Mon pain aux deux levures : ultra parfumé, sans machine ni pétrissage
Fureur des Vivres n°3, mars 2008, le pain
Je n'ai plus de machine à pain, je l'ai donnée parce qu'elle prenait trop de place et qu'elle faisait toujours les mêmes pains barbants en cubes. Mais je la regrette de tout mon coeur pour la fonction "pétrissage".
Pétrir la pâte m'ennuie à mourir, ça me salit les mains, c'est fatigant. Je n'aime pas ça. Parmi les tâches culinaires répétitives, je préfère de loin l'épluchage des légumes — ou même la vaisselle, c'est dire.
Je rêverais de sortir chaque jour du pain de mon four : un pain qui se serait fabriqué tout seul. Moi je n'aurais rien d'autre à faire que respirer son odeur sublime, l'entendre craquer entre mes doigts, respirer encore, me dire "merci mon Dieu" et le manger.
Mon pain aux deux levures
Est-ce que je peux espérer faire du bon pain chez moi, du vrai pain de boulangerie, toute seule comme une grande ? Telle est ma question.
Quelques éléments de réponse : négatifs hélas.
• Eric Kayser, qui a ouvert en 12 ans pas moins de 45 boulangeries où l'on trouve un excellent pain au levain, déclare cette chose intéressante : "Comprenez bien une chose. Avec une machine à pain, on fait du pain. Pas du bon pain." (source : Cuisine Actuelle, mars 2008).
Le propos a le mérite d'être clair. Inutile donc de regretter ma machine à pain, voire de songer à m'en racheter une.
• Lionel Poilâne, quant à lui, expliquait longuement que faire du bon pain, c'est sélectionner d'excellentes farines, comprendre la fermentation, s'adapter aux saisons... Il disait que la farine ne réagit jamais de la même façon, que ça dépend de plein d'éléments. Il disait aussi qu'un bon four ça doit être comme ci et comme ça, que la fermentation ça se contrôle, que l'hygrométrie ça se mesure, bref, au total, il décrivait un processus de fabrication tellement complexe que je n'ai pu qu'en conclure ceci : faire du bon pain, c'est un métier.
Quand on a vu et entendu des boulangers professionnels, on sait qu'on ne pourra jamais faire du vrai bon pain chez soi : même en prenant de la farine complète bio, ou n'importe quoi qui ressemble au top de la farine du commerce. Même avec une machine. Même en prenant de la levure fraîche chez son boulanger. Même avec tout ce qu'on veut. Bref, si l'on ne va pas direct au fournil, et si l'on ne va pas direct au boulanger, ce n'est même pas la peine de rêver au vrai bon pain.
Cela est-il une raison pour se décourager de faire une "sorte" de pain chez soi avec les moyens du bord ? Certes, je sais que j'obtiendrai seulement un semblant de pain. Et comme en plus c'est moi qui pétris, ça n'arrangera rien.
Moralité : sachant dès le départ que c'est foutu, je vais m'amuser à faire quelque chose qui me plaise.
Ça fait longtemps que ce sujet me préoccupe : comment obtenir chez moi, sans me casser la tête à pétrir, et en ne disposant que des produits vendus tous les jours et à tout le monde en supermarché, un pain léger, goûtu, croustillant et parfumé ?
1) Je veux du pain léger. Plein de bulles, pour ne pas trop grossir (n'en déplaise à Estèbe).
2) Une belle croûte si possible, ça j'apprécierais : dorée et craquante.
3) Et un parfum génial de pain, parce que j'adore l'odeur et le goût de la levure de boulanger.
J'ai fait diverses tentatives ces dernières années : mettre huit fois la dose de levure pour faire gonfler davantage, pétrir une seule fois, pétrir deux fois, pétrir longtemps, pas longtemps, faire pousser la pâte au frais ou au chaud, acheter de la farine complète bio, de la farine spéciale pour pain de campagne, faire une pâte très dense, une pâte très molle, etc. Le résultat a été variable mais toujours décevant. Pour m'aider, des gens qui s'y connaissent m'ont donné sur mon blog des conseils tellement compliqués que je me suis effondrée sur mon canapé (de découragement).
Du coup, j'ai décidé d'essayer un dernier truc. J'ai acheté des produits de base dans un commerce de base : trouver plus basique, banal et commun que les produits que j'ai rapportés à la maison, c'est impossible.
Et touiller, laisser lever et cuire, c'est tout. Se donner encore moins de mal que ça, impossible aussi !
Je vous le donne en mille, c'est le meilleur pain que j'aie jamais fait.
Il y a plein de trucs à améliorer, mais là je tiens vraiment quelque chose. Le goût est agréable, le parfum voluptueux, la croûte craquante : c'est vraiment bon à manger.

La mie n'est pas celle dont je rêverais, mais ça, je crois qu'il faut renoncer. Les grosses alvéoles, obtenir ça à la maison je crois vraiment que c'est impossible.
Récapitulatif des ingrédients que j'ai utilisés (il y a de la marge pour améliorer mes prochains essais avec des produits plus haut-de-gamme, comme vous voyez) :
- 400 ou 450 g de farine Francine "tous usages"
- 2 sachets de levure de boulanger "traditionnelle" Vahiné
- 1 sachet de levure chimique Vahiné (c'est ça qui donne un parfum incroyable, alors que j'en espérais initialement un surcroît de gonflage)
- 1 cuillerée à café de sel fin (ou seulement une demi-cuillerée, plutôt, parce que la levure chimique, ici, donne un goût de sel, je ne sais pas pourquoi mais c'est toujours bon à savoir si on est obligé de suivre un régime sans sel)
- 1 cuillerée à café de sucre en poudre
- de l'eau.
Marche à suivre :
- Diluer les 2 sachets de levure de boulangerie dans une petite tasse d'eau à 30 °C et attendre 10 mn, jusqu'à ce que ça s'homogénéise et gonfle.
- Mélanger farine, levure chimique, sel et sucre.
- Ajouter la levure de boulanger diluée.

- Ajouter de l'eau et remuer avec une cuiller en bois. Au total, j'en ai mis un quart de litre, je dirais. Je voulais une pâte très très souple, ça gonfle mieux et ça fait une croûte qui réagit bien au four chaud (elle devient bien craquante, pas dure et épaisse). Et rendez-vous compte que je n'ai même pas pétri !!! Juste mélangé comme une pâte à gâteau.

- Mettre dans un moule fin, c'est ça la difficulté : il faut un contenant sinon la pâte s'étalera en une vaste crêpe, mais il faut éviter le moule qui empêcherait le pain de cuire vivement sur la plaque préchauffée. Je voudrais que le pain soit saisi dans la seconde, qu'il n'y ait pas d'obstacle entre la chaleur brûlante du four et la pâte levée. J'ai pris du papier sulfurisé et j'ai mis un peu d'huile d'olive, je n'avais que ça sous la main, mais tout ça j'améliorerai plus tard.


Les 3 pinces à linge qui referment le "sachet", je les ai juste mises pour donner une forme allongée et répartir la pâte. Je les ai vite enlevées pour que cela puisse monter librement.
Il m'aurait fallu un grand moule à cake pour entreposer mon paquet, tant pis on cale avec ce qu'on a :

- 1 cuillerée à café de sel fin (ou seulement une demi-cuillerée, plutôt, parce que la levure chimique, ici, donne un goût de sel, je ne sais pas pourquoi mais c'est toujours bon à savoir si on est obligé de suivre un régime sans sel)
- 1 cuillerée à café de sucre en poudre
- de l'eau.
Marche à suivre :
- Diluer les 2 sachets de levure de boulangerie dans une petite tasse d'eau à 30 °C et attendre 10 mn, jusqu'à ce que ça s'homogénéise et gonfle.
- Mélanger farine, levure chimique, sel et sucre.
- Ajouter la levure de boulanger diluée.

- Ajouter de l'eau et remuer avec une cuiller en bois. Au total, j'en ai mis un quart de litre, je dirais. Je voulais une pâte très très souple, ça gonfle mieux et ça fait une croûte qui réagit bien au four chaud (elle devient bien craquante, pas dure et épaisse). Et rendez-vous compte que je n'ai même pas pétri !!! Juste mélangé comme une pâte à gâteau.

- Mettre dans un moule fin, c'est ça la difficulté : il faut un contenant sinon la pâte s'étalera en une vaste crêpe, mais il faut éviter le moule qui empêcherait le pain de cuire vivement sur la plaque préchauffée. Je voudrais que le pain soit saisi dans la seconde, qu'il n'y ait pas d'obstacle entre la chaleur brûlante du four et la pâte levée. J'ai pris du papier sulfurisé et j'ai mis un peu d'huile d'olive, je n'avais que ça sous la main, mais tout ça j'améliorerai plus tard.


Les 3 pinces à linge qui referment le "sachet", je les ai juste mises pour donner une forme allongée et répartir la pâte. Je les ai vite enlevées pour que cela puisse monter librement.
Il m'aurait fallu un grand moule à cake pour entreposer mon paquet, tant pis on cale avec ce qu'on a :

- J'ai laissé lever à température ambiante, environ 1 h 30, peut-être un peu moins (j'ai arrêté avant que ça ne déborde). Avec juste un film en plastique alimentaire posé dessus pour éviter les courants d'air. La pâte a bien levé, au point qu'elle a rejoint le plastique sur un des bords, ce qui me permet de vous faire voir :

La difficulté, à ce stade, c'est qu'il ne faut aucune manipulation, sinon ça retombe instantanément. On ne peut pas transférer la pâte depuis le papier sulfurisé vers un moule.
- J'ai enfourné à 240 °C (four préchauffé à 300 °C), c'est-à-dire déposé mon "moule" en papier sulfurisé dans une "coquille" que j'ai fabriquée en papier alu pour éviter l'effondrement de la pâte, et balancé un verre d'eau sur la sole du four.

- Ça a mis du temps pour cuire : au moins une heure ! J'ai baissé en cours de route pour que la croûte ne brûle pas. Je sortais mon pain toutes les dix minutes, je tapais dessous avec le manche d'un couteau, à chaque fois ça donnait un son mou. Alors je l'ai remis à cuire, jusqu'à ce que le son du toc-toc soit bien clair et net.


Un peu de beurre. Super bon.
Caroline
mots clés : Caroline
, pain 
le 12.03.08 à 09:00
dans Les vivres en fureur
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Commentaires
Ah, chère caroline, très joli billet ! Mais contrairement à toi, le pétrissage j'adore. Le coupe du "sans moule", j'essaireai !
Tiuscha - 12.03.08 à 09:55 - # - Répondre -
Du bon pain chez soi
Bien sûr que c'est possible ! Avec de grosses bulles dans la mie, une croûte dorée et croustillante, et une odeur à la cuisson dont tu n'as pas idée ...
Promène-toi donc sur les blogs, et fais-toi une idée du pain sans pétrissage (ça devrait te plaire ;-) ) Le pain est prêt environ 24 h après le début de sa préparation, mais tu ne mets la main à la pâte qu'une quinzaine de minutes, ça vaut le coup d'essayer, je t'assure !
iza - 15.03.08 à 21:16 - # - Répondre -