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Fureur des Vivres

Un Noël presque parfait

Fureur des Vivres n° 12, décembre 2008, furieusement fête

Un Noël presque parfait
 
Je glisserai sur celui que j’ai passé dans une très chic clinique de Neuilly, après avoir été renversée par un cheval au galop pendant un bref séjour à Paris. Ma fille de 6 ans avait acheté ses cadeaux et les avait emballés elle-même (j’étais encore trop anesthésiée pour m’apercevoir à quel point  mon mari pouvait être nul). Mon chirurgien était parti skier, à l’aide de l’énorme dessous de table que nous lui avions versé,  après avoir suspendu mon pied droit à une poulie et en me promettant de me décrocher à son retour. Je priais pour qu’il revienne entier.  Le dîner de gala servi à 18 h 30 comme d’hab, se composait d’une épaisse et solide tranche de gelée sous laquelle se dissimulait  (c’était une surprise) une fine lamelle de pâté en croûte d’une légèreté tout industrielle, de paupiettes de dinde desséchées et d’une bûche individuelle aux coloris assez surprenants, avec petit nain rouge et scie en aluminium d’un goût exquis si l’on aime le cheap, le kitch et à nouveau la gélatine.

Ma famille m’avait apporté un mini sapin clignotant  qu’ils ont branché en cachette sur une prise dissimulée. Après quoi ils sont partis le cœur gros, me laissant telle une baleine pendue à l’arrière d’un thonier, livrée aux tendres soins d’une infirmière ex-militaire qui hantait nos nuits en nous racontant qu’elle avait fait Dien Bien Phu et disait aux blessés, « arrête de te plaindre, de toutes façons tu vas crever »…
Tout ce que je souhaitais ce soir là c’est que le sapin fasse exploser la bouteille d’oxygène voisine afin que je puisse partir dans une lumière éblouissante expliquer en direct live au père Noël ce que je pensais de lui. 
 
Mais je m’écarte du sujet : « comment réussir Noël et notamment  en temps de crise ».*
crédit photo : livre « passion origami » de Daniel Picon et Nicolas Terry
Attelez-vous dès aujourd’hui à la production de caviar domestique bio. Par un beau jour de pluie, ce n’est pas ce qui manque, ramassez le maximum d’escargots que peut contenir une ancienne lessiveuse en zinc (on en trouve aux Puces) ou une poubelle en plastique (dans la rue). Placez-y les escargots et fermez avec un grillage (Castorama et Jardineries).
Il ne vous reste plus qu’à rendre les gastéropodes complètement fous à l’aide de lampes simulatrices d’aube (rayon luminothérapie,  chez  Nature et Découvertes) et en montant la température de votre chauffage pour leur faire croire que c’est le printemps. Ils vont se mettre à pondre avec incohérence, environ 120 oeufs de 30 à 40 mg chacun, soit 4 g au total par bestiau. Vous n’aurez qu’à ramasser les œufs, les rincer, les conserver dans une saumure à la Fleur de sel de Guérande, à l’abri de la lumière, sous vide et à - 4°C, n’oubliez pas que c’est une semi-conserve très approximative. Servez-les sur des toasts avec une cullerée de crème fraîche et du poivre, cela fera passer le goût.  Je vous conseille de ne pas trop vous attacher aux escargots : entre tout le boulot qu’ils ont à changer de sexe pour un oui ou pour un non, à pondre etc… il faut prévoir une forte mortalité due à l’épuisement.


 
Plus économique que la dinde, choisissez l’autruche qui une fois dépecée produit environ 36 kg de viande comestible.

L‘abattage de l’animal courant à 70 km/h dans votre appartement ajoutera de l’ambiance  à votre soirée (prévoyez tout de même le temps de cuisson : saignant, c’est une viande peu grasse) et hébergez votre famille ainsi que vos invités depuis la veille. Les châtaignes risquent de faire proportionnellement et esthétiquement  mesquin, aussi remplacez-les par des noix de coco ou à la rigueur de fruits du jacquier et décorez de mangues entières pour figurer les physalis.
N’oubliez pas de parfumer votre rôti de blancs de poireaux frais, en ce moment presqu’au prix de la truffe et beaucoup plus originaux.

Pour la bûche, commandez-la chez un pâtissier, je doute que vous ayez la force de la faire après avoir terminé les entrées et le plat principal.
N’oubliez pas que le duvet de l’autruche peut vous servir à faire des édredons, les pattes des cravaches et des manches de parapluie et les plumes de ravissants cadeaux de saison.

Et maintenant, joyeux Noël !

Note : j’apprends à l’instant que le caviar d’escargot a une note de sous bois, d’angélique de raifort, de feuilles de chêne, fumet de tourbe,  de matin frais d’automne. Les sensations en bouche sont celles d’une ballade en forêt après la pluie, arômes de champignons et de mousse humide. 
C’est une bonne nouvelle qui peut vous être utile.

Jacqueline
 

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le 17.12.08 à 09:00 dans BIS (Baroque, Insolite, Stupéfiant) - Version imprimable
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Commentaires

Bravo pour ce texte!


J'ai adoré et rit aux éclats,toute seule devant mon écran, ce qui ne m´était pas arrivé depuis fort  longtemps.
Amitié,
Henriette

Henriette - 17.12.08 à 11:32 - # - Répondre -

Come Back

Jacqueline, le retour!
Merci pour cet hilarant billet et ravie de vous retrouver parmi nous.

Ségolène - 25.12.08 à 18:14 - # - Répondre -

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