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Fureur des Vivres

Scoop ! Noisette, fruit du noisetier…

Fureur des vivres n° 22, octobre 2009, les fruits secs

Gloire à la noisette !
Et à ses Liaisons dangereuses…
 
 
 




Scoop ! Noisette, fruit du noisetier…
 

Petit abrégé de linguistique : le terme « coudre » est apparu au douzième siècle pour, un siècle plus tard, se voir peu à peu remplacer par le terme « noisette ».
(Source : je ne vous ferai pas l’affront de vous présenter Scrat, célébrissime personnage tout droit sorti de l’Âge de Glace)

Premier constat, le noisetier, ou coudrier (Corus ou Korys – casque – en grec, ayant également donné Corylus en latin), de la famille des bétulacées (plantes apétales), est un grand bourlingueur : selon l’espèce incriminée, vous le croiserez aussi bien en Europe, qu’en Asie, ou encore en Amérique du Nord. Il aime à asseoir son mince tronc flexible dans les bois, mais ne rechignera pour autant pas à élire domicile dans les taillis et haies, voire dans votre jardin. L’altitude ne lui fait pas peur : il saura imposer ses racines jusqu’à 1300 mètres d’altitude. Enfin il appréciera tout particulièrement hivers doux et étés frais.
Côté émergé de l’iceberg, cet arbuste touffu mesure généralement de deux à quatre mètres (même si certaines espèces peuvent atteindre une quarante mètres – il paraitrait que la Mandchourie soit adepte de cet d’exploit avec son Corylus chinensis Franch) ; côté immergé, quelque soixante centimètres de racine peuvent tenter de frayer sournoisement leur chemin dans un sol aéré, et de préférence calcaire.

Il existe à vrai dire une variété assez stupéfiante de noisettes, comestibles ou non.
L’aveline (du latin Corylus avellana), rend ainsi un hommage appuyé à l’Italie, et plus particulièrement à la ville d’Avellino, qui fut longtemps un pôle de production particulièrement actif et reconnu.
Mais l’Aveline peut tout aussi bien surgir en Piémont qu’en Provence, ou encore en Angleterre. Si je vous dis Bergeri, pensez Belgique, pour Buttler et Ennis ce sera les Etats-Unis, Coxford et Kentish Cob pour l’Angleterre, Merveille de Bolwitzer pour l’Alsace ou l’Allemagne, Négret pour l’Espagne, Impériale de Trébizonde pour la Turquie, ou bien encore Gunslebert,  Jemtegaard, Nottingham, Pawetet, Segorbe, Tonda Giffoni, Webb's prize cob, Daviana, Downton, et cætera, et cætera…
Côté non comestible, vous pourrez opter pour un décoratif noisetier à feuilles laciniées (Corylus avellana heterophylla) ou pourpres (Corylus maxima purpurea), un noisetier jaune (Corylus avelana Aurea), tortueux (Corylus avellana Contorta), pleureur (Corylus avellana pendula), et cætera, et cætera…


Casse-noisette (www.dansomanie.net)

La noisette appartient à la famille des akènes (fruit sec à une graine) : chaque fruit (amande oléagineuse au goût fortement prononcé) est inséré, solitaire, dans une membrane en forme de coupe, et pourra atteindre jusqu’à trois centimètres de long pour deux centimètres de diamètre (trois pour quelques variétés plus rares).
Avant même que n’apparaissent ses premières feuilles, tandis que l’hiver cède peu à peu la place au printemps, le noisetier se pare de ses fleurs : mâles, de couleur jaunâtre, elles forment des épis pendants appelés chatons ; femelles, minuscules et rouges, elles se rassemblent en de denses épis dressés.
L’involucre enveloppant le fruit, de couleur violacée, le protège jusqu’à maturation complète, le recouvrant plus ou moins entièrement selon les espèces.
Il s’assèchera finalement pour s’ouvrir à une extrémité, exposant la coque (ou péricarpe) à l’air, au contact duquel elle va se durcir et prendre sa couleur finale marron. C’est au cours de cet ultime processus que la graine acquerra sa concentration de sucres, huile et minéraux.
La maturation du fruit se produit à l’automne. Une fois séché, l’involucre se détache facilement de la coque dure, qui va conserver l’amande durant des mois.
Et c’est ainsi que, d’août (pour les amateurs de fruits verts) à septembre (pour les plus patients), bipèdes et quadrupèdes peuvent s’adonner aux joies de la cueillette en prévision de la rudesse de l’hiver à venir. Le top départ officiel étant donné par la chute des trochets, ces petits bouquets de deux-trois fruits, parfois hérissés de quelques piquants dissuasifs…


Source : www.les-ziboux.rasama.org

D’innombrables vertus

Déjà en leur temps, Grecs et Romains avaient su déceler ses richesses, tant culinaires que médicinales : fibres, matières grasses, calcium, fer, phosphore, potassium, magnésium, cuivre, vitamines A/B/C/E et minéraux, autant d’atouts pour ce fruit beaucoup plus énergétique que la noix, au goût particulièrement charmeur. Côté médicinal, on retiendra principalement ses propriétés astringentes, fébrifuges et dépuratives.
Outre l’utilisation du fruit largement implantée dans desserts et confiserie, la noisette donne une huile fine qui trouvera son emploi dans l'alimentation, la parfumerie, les cosmétiques, la savonnerie et… la peinture.
Chez le noisetier, rien ne se perd : ses feuilles furent longtemps fumées en lieu et place des feuilles de tabac. Quant à son bois, souple et flexible, il trouva et trouve encore occasionnellement un usage en marqueterie, vannerie, et… toiture.
N’oublions pas d’évoquer les pouvoirs magiques largement conférés au noisetier. Symbole de sagesse et de justice, il était utilisé par druides, sorciers, chercheurs d’or, et sourciers.


Source : Università di Catania

Worldwide

On peut légitimement supputer que l’intérêt pour ce fruit remonte même à la préhistoire, chez les Turcs ou en Asie mineure. Si les Romains en introduisent rapidement la culture à l’échelle de leur empire, la noisette ne sera massivement présente en Europe qu’à partir du dix-septième, voire du dix-huitième siècle.

Avec ses quelques 500.000 tonnes annuelles (77% de la production mondiale), la Turquie fait aujourd’hui figure de principal fournisseur de noisettes à l’échelle de la planète (pour les trois quarts, cultivées sur les bords de la Mer Noire, et assurant le vivre à quelque deux millions de personnes), très loin devant l’Italie (15% - soit 80% de la production européenne), puis les Etats-Unis (5%, exclusivement en Oregon) ; sont également à citer l’Espagne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie… et la France (concentrée sur 2.000 hectares dans le Sud-ouest, et couvre un petit dixième des besoins français).
Quoiqu’il en soit, le constat est bel et bien là : 97% de la production mondiale de noisettes est dédiée à l’industrie de transformation, qu’il s’agisse d’huile, de pâtisserie, ou de confiserie.

Réveillez le Mc Gyver qui est en vous !

Pour peu que vous vous sentiez l’âme mc-gyveresque, que vous estimiez disposer d’une dose non négligeable de patience, et que vous ayez à cœur de disposer d’une récolte privée, vous pourrez vous risquer aux boutures : vous attendrez pour cela le mois de novembre, et prélèverez une branche d'extrémité d’un diamètre d’un demi-centimètre.
Si vous êtes chanceux et que vous parvenez à atteindre la première année de végétation, n’hésitez pas à tailler la touffe à une quinzaine de centimètres du sol. D’une manière générale, concernant la taille annuelle, les pousses extérieures seront à préserver en priorité, afin d’assurer à l’ensemble un aspect aéré, la pénétration de la lumière étant indispensable à la pérennisation de la croissance.
Lorsque les premiers fruits seront apparus, n’hésitez pas à opérer une taille en période de floraison : privilégier l’élimination des fleurs femelles, les chatons mâles suffisant à assurer la fécondation.
Satisfait de son habitat, votre noisetier pourra aisément vivre une demi-douzaine de décennies, mais ne vous offrira le meilleur de ses fruits qu’au bout de dix bonnes années.


Attaque en règle (Source : Inra)

Gare… Outre le sympathique écureuil, l’ennemi public numéro un de notre noisetier est petit coléoptère répondant au doux nom de balanin qui, après avoir percé la coque de notre noisette amoureusement choyée, déposera consciencieusement, fruit après fruit, un œuf dans chaque amande : l’attaque en règle s’opère en juin ou juillet, la larve se développera en dévorant le fruit avant qu’il ait pu atteindre sa maturité, les dégâts peuvent être considérables.

Côté fourneaux

La noisettes s’utilise entière, moulue ou hachée. Non décortiquée, vous pourrez la conserver un mois dans un endroit frais et sec. Décortiquée, elle supportera aisément un séjour de quelques semaines dans votre réfrigérateur (il est toutefois recommandé de ne pas tenter le diable, la bête supporte modérément une exposition excessive à l’humidité, rapidement synonyme de moisissure), mais pourra tout aussi bien attendre une bonne année dans votre congélateur, le temps que fuse votre inspiration culinaire…
Reconnaissez que vous peinerez à trouver matière à vous justifier en cas de panne sèche : la noisette se marie avec tout, ou presque. Accompagnez-la de cubes de pommes et de fromages de caractère à l’heure de l’apéritif, agrémentez-en vos salades (qu’elles soient de fruits ou de légumes), associez-la à vos gâteaux (avec du chocolat, c’est un régal), réduisez-la en poudre et, pourquoi pas, voyez donc comment volailles et poissons supporteront sa cohabitation… sans parler du beurre et de la crème de noisette, chère aux végétariens de tous poils.

Mais que serait la vie de la noisette sans le… Nutella !
(Source : www.nutella.fr)

Ah, le Nutella, cet abject produit, le seul, l’unique à même de déclencher dans la maisonnée d’étranges va-et-vient nocturnes, suivis de batailles rangées au petit matin lorsque, assis autour de la table du petit déjeuner, vient l’heure de débusquer l’odieux personnage qui a osé engloutir le pot dans la nuit ! Voilà qui méritait bien un petit détour par le Piémont, berceau de cet abominable délice…

Tout comme la Currywurst chère à nos voisins berlinois, la saga Nutella prend sa source au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans un contexte de restrictions que peu de nos grands-mères ont omis de nous narrer par le menu. C’est à Alba, petit village tranquille du Nord de l’Italie, que Pietro Ferrero, chocolatier-pâtissier de son état, eut la bonne idée de pallier à la rareté et au coût prohibitif de la fève de cacao grâce à la noisette produite aux portes de son village. Et c’est ainsi que le pain au chocolat cher aux bambins à culotte courte céda peu à peu la place au Giandujot, petit pain à la noisette et au lait dans lequel le cacao n’occupait plus qu’une place très subalterne.
La légende veut qu’un été particulièrement torride ait provoqué une altération de la texture du fourrage, et que notre brave Pietro, aidé de son frère Giovanni, y ait vu comme un signe de ciel. Il n’eut de cesse de retravailler sa recette, jusqu’à lui faire revêtir la texture que nous lui connaissons aujourd’hui : la Supercrema était née. Son succès itou, même si personne n’avait imaginé l’empire qui découlerait de cette initiative familiale.
En trois ans, la « petite entreprise » va passer d’un effectif de cinq, à mille personnes. Le cap de l’industrialisation est franchi en 1949. Le succès ne sera jamais démenti.
Et en 1964, la désormais incontournable et célébrissime appellation Nutella fait officiellement son apparition.


Source : http://lyns0702.files.wordpress.com/2009/02/nutella.jpg

Comme vous l’aurez certainement constaté à l’occasion (qui pourrait bien de nos jours prétendre ne jamais, de sa vie, avoir plongé, ne serait-ce qu’une toute petite fois, une cuillère – ou encore mieux, son doigt ! – dans un pot de Nutella…), aucune des marques présentes sur le marché s’étant risquée, guidée par une jalousie légitime au vu de ce succès scandaleux, à copier cette géniale recette, n’est parvenue à l’égaler.
En dépit des récits les plus farfelus ayant circulé à ce sujet, la raison en est d’une simplicité affligeante. Les Normands pourront toujours arguer que la qualité de leur lait est inégalable, je crains qu’ils ne parviennent à détrôner nos voisins turcs, dont l’argument est imparable : si l’auguste maison Ferrero accorde un soin méticuleux à la qualité de l’ensemble des ingrédients nécessaires à la fabrication du Nutella (parmi lesquels, fèves de cacao originaires d’Afrique de l’Ouest et torréfiées au sein de Ferrero et lait écrémé provenant d'Europe, et notamment de Normandie…), la variété de noisette de gros calibre et au fruité exceptionnel employée provient exclusivement de Turquie. Pire, Ferrero a tout bonnement fait main basse sur l’ensemble de la production de ladite noisette.
En effet, l’énormité des quantités nécessaires est telle que les quatre cinquièmes de la production turque sont exclusivement dédiés au fabricant. Après une telle razzia, les concurrents de Ferrero en sont réduits à se partager les miettes restantes, inévitablement de moindre qualité.
Imparable !

La filiale française de Ferrero a vu le jour en 1959, à Villers-Ecalles, petite bourgade normande, sous le prétexte officiel du lancement en France de l’une des marques déclinées par Ferrero : Mon Chéri. Ce n’est que deux ans plus tard que l’usine de production de Villers-Ecalles se lance dans la fabrication de la Tartinoise, appellation française de la célèbre pâte à tartiner qui ne deviendra universellement Nutella qu’en 1964. Ferrero France assure aujourd’hui un tiers de la production mondiale de Nutella.
Sur les 20.000 salariés que compte aujourd’hui le groupe Ferrero dans le monde, mille contribuent en France à la réalisation d’un chiffre d’affaires ayant franchi le cap du milliard en 2007.

Derrière le trio de tête Italie/Allemagne (depuis 1956)/France, Belgique, Pays-Bas, Autriche, Suisse, Suède, Royaume-Uni, Irlande, Espagne, Portugal, Grèce et Pologne ont peu à peu gonflé la liste des pays d’implantation du groupe en Europe. Si l’on ajoute à cela ses installations en Amérique du Nord et du Sud, et en Asie du Sud-est, ce sont aujourd’hui 37 implantations commerciales et de 15 sites de production qui ont permis au groupe (et ses vingt mille et quelques salariés) de réaliser sur l’exercice 2006-2007 la bagatelle de 5,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires.


Source : http://ithinkimdying.wordpress.com/2007/12/17/holy-nutella/

> 1964, Nutella
> 1956, Mon chéri
> 1969, Tic Tac
> 1974, Kinder Surprise
> 1982, Ferrero Rocher
> Puis viendront Raffaello, Duplo, Kinder Bueno, et enfin Ferrero Garden en 2008.
Un groupe qui ne craint pas de miser sur l’inventivité de ses troupes…
Et la promesse de nombreuses bagarres à venir dans la maisonnée !

Laurence

 

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le 27.10.09 à 09:00 dans Les vivres en fureur - Version imprimable
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