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Fureur des Vivres

Poissons de la Grande Brière et de la Dombes

Fureur des Vivres n° 18, juin 2009, les poissons de lacs et de rivières

Il est un spectacle familier dans l’hexagone, celui du pêcheur taquinant le goujon, sa gaule à la main. Les rivières, les lacs et étangs sont suffisamment nombreux pour permettre aux amoureux de pêche à la ligne d’assouvir leur passion. Mais il est deux régions où la tradition de la pêche est séculaire et renvoie à des pratiques culturelles très originales : la Grande Brière, au sud de la Bretagne et la Dombes au nord de Lyon.

 

Poissons de la Grande Brière et de la Dombes

 
La Grande Brière

C’est où ? C’est quoi la Brière ?  Carte de la Brière




La grande Brière est située entre l’estuaire de la Loire et celui de La Vilaine, au nord de la ville de St Nazaire et à l’est des marais salants de Guérande. C’est 40 000 hectares de tourbières et de roselières, d’îles et de levées, de canaux et de coulines, de marécages et de marais, des piardes et de prairies, de villages aux maisons aux toits de chaumes. Depuis longtemps ont y exploite la tourbe et les roseaux, on pratique la pêche et l’élevage. On y ramasse les mortas, arbres fossiles noirs et durs comme du marbre, vestiges, dit la légende, d’une forêt engloutie pour protéger la fuite d’une princesse qui y laissa tomber un anneau d’or, trésor encore caché dans le sol briéron. Ces mortas sont du bois dont on fait les pipes et d’excellentes perches pour propulser les chalands dans l’eau peu profondes des marais. Un pays d’homme rudes, qu’Alphonse de Châteaubriand a si bien raconté dans son roman La Brière, qui se sont longtemps déplacés uniquement sur leur chaland.



La Grande Brière est constituée du marais de la Grande Brière Mottière qui appartient en indivis à ses habitants, les marais de Donge, propriété de l’Etat et un ensemble de marais adjacents appartenant à des propriétaires privés.

Quand on s’y promène en chaland ou à cheval, rien ne laisse présager du drame que vivent les eaux des marais. C’est surtout un endroit magique, où les des miroirs d’eau succèdent à de fantomatiques nappes de brumes, où les blondes roselières se balancent come des chevelures sous les caresses du vent où volent le héron et le martin-pêcheur et nagent l’anguille et le brochet.


 


Où nageaient, aurait-on pu dire un jour, l’anguille et le brochet si rien n’avait été  fait pour ces espèces autochtones maintenant protégées car leurs populations étaient arrivées à un stade critique.

 

Faune aquatique traditionnelle de la Grande Brière

Pendant des siècles, l’exploitation des marais a façonné les paysages, pâturages, fauchage des roselières et ramassage des mottes de tourbe comme combustible. Le déclin des activités humaines - les briérons s’étant faits ouvriers dans les hauts fourneaux de Trignac, les raffineries de Donges et les chantiers navals de St Nazaire - et l’exode rural ont entrainé le grignotage des prairies par les roselières donc des inondations moins fréquentes et moins importantes des canaux et des prairies inondables.



Les briérons péchaient traditionnellement diverses espèces de poissons et tiraient sur les canards qui y foisonnaient. Que ce soit au carrelet, à la bosselle (nom que l’on donne aux nasses) ou à la fouine, anguilles et civelles étaient régulièrement pêchées et fournissaient une nourriture appréciée, cuisinée en matelote, cuite ou fumée au feu de bois. Le roi des poissons, le brochet, était prise plus exceptionnelle mais d’autant plus goûtée. Mais hélas, les pêcheurs se lamentent sur la quasi-disparition des poissons emblématiques de la Grande Brière : épinoches, perches franches, chevaines, tanches, brèmes, gardons, et rotangles. Les trois dernières encore nombreuses à nager dans les marais mais les autres y sont devenues rares.

On pouvait aussi y trouver des espèces d’eau salée dans les zones occidentales comme le bar, la plie, la sole, l’éperlan, le mulet, le gobi, le sprat, l’alose et la lamproie qui ont totalement disparues des eaux de Brière. Pour une population pauvre qui vivait des ressources du marais, ces poissons étaient une aubaine et le spectacle du pécheur dans son chaland relevant son carrelet, ses nasses, traquant l’anguille avec sa foëne est en train de devenir une image de carte postale.

Dans les marais s’était établi un équilibre biologique naturel avec une grande diversité des espèces aquatiques et végétales qui servaient d’abris et de nourriture. Mais actuellement, les espèces patrimoniales disparaissent au profit d’espèces exotiques qui, elles, pullulent dans les eaux briéronnes.

 

Une invasion venue d’ailleurs

La carpe commune, le sandre ou le black-bass sont des poissons qui se sont mêlés sans dommage aux espèces indigènes apportant de la variété dans les prises des pêcheurs et sur les tables. Ces poissons, appréciés pour leur chair savoureuse, sont également menacés et se font de plus en plus rares car depuis la fin du XIXème siècle quelques poissons ont été introduits dans les marais de Brière et y font des ravages faisant peu à peu disparaitre la faune aquatique locale.

J’ai nommé le poisson-chat, le pire de tous, la perche soleil, la gambusie, le pseudorasbora, le carassin et la redoutable écrevisse américaine. Les dernières prélèvements effectuées montrent que un poisson sur deux est un poisson exotique et un sur trois un poisson-chat. Ce qui est fort dommageable étant donné la piètre qualité organoleptique de sa chair. De plus, ils envahissent les abris traditionnels des poissons autochtones et mangent leur nourriture, provoquant la baisse de la biodiversité piscicole des marais briérons. Mais l’animal le plus dévastateur est l’écrevisse de Louisiane. Cette sale bestiole introduite en 1987 dévore les jeunes poissons participant ainsi à leur disparition. Mais elles font aussi disparaître les nénuphars, plante typique de la Brière, et les herbiers aquatiques, nourriture traditionnelle des poissons autochtones. Les eaux se troublent, l’oxygène diminue et comme un malheur n’arrive jamais seul, des plantes exotiques ont envahi les marais, en particulier la Jussie, qui asphyxient peu à peu les eaux, empêchent la navigation dans les canaux et surtout les piardes, étendues d’eau peu profondes,  où la vie était auparavant foisonnante.

Des études ont été entreprises pour recenser la faune piscicole que vous pouvez lire sur : http://www.parc-naturel-briere.fr/index.php?id=1106.

Les hommes se sont émus à la découverte de ce constat. La Grande Brière est devenu le Parc National Régional de Brière (lien http://www.parc-naturel-briere.fr/index.php?id=1120). La faune et la flore sont protégées, l’environnement est surveillé étroitement, et les activités agricoles, pâturages, et artisanales, telle l’exploitation du roseau comme couverture des toits, vivement encouragées.

Les pêcheurs se voient interdits de pêche à l’anguille, à la civelle et au brochet et les restrictions sont plus contraignantes pour la majorité des poissons autochtones. Par contre, la pêche à l’écrevisse de Louisiane et au poisson-chat sont encouragées et il est même interdit de remettre à l’eau ces deux horribles bêtes ou même de les transporter vivantes. Terriblement prédatrices pour les autres espèces, elles n’ont plus qu’un seul prédateur, l’homme qui doit agir vite pour préserver la biodiversité. Des campagnes d’arrachage de Jussie et autres plantes exotiques envahissantes ont été programmées. On peut ainsi espérer que peu à peu la Brière reprendra son aspect originel et que les espèces emblématiques, quelles soient animales ou végétales, la peupleront comme naguère. Ne boudez pas le plaisir d’une randonnée en Brière dans les canaux ombragés ou sur les piardes bordées de roseaux, observez les oiseaux qui y sont nombreux, peu difficiles eux, sur la qualité des poissons, les chaumières à toit de chaume et les villages paisibles. Un espace de liberté où vivent des hommes épris de liberté et les poètes.

 
 
La Dombes


Si les activités et les négligences humaines ont mis en péril les espèces de poissons indigènes de la Grande Brière, c’est tout le contraire que l’on peut observer dans la Dombes. Là, le travail des hommes fut bénéfique pour l’environnement, la biodiversité animale et la vie des hommes. Ils y ont créé une tradition de pêche originale qui s’est transmise et pérennisée permettant le maintien des activités humaines.

La Dombes est un plateau qui fut envahi par le glacier dit du Rhône à l’ère… glaciaire. Lorsqu’il se retira, il y a 25 000 ans quand la terre se réchauffa, il laissa derrière lui disséminées un peu partout dans ce qui allait devenir la Dombes des dépressions plus ou moins profondes recouvertes d’un dépôt d’argiles morainiques. Ces dépressions furent peu à peu remplies d’eau et la région devint alors un immense marécage insalubre. Il resta dans cet état jusqu’au XIème siècle, époque à laquelle les hommes et plus particulièrement des moines décidèrent à rendre plus prospère et viable cette région malsaine, infestée de moustiques et périodiquement la proie d’épidémies de paludisme. Les étangs les plus profonds, les leschères (qui signifient en parler local, endroit où pousse la laiche, une herbe aquatique) furent alevinées pour en faire des étangs piscicoles.


Des moines inventeurs d’un système remarquable

Mais auparavant les moines firent quelques travaux préliminaires nécessaires à la création d’une mise en valeur très originale du terrain. Les étangs ont été creusés dans les dépôts morainiques en marquant une légère pente qui allait permettre l’écoulement des eaux lors de la vidange de l’étang. Car les moines ont mis au point une technique ingénieuse en pratiquant une alternance d’inondation et d’assèchement des étangs tous les deux ans. La période d’inondation fut appelée évolage et celle d’assèchement assec. Ils inventèrent et fabriquèrent pour ce faire des thous : sorte de petite écluse que l’on relève lorsqu’on veut vider l’étang. Ils creusèrent également sur un côté de chaque étang un bief très utile comme le verra.

Comment procède t-on ?

 


L’évolage

Pendant deux ans l’étang est en évolage, c'est-à-dire qu’il est plein d’eau il sert à la reproduction et à l’élevage des poissons, on l’appelle un étang de pose. Au bout de deux ans à l’automne a lieu une pêche réglée. L’étang est vidé, l’eau s’écoule par le thou qui est relevé et envahit le terrain d’à côté. L’eau se vidant, les poissons de réfugient tous dans le bief, un peu plus profond qui contient encore de l’eau.

Les pêcheurs s’organisent alors pour récupérer tous les poissons, ils utilisent un long filet lesté de plomb qui balaye le fond de l’eau. Ils déploient ce filet et le tirent tous ensemble en ramenant les poissons vers la rive. Alors, armés d’épuisettes, appelée arvaux, ils récupèrent les poissons et les déposent dans un grand baquet d’eau, les gruyères, d’où ils sont ensuite extirpés, triés, pesés et vendus. Les acheteurs sont des négociants qui les transportent vers les lieux de vente dans des camions viviers, mais ce peut être aussi des amateurs. Beaucoup sont envoyés à la coopérative et les plus gros sont vendus pour être consommés et les plus petits servent à repeupler les étangs inondés.


 
 
 
 
L’assec

Cet étang vidé redevient alors un champ qui s’assèchera complètement .Enrichi des déjections des poissons et des oiseaux aquatiques ainsi que par les plantes, engrais naturel, ce champ sert de pâturages ou est mis en culture, blé ou avoine et de plus en plus en maïs.

Et deux ans plus tard il est de nouveau remis en eau et le cycle continue.


 

Une activité de pêche importante.

Les étangs de la Dombes sont poissonneux et dans leurs eaux nagent carpes, brochets et tanches, sandres, silures et gardons. La Dombes à elle seule fournit 21% des poissons d’étangs en France. Dont 1000 tonnes de carpes, 400 tonnes de blanc : gardons et rotengle, 200 tonnes de tanches et 50 tonnes de brochets. Et en quantité moindre des sandres et des silures.

En dehors de la pêche d’étang qui est une pêche communautaire à finalité commerciale, la pêche est autorisée d’octobre à mai et les pêcheurs la ligne qui achètent des droits de pêche à des sociétés de pêche sont nombreux.

 

Cette mise en eaux des étangs poissonneux attirent nombre d’oiseaux qui s’en repaissent. Les étangs sont des lieux de visite, de pêche et de tourisme très fréquentés à quelques lieues de Lyon, comme le parc des oiseaux de Villars lès Dombes. L’exploitation des étangs est une tradition qui a généré tout un système commercial et culturel : parcours pédestres et cyclistes, concours de pêche et une gastronomie très riche en plats et recettes de poissons, d’écrevisses et de grenouilles. En raison de sa mise en valeur très ancienne, la Dombes possède de charmantes petites villes très célèbres comme Pérouges et Trévoux ou Chatillon sur Chalaronne avec ses canaux et sa vieille apothicairerie.


 

Les photos ont été prises sur les sites suivants 

http://ladombes.free.fr/La_peche_dans_l_Ain/Peche_d_etang_2007.htm
http://apollo0303.free.fr/
 
Ségolène
 
 

mots clés : Technorati, Technorati

le 18.06.09 à 09:00 dans Reportages - Version imprimable
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