils conçurent une flopée de dieux et déesses que Cronos mangea tout cru. Tous ? Non, Zeus échappa au festin et lui fera recracher ses frères grâce à un habile subterfuge. Comme dans le petit Chaperon rouge quand on retrouve la grand-mère dans le ventre du loup.
Cronos le premier ogre, sans doute qui mange ses enfants par peur, car il avait appris de Gaïa et d’Ouranos que malgré sa puissance, il était destiné à subir le joug de son propre fils. Toujours d’après Hésiode.

Un autre ogre célèbre, fruit des amours de Pasiphaé et d’un taureau, enfermé dans le labyrinthe, se nourrit de chair humaine. Chaque année Minos offrait en pâture 7 jeunes garçons et 7 jeunes filles au Minotaure, créature mi-homme, mi-taureau. Lui aussi est tué par Thésée, le fourbe, qui abandonnera celle qui l’a sauvé.
Il y eut aussi Moloch, l’infernal et Mélicerte auxquels on sacrifiait des enfants.
Et les dieux des Mayas qui exigeaient des sacrifices humains, ogres eux aussi.
Toutes ces figures infernales ont laissé une lignée d’ogres, dont le nom vient d’ailleurs d’un dieu des enfers Orcus.
D’ogresses point à ma connaissance, même si certains évoquent la figure de Médée qui, elle, ne consomma pas sa progéniture, se contentant de les rôtir pour embêter son mari Jason. La jalousie est le motif qui pousse certaines femmes à devenir ogresses telles les belles-mères de la Belle au Bois Dormant et de Blanche-Neige qui voulait manger le cœur de cette dernière préparé par son cuisinier. Ogresse, certes, mais raffinée.
Joli panel de créatures fort sympathiques que les ogres qui ont hanté l’imaginaire des enfants. Par extension l’ogre est devenu le surnom de ceux qui faisaient peur ou qui avaient des attitudes cruelles. Ainsi furent nommés Napoléon par les anglais et l’odieux Fourniret par les journalistes.
mots clés : Ségolène
, cru 
le 12.06.08 à 09:00
dans Histoire
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Commentaires
Brrr, j'en frémis. Ces contes ne seraient-ils pas destinés tout simplement à nous dégoûter de tout cannibalisme?
gracianne - 14.06.08 à 10:04 - # - Répondre -