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Fureur des Vivres

Une partie de chasse par Jim Harrison

Fureur des Vivres n° 23, novembre 2009, le gibier

Jim Harrison, coureur des bois, chasseur et pêcheur, raconte dans ses œuvres quelques mémorables parties de chasse. Celle-ci se passe dans les marais de Floride où il est allé chasser avec un ami. Chasser le canard, embusqué dans des tonnes, des abris dissimulés par des branchages à la période où ces oiseaux migrateurs  se réunissent et passent en immenses vols groupés.

Une partie de chasse par Jim Harrison


Colvert

«L’aube de nouveau : une obscurité laiteuse et humide, saturée d’insectes. Durant notre attente ensommeillée à l’écluse, le gardien nous raconte que, la semaine passée, une escouade de policiers en goguette, des membres de la brigade criminelle de Miami, avaient tiré leur quota tous les jours. Puis il nous expliqua qu’il faisait trop chaud et que le temps était trop calme pour chasser le canard, que nous aurions mieux fait de rester au lit. Ou de pêcher le bar. En tant que pêcheur de truite, le considère le bar comme une variété surexcitée de carpe.

Après le long trajet désormais habituel, nous avons choisi un endroit sans trop y croire. Quand le ciel s’est éclairci, quelques canards volant très haut sont passés au-dessus de nous, mais sans s’arrêter parmi nos leurres. Nous avons alors entendu des coups de feu loin derrière nous, à un ou deux kilomètres dans les marais. D’autres coups de feu ont éclatés à quelques centaines de mètres sur la berge, mais eux aussi venaient des marais. Notre irritation augmentait chaque fois que nous voyions des vols de canards passer très haut, suivis de coups de feu nourris. Lorsque les tirs se sont espacés, mon ami m’a quitté pour faire un peu d’espionnage le long du lac. Un quart d’heure plus tard, il revenait avec un air réjoui. Caché parmi les roseaux, il avait vu un petit bateau émerger d’un chenal si étroit qu’il était invisible du lac. Nous avons chargé notre matériel, puis nous sommes partis jeter un coup d’œil à ce chenal en prenant des airs de conspirateurs.


Nette rousse

Après avoir traversé une longue rangée de roseaux, nous sommes arrivés à un petit étang, mais sans réussir à trouver le moindre abri. Puis nous avons repéré un autre chenal étroit et bientôt nous avons du enlever nos cuissardes pour pousser le bateau. L’endroit, répugnant et plein de vase, évoquait un élevage de vipères aquatiques. Perchée à l’arrière du bateau, Rain nous observait avec une curiosité mitigée. Eurêka ! Nous avons soudain débouché sur un autre étang dont le centre était occupé par un merveilleux petit abri de chasse, construit avec des feuilles de palmettes.


Sarcelle

[…]Nous avons aussitôt installé nos leurres. L’abri était exigu, nous allions presque tirer épaule contre épaule. Mon ami a repoussé la bateau dans le chenal pour le cacher et décourager d’autres chasseurs de nous suivre. Nous étions à peine installés quand les becs-ronds sont arrivés. J’étais ravi que ces canards ne se posent pas, mais viennent explorer les mieux à toute vitesse –volant de gauche comme de droite, à une vingtaine de mètres au-dessus de nous. Car cela exigeait beaucoup d’adresse de notre part. Rain était si contente qu’on avait bien du mal à la maintenir sur son perchoir lors de fréquents ratés. Elle manifestait seulement sa vraie personnalité quand elle allait chercher un oiseau, le rapportait, puis faisait aussitôt volte-face pour batifoler dans l’eau. Il me fallait alors la hisser sur la plate-forme, tandis que l’eau ruisselait dans mes manches. Je détournais ensuite le visage pendant qu’elle s’ébrouait, puis je remettais un peu d’ordre dans notre camouflage.


Souchet

Très fiers de nos exploits de fins limiers et de tireurs émérites, nous avons atteint notre quota bien avant la tombée de la nuit. Le lendemain la chance nous a souri pareillement et nous avons encore soigné nos tirs. Malgré tout nous avons perdu quelques blessés et il était troublant de regarder la chienne, guidée par l’odeur du canard, nager en décrivant des cercles de plus en plus resserrés. Les becs-ronds, les becs-bleus et d’autres variétés de canards plongeurs descendent sous l’eau lorsqu’ils sont blessés ; puis ils s’agrippent à une herbe aquatique et restent sous l’eau en attendant de se noyer. Ce seul détail m’empêche de devenir un fervent adepte de la chasse au canard, malgré tous les plaisirs que procure ce sport. […]

En ce dernier après-midi, alors que nous retournions au pavillon, nous avons bénéficié de cette chance presque providentielle qui ne sourit qu’à ceux qui passent beaucoup de temps en plein air. D’abord, le soleil devint rouge sang derrière la fumée qui montait des champs de canne à sucre incendiés par les cultivateurs. Puis ce soleil rouge se prit dans les embruns de vagues, car le mauvais temps annoncé par la météo rendait le lac très agité. Les radeaux de foulques se défaisaient sur notre passage et le premier vol des sarcelles en route vers le sud tournoya dans le ciel en une nuée rapide. »

Jim Harrison, Entre chien et loup, Okeechobee.

Ségolène


 

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le 16.11.09 à 09:00 dans Beau texte, belle musique - Version imprimable
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