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Fureur des Vivres

Un matin en 2005, à New York par beau temps...

Fureur des Vivres n° 5, mai 2008, les nourritures vagabondes

Ce mois de mai 2008 nous accueillons Maurice Bensoussan, écrivain, qui va nous entrainer au fil de 4 articles dans ses souvenirs de français expatrié. Nous ne pouvions faire ce numéro consacré aux nourritures vagabondes sans lui. Pour en finir avec les rues de New York, nous y revenons en 2005. 


 

Un matin en 2005, à New York par beau temps...

Les guides touristiques rappellent à ceux qui croient bien connaître New York, que : «New York d'aujourd'hui n'est pas le New York de papa. Ce n'est pas non plus, le New York de votre grand frère, en fait, ce n'est probablement pas le même New York, que vous avez connu la dernière fois où vous y êtes passé. Les choses changent dans cette ville rapidement, plus rapidement que les séries télévisées; ce qui est à la mode une semaine peut être jeté à la poubelle, avant votre prochain voyage ici. La seule chose que vous serez sûr de retrouver à New York, est son état constant de flux.» Si donc le flux d’individus arpentant fébrilement les rues de Manhattan, continue d’exister, alors le street food est toujours là, omniprésent. Comme un écho, le programme du dimanche 13 novembre 2005, de la NPR 1 (la National Public Radio) remet une couche : «Les New-yorkais ne sont pas étonnés d’apprendre, que la meilleure nourriture de la ville, peut être servie sur ses trottoirs. La ville de New York est le lieu où des milliers de stands et des charrettes de nourriture, colportent de tout, depuis des pretzels, à la saucisse de kielbasa (saucisse originaire de Pologne, phrase qui si elle est prise à la lettre, est un pléonasme, qui signifie saucisse de saucisse), aux sandwiches de falafels et même, aux plaisirs végétariens. La semaine dernière, un concours s’est tenu à Manhattan, pour honorer les hommes et les femmes qui aident à faire que le déjeuner de notre ville, puisse se dérouler en une minute.» Non, l’auditeur qui vient d’entendre entre deux jingles, ce texte, ne rêve pas. Serait-ce possible que le fast food se juge désormais, au temps qu’il prend, pour le préparer ou pour l’ingurgiter ? 

 
En fait, le street food à New York du vingt et unième siècle est toujours le même si on parle de saucisses, de hamburgers, de pizzas et autres tacos, en y apportant quelques nuances. Ce qui est nouveau, c’est l’intérêt que les grands chefs des restaurants que l’on nomme gastronomiques, ont pour la chose. Depuis l’origine, des marchands ambulants qui s’étaient enrichis, quittaient parfois la rue pour ouvrir un restaurant. Ainsi, quand le méticuleux, Albert Feltman, qui vendait des wieners insérées dans un petit pain mollet, compta avoir débité en 1871 2, 3 500 sandwiches, il sous-loua un bout de terrain à Coney Island et installa une bicoque en bois, avec comptoirs en façade, pour servir les passants. Il changea de local un peu après et inaugura, le Feltman's German Gardens, qu’il agrandit tous les ans, par une terrasse, une salle de bal, pour en faire le restaurant le plus coté de l’île, avec ses 8.000 places assises. Un de ses préparateurs de sandwiches, venu en 1912, de sa Pologne natale, Nathan Hendwerker fit le chemin inverse et ouvrit un petit stand pour vendre des Frankfurter sandwiches, assaisonnés, disait-il, avec un mélange "secret" d'épices, conçu par son épouse. En 1916, le Nathan's Famous Coney Island Hot Dog voyait le jour, pour devenir après la seconde guerre mondiale, la plus grande chaîne de la chose, aux Etats-Unis. Mais cela restait confiné entre restaurateurs de mets populaires.

 
Ce fut autre chose quand La Bonne soupe, restaurant très estimé de la cinquante cinquième rue, avait tenté de lancer dans les années 1980, quelques charrettes, pour vendre ses préparations simplifiées, aux passants. C’était déjà d’un standing plus élevé, s’agissant d’un restaurant de classe moyenne, qui se lançait dans le street food. On n’alla pas à l’époque, un cran plus haut et depuis… On pouvait penser que Danny Meyer, avec le succès de ses restaurants et notamment de, Tabla, sur Madison Square Park, servant pour 75 dollars, un menu qualifié de «patchwork de différentes cuisines du monde», n’avait nul besoin de street food et pourtant… Comme il aimait, à titre personnel les hot dog, il a ouvert son propre stand, pour débiter au milieu du parc, des saucisses chaudes ! Le Lyonnais Daniel Boulud, qui trône sur les restaurants chics de New York, vit l’un de ses bons adjoints, Daniel Perry Lang, le quitter pour installer une charrette à Wall Street, qui sert du chilli con carne. Le bon piment qu’il utilise pour son Chilli vient directement, du Texas, que le chef cuit avec des «cubes de bœuf, aussi grands que des dès des casinos de Las Vegas» et qu’il sert dans un bol, contenant la sauce, avec une tortilla de maïs (et en option, des haricots rouges que la recette mexicaine originelle n’a jamais eus). On peut avoir cet excellent chilli pour 12 dollars, soit, le double(!!) du prix habituel des confrères. Il est en effet, directement en concurrence avec les charrettes de Daisy May qui sévissent à Times Square et au Rockefeller center, pour servir, l’une du chilli et l’autre, différentes variétés de barbecue, à 6 dollars ou plus, ce qui est déjà relativement cher pour un déjeuner sur le trottoir.

 
Gray Kunz chef irlando suisse, à la tête du Café Gray 3, au troisième étage de la tour Time Warner, s’est associé avec l’Alsacien, Jean-Georges Vongerichten, plusieurs fois consacré «Meilleur Chef de l’Année», pour créer le restaurant Spice Market, que les critiques qualifient «d’ode au street food du sud asiatique». Voici maintenant, que ce que l’on mange dans la rue, inspire les grands chefs ! Doit-on rappeler que feu Courtine traitait ces produits que l’on mange dans la rue de néfaste food ? Ou oublier et se joindre aux éloges des chroniqueurs (mais oui, il y a aussi des chroniqueurs pour le street food), qui affirment sans sourciller, que nous vivons la «chose la plus passionnante, que connaît la nourriture de rue de New York, depuis l’arrivée des falafels 4.» 

1 Poste de radio qui s’auto qualifie de « Producteur et distributeur, internationalement acclamé, de nouvelles, d'entretiens et de programmes de divertissement, non commerciaux. Entreprise privée à but non lucratif, NPR cumule chaque semaine, une audience de 26 millions d'Américains.
2 Ceux qui contestaient l’histoire de la naissance de la saucisse insérée dans un petit pain à Saint Louis en 1925 avaient sans doute raison, puisque nous sommes plus de trente ans avant.
3 130 employés – service du soir conçu comme une brasserie haut de gamme.
4 Boulettes de fèves pilées venues au lendemain de la deuxième guerre mondiale, du Moyen-Orient.

Maurice Bensoussan, (en savoir plus sur Maurice Bensoussan en cliquant sur son nom ci-dessous — ou dans la colonne de droite, rubrique "Au menu de la Fureur")

Note : nous ignorons la provenance de quelques photos. Si vous en êtes l'auteur, signalez-le nous et à votre choix nous ajouterons le lien sur votre site, ou nous supprimerons la photo.

En relation avec ce texte de Maurice, nous avons relevé dans http://www.restho-news.com/ du 5 mai 2008 l'information suivante :

Les "fast food" de New York contraints d’afficher les calories

Les "fast food" de New York vont devoir immédiatement afficher les calories contenues dans les repas qu’ils servent, a annoncé mardi soir la Cour d’appel du district sud de Manhattan après avoir accordé quelques heures plus tôt une suspension temporaire de cette obligation. Dans la matinée, trois juges avaient entendu pendant une heure les arguments des parties en guerre, l’Union des restaurateurs de l’Etat de New York (NYSRA) d’un côté et le Département de santé publique de la ville de New York de l’autre, ce dernier voulant l’application immédiate de cet arrêté municipal destiné à lutter contre l’obésité galopante. L’obligation concerne les chaînes de restauration rapide comptant plus de 15 établissements au plan national, les MacDonald’s, "Domino’s pizzas", la chaîne mexicaine "Chipotle" et autres "TGI Friday". Certaines enseignes comme les cafés Starbuck’s ont déjà commencé à afficher la quantité de calories contenues dans les plats sur des étiquettes collées sur les emballages. D’autres marques concernées, notamment McDonald’s et Dunkin’Donuts, sont beaucoup plus réticentes, et se font représenter devant les tribunaux par les avocats de l’association des restaurateurs, qui compte 3.000 membres pour la ville de New York et 7.000 dans l’Etat. La cour a repoussé au 18 juillet la date à laquelle des amendes pourront être infligées pour non respect de l’arrêté municipal, mais a refusé de suspendre l’application de l’édit lui-même. Les trois juges étaient divisés sur la question au cours de l’audience de mardi matin, ce qui explique probablement le revirement survenu dans la journée. "Je ne vois pas en quoi le fait d’indiquer la quantité de calories contenues dans un plat dérange tant les restaurateurs", a estimé la juge Rosemary Pooler, qui a rappelé "que les gens continuent bien à fumer en dépit des mises en garde affichées sur les paquets de cigarette". "Votre honneur, laissez-nous au moins du temps, suspendez la mesure pendant que nous préparons l’action sur le fond", a répliqué l’un des avocats des restaurateurs, Kent Yalowitz. L’affaire n’a pas encore commencé à être plaidée sur le fond, et pourrait ne pas l’être avant plusieurs mois. Un autre juge, Chester Straub, a été plus conciliant avec les restaurateurs. "Pourquoi la ville de New York ne veut-elle pas de suspension de cette mesure ? Vous avez attendu des années, un paquet de frites en plus ou en moins ne fera pas vraiment de différence", a-t-il dit à l’avocate de la ville de New York qui plaidait mardi, Fay Ng. "Si, votre honneur, quelques calories en moins par jour font toute la différence. 10 millions de repas sont servis à New York tous les mois. C’est une importante décision de santé publique, et la ville ne peut plus attendre", a répliqué Fay Ng. Au cours d’une conférence de presse en septembre dernier, le maire de New York Michael Bloomberg avait défendu la bataille des services de santé et déclaré que la ville avait "l’obligation de dire aux gens comment mieux vivre". L’obésité touchait en 2004 21,7% de la population de New York, soit plus de 1,5 million de personnes ce qui représente une hausse de 70% en 10 ans, selon des études médicales. En 2007, les grandes chaînes de restauration représentaient plus du tiers du total des repas servis dans la métropole. En moyenne, un repas servi dans ces "fast food" excède d’au moins 300 calories, parfois du double, le montant de 750 calories par plat maximum recommandé par les nutritionnistes, selon les mêmes études.


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le 07.05.08 à 12:35 dans Histoire - Version imprimable
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