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Fureur des Vivres

Vacances dans les Pyrénées Orientales : un grand «bas» pour une kyrielle de… «petits hauts» jubilatoires !

Fureur des Vivres n° 8,août 2008, les hauts et les bas de la cuisine des vacances

C’est ça les vacances : il y a ceux qui les planifient onze mois et demi à l’avance, et les rois de l’improvisation ; on retrouvera les adeptes de la fuite à l’autre bout du monde, quand d’autres sauront savourer les multiples richesses de notre bel hexagone ; aux experts du système D s’opposeront les friands du grand luxe… pour peu que bourse suive !
 



Vacances dans les Pyrénées Orientales : un grand «bas» pour une kyrielle de… «petits hauts» jubilatoires !
 
Juillet : larguez portable, télévision, ordinateur et autres parasites, lâchez montre et dictats temporels, ouvrez mirettes, nasaux et papillettes… la valse soleil, farniente et bons plaisirs est de retour !
Pour nous, ce sera destination Cattlar (prononcez « Cailla »), petit village de 639 âmes niché en bordure de la Tet, au charme typiquement pyrénéen oriental, et à la vie très largement partagée d’une maison à l’autre, entre ruelles et placettes.
 
Résolution du mois : les vacances seront papillesques, culturelles, et sportives !
 
Premier jour, petite mise en jambes donc…
Cible identifiée : les Gorges du Cady, altitude 1900 m.
R.A.S., petit dérouillage routinier… avec point d’orgue jubilatoire lors d’un plongeon dans les eaux limpides - et glaciales (10°C ?) - des cascades surplombant lesdites gorges : un pur bonheur !
 
Deuxième jour, la seconde est timidement enclenchée : destination unanimement retenue, le Pic du Canigou, altitude officielle (sous réserve d’une érosion additionnelle à l’issue de nos crapahutages approximatifs) : 2784.66 m.
Lever 6h00, pour un départ théorique à 7h00…
 
9h00, « Je rè-gle mon pas sur le pas de mon cœur ». Chacun son rythme, chacun son ego-trip… Magie des balises, il suffit de se laisser porter.
Quoique…
Trois heures plus tard, la semi-marathonienne en herbe ayant largué le reste des troupes, petit point sur la situation. Pas compliqué, il suffit de ne pas oublier de lever le nez au-delà des petites merveilles jalonnant le parcours à hauteur de godillots : à gauche, vide abyssal, à droite, néant glacial, devant, à-pic freudien, derrière, point de salut. L’heure est grave ! Nuages menaçants en vue, ravitaillement à disposition des plus minimaliste, couverture de survie sagement rangée dans la naphtaline à 500 bornes de là… et sommet visé distant de 400 mètres. Au bas mot. Estimation en catastrophe du degré de difficulté pour rallier le point B depuis la position scabreuse A : même pas la peine d’y songer ! Magnifique ligne de crête totalement impraticable, muscles tétanisés devant le ridicule de la situation, grosses peurs enfantines émergeant dans le désordre le plus chaotique, et sens de l’orientation réduit à néant (ne l’oublions pas, le Mont Canigou, singulièrement ferrugineux, est particulièrement propice aux dérèglements des boussoles et appareils de contrôle en tous genres, et détient de ce fait le triste record du nombre de crashs d’avions… comment résister à pareille boulversification !)
Silence venteux régulièrement interrompu par des « heeeelp, je suis perduuuuue ! » à la voix tremblante, relayés par l’écho moqueur de dame montagne…
Et soudain, émergeant des brumes canigouesques, une voix :
- Descendez vers les vaches ! 
Ben voyons, facile à dire !
-  Elles sont où les vaches ? 
Seconde tentative de mon sauveur anonyme :
- Descendez vers le clair… 
Ah, ok, sous les nuages donc ! Moi qui croyais me perdre inexorablement en terres espagnoles désertiques en suivant cette voie, j’avais tout simplement inversé ma boussole interne…
Ainsi, tout à la joie de constater que ma dernière heure n’avait point encore sonné, j’agrippai rochers tranchants et herbes détrempées et entamai une descente plus que laborieuse, renonçant dans un dernier sursaut de lucide humilité à rallier le point B tant convoité.
Une demi-heure plus tard, première balise en vue : elle est jaune, le petit poucet a donc retrouvé son chemin. ON SE POSE.
Long, long sas de décompression… Et soudain, une voix moqueuse :
- C’est vous qui étiez perdue ? 

Gros nuage de honte noir déversé instantanément au-dessus de ma tête…
- Vous devriez être contente, vous avez ouvert une voie ! C’est pas comme nous, on s’est aussi perdus à la montée… 
Voilà un homme qui sait parler aux femmes ! Comment ne pas lui emboîter le pas avec empressement et une reconnaissance toute guillerette.
En montagne se distinguent - en théorie ! - deux temps forts : la montée, concentrée, régulière, prometteuse quant aux merveilles qu’il vous sera donné de découvrir au terme de vos sains efforts, et la descente, légère et courbatue, dans l’allégresse de tous ces trésors engrangés et partagés au sommet. Les langues peuvent alors se délier, et les conversations fusent… qui se révèlent parfois très riches en surprises.
Notre galant saint-bernard se présente : fils (adoptif) du pays, fin gourmet, producteur d’abricots « à ses heures perdues »… et adepte de Slow Food ! Que rêver de mieux : j’ai promis un billet à Patrick ! S’ensuivra une longue liste d’incontournables gourmands locaux (dieu que le quignon de pain avalé dans mon sas de décompression me semble soudain lointain…) :
- La cargolade, plat à base de petits escargots gris, grillés, inévitablement accompagnés de leur sauce faite de lard à fondre, ail, pomme de terre, huile d'olive et piment ; le pyrénéen oriental est fier, et fier de l’être : la consommation se fera par centaines, ou pas. Et notre saint-bernard d’enchaîner sur « l’Escargoline », élevage créé à Pézilla-la-Rivière en 2004, et ayant eu la bonne idée d’organiser avec Slow Food l’année suivante une grande dégustation dans les règles de l’art de nos mollusques baveux mais néanmoins goûteux.
- Le calsot, dont le principe consiste à abandonner l’oignon en terre une année durant, pour ensuite récolter une lignée de petits oignons frais, qui seront délicatement carbonisés sur le grill ; vous n’en consommerez que le cœur, accompagné d’une sauce dont le secret reste jalousement gardé génération après génération - tout juste aurai-je réussi à faire avouer l’emploi d’huile d’olive, de citron, et d’amande… c’est maigre !
- La zarzuela, sorte de bouillabaisse version catalane - tout est dit !
- L’ouïade, soupe de pâtes et légumes à la mode garbure sur fond de cochon rance… vaste programme, spécial montagnards harassés.
- Et pour finir les couscouilles, sorte de blette sauvage particulièrement à son aise dans les terres arides du Mont Canigou, à confire pour en apprécier toute la substance.
- Sans oublier l’énumération longue comme un jour sans pain de caves à visiter, marchés à dévaliser, sites à découvrir… Je peux quitter mes compagnons d’infortune l’âme en paix !
 
Retour au parking automobile, où se retrouvent les bienheureux crapahuteurs du jour pour y jeter pêle-mêle, godillots crottés, restes de casse-croutes, trésors de guerre, et doigts de pieds endoloris en éventail. La boucle du jour est bouclée…. et le Pic continue de me narguer, le bougre !
 
Deux jours plus tard, les crispations musculaires se faisant encore douloureusement sentir, un changement drastique de stratégie s’impose : nous opterons pour un cross-footing quotidien dans la fraicheur toute matinale (et relative) de la garrigue, le reste des journées étant définitivement dédié aux joies des recherches goûteuses, découvertes culturelles, et dégustations gourmandes.
Voici venu le temps des petits hauts savoureux ! (liste non exhaustive…)

 
Retable de Prades

Prades
Son retable (le plus grand d’Europe, directement inspiré de Rubens et Poussin), tout aussi impressionnant que… d’un goût douteux !
Son marché, débordant de produits locaux plus alléchants les uns que les autres (fromages de brebis et charcutailles en tête, mais aussi fruits gorgés de soleil, légumes rebondis, et productions vinicoles défendues avec amour et conviction)… le tout à prix spéciaux pour touristes aisément couillonnables, il faut bien le reconnaître - mais toujours avé le sourire et  l’accent chantant. Comment résister !
Et son festival Pau Casals pour amateurs de musique classique. L’artiste, violoncelliste, chef d’orchestre et compositeur, exilé à Prades dès 1939, apôtre de la démocratie, ennemi du totalitarisme, sera toute sa vie durant un pèlerin infatigable de la paix dans le monde (on lui doit notamment, composé en 1971, l’Hymne des Nations Unies). Nous aurons ainsi l’occasion de redécouvrir Haydn, Ravel et Brahms dans le cadre enchanteur de l’abbaye Saint Michel de Cuxa… après nous être copieusement régalés des étals débordants susmentionnés.
Quelques pistes :

  
 
Miel 
Notre producteur (Les Ruchers de la Framontane, Valmanya), passionné et intarissable, nous expliquera longuement, dégustations à l’appui, comment il initie, chaque année, le même rituel de transhumance de ses ruches pour offrir à « ses » abeilles butineuses les fleurs les plus goûteuses. La palette de miels proposés, balayant les nuances des plus subtiles aux plus corsées, est impressionnante. Après moult hésitations nous craquerons pour un miel de lavande.
 
Pain
LA rencontre jubilatoire du séjour !
Au retour d’un périple à Castelnou, superbe village médiéval estampillé « plus beau village de France », à l’heure où les estomacs grognent sévèrement et où l’inventaire des délices à déguster s’impose… une réalité cruelle s’impose tout autant : plus de pain ! Nous roulons sur une route piste bitumée désertique à 30 à l’heure pour cause de sinuosité (et de paysages à ne rater sous aucun prétexte, lumière du soir oblige), la petite aiguille s’approche inexorablement du 8, autant dire que la cause est perdue. Sauf que…
Là, au milieu de nulle part, à un croisement que même les cartes IGN rechignent à faire figurer, un panneau artisanal approximatif nous appelle : « Le Pain d’Eric, les lundis et vendredis entre 17h et 20h ». Ben voyons ! Jeu de piste en vue, nous suivrons donc les flèches… pour atterrir, incrédules, au fond d’une cour de ferme où trône en effet la camionnette attestant de l’activité revendiquée de son propriétaire.
Il existe donc bel et bien un dieu pour les estomacs gourmands ! Le choix est gargantuesque, la qualité évidente, les miches cabossées à souhait, et la passion du bonhomme (secondé sur les marchés par une typische bayerische Ingenieure - autant dire que la tenue des comptes est calibrée au millimètre !) palpable et communicative.
Il a la bonne idée de venir régulièrement jusqu’à la civilisation. Après avoir dévalisé son étal, nous revérifierons très vite à Prades (aux dépends du client nous succédant dans la queue, ouf !) que son succès n’est plus à démontrer.
 
Vin
Après l’inévitable faute de mauvais goût du premier jour, où nous optâmes pour un rosé supérette que même les cigales et l’allégresse des troupes ne parvinrent pas à faire chanter, ce petit cru dégotté de derrière les fagots : le Domaine Giocanti Pierre Paul, La Tour de France, exploité par une famille italienne exilée en ces lieux depuis le tout début du 20ème siècle ; un petit vin de pays des côtes catalanes certifié AB et issu de vignes vieilles, que nous dégusterons dans sa déclinaison rouge.

 
Vaisselle typique « location gîte d’été ! »
 
Retour sur Castelnou
Pour la petite histoire, rappelons que le label « plus beau village de France » fut imaginé par Charles Ceyrac, alors maire de Collonges-la-Rouge (Corrèze), dans le but de sauver ces magnifiques villages jalonnant les routes françaises et menacés de décrépitude pour cause de fuite des jeunes générations vers la ville. Une subtile rationalisation de la répartition des subventions en quelque sorte…
Au sortir du village, vous ne pourrez rater un vigneron passionné aux yeux couleur de mer, signataire de la charte qualité des vignerons indépendants, qui vous fera découvrir sa production du Domaine du Mas d’En Llinas (Paulet rouge, Côtes du Roussillon Village 2001 ; Paulet blanc, Côtes du Roussillon 2004 ; Rosé Grenache gris 2005) et n’oubliera pas, pourvu que vous vous montriez un tantinet curieux, de partager avec vous les subtilités de la production locale (fût de châtaignier d’une contenance de 500 litres, pour une production vieillie trois années durant).

 
Celui-ci, on se le gardera en réserve pour un soir de déprime hivernale lorsque le chant des cigales viendra à manquer… Prions pour qu’il vieillisse mieux que son cousin exilé en Suisse !
 
Eus, joli petit village agrippé « en soulage » (traduisez sur le versant ensoleillé de la montagne). Chaussez vos godillots z’à crampons, agrippez la rampe en cas de dérapage incontrôlé, et élevez-vous au gré des petites rues sinueuses au charme incontestable. Si un tel effort sans faiblir vous savez mener à terme, vous déboucherez sur une jolie placette d’où vous pourrez admirer le panorama plongeant sur la vallée. Un minuscule troquet, niché entre oliviers et vieille pierre, dépourvu de licence IV quelle bonne idée, vous y accueillera sur fond d’accent chantant en vous proposant une foultitude de purs jus de fruits artisanaux : cassis, clémentine, pomme, poire, framboise… croquez goulument dans les fruits avec paille et gourmandise : bonheur total à la clé ! (producteur : Olivier DENIS, rue de la Rotja (66) Sahorre)

 
Perpignan, passage rapide pour raison pro.
La cité n’a pas grand intérêt, il faut bien l’admettre, nous en retiendrons surtout une petite merveille découverte au hasard d’une pause casse-croute gourmande : Le Pot, vignobles Dom Brial, Muscat sec blanc (existe aussi en rosé), vin de pays d’Oc 2007 (SCV les Vignerons de Baixas), à déguster absolument très, très frais. Mise en bouteille précoce après trois mois d’élevage sur fine lie ; il offre au palais un arôme de zestes d’agrumes aux notes fraiches et toniques, doublé d’une pointe de miel, à laquelle succèdera un subtil appel de menthe… Petite faute de goût : dégusté avec une plâtrée de moules charnues à souhait, d’un blanc surprenant mais fort goûteuses… je ne pouvais quitter les lieux sans m’enquérir de l’origine de la bête : Grèce, me concèdera-t-on à regret - Coffe s’accorde son ketchup, nous aurons nous œuvré, bien malgré nous, contre la citoyenneté éco-durable… promis, cela ne se reproduira plus !

 
 
Vacances culturelles oblige, nous ne pouvions quitter les lieux sans un crochet par Figueres et son musée Dali : une fois n’est pas coutume, optez pour le forfait comprenant la virée sur les traces de notre excentrique mégalo dans sa ville natale suivie d’une visite guidée du musée, cela vous permettra d’aborder son œuvre avec quelques clés qui vous faciliteront le cheminement dans les méandres de la pensée de l’artiste !
Vous vous démarquerez ainsi de la horde de touristes s’épuisant (40°C à l’ombre) dans des queues interminables et aurez le loisir, pour peu que comme nous vous côtoyiez un autochtone,  de vous laisser mener jusqu’à La Caixa, restaurant de tapas destiné aux fins palais où aucun touriste ne se risque, alléluia (dégustation accompagnée d’un sublime Marti Fabra rouge, seleccio Vinyes Velles 2004).
 
Pour clore cette petite liste décousue, un autre plaisir, totalement décadent, lots de E322, E471, E330 et autre E160a assumés : les Rosquilles, pur produit de l’agro-alimentaire au délicieux goût anisé… Si quelqu’un a une bonne recette pour production maison, je suis preneuse !
 


Août. Reprenons peu à peu le pouls de Bordeaux la belle indolente, et redécouvrons-la au travers des yeux gourmands de nos invités touristes déambulant le nez au vent dans ses rues à l’ambiance presque méditerranéenne… C’est bien ce que je dis : à Bordeaux, c’est les vacances toute l’année !
 
Lolotte (lectrice et commentatrice assidue de ce blog, responsable de la mise en page des PDF qui plus est.
(Crédits photos : Julien-Laferrière&Co)
 
 

mots clés : Technorati, Technorati

le 18.08.08 à 09:00 dans Les vivres en fureur - Version imprimable
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Commentaires

Un ami m'avait montré une boulangerie à Amélie les Bains qui se vantait d'avoir inventé la rousquille : en effet, c'est là que j'ai mangé les meilleures, moelleuses et fondantes, loin de celles industrielles.

Hélas, je ne l'ai pas retrouvée à la pentecôte quand j'y suis retourné.

mich - 18.08.08 à 11:16 - # - Répondre -

Bienvenue en France

Tu t'es manifestement régalée à tout point de vue, le retour en France (et incursion espagnole) a du bon, non ? Les Rosquilles, rien pour alimenter ta recherche . Quant aux couscouilles, on en fait une eau de vie bien fouettée, qui vous a des saveurs sauvageonnes et herbacées plutôt chouettes !

Tiuscha - 18.08.08 à 15:29 - # - Répondre -

Re: Bienvenue en France

Ravie aussi d'avoir retrouvé le plancher des vaches bordelais... et enchantée en effet par ces régalades tous azimuts. Je note la touche sauvageonne et herbacée, comment mon gentil saint-bernard pourtant bien au fait des us et coutumes locaux a-t-il pu me cacher ça !

Lolotte - 19.08.08 à 10:01 - # - Répondre -

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