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Fureur des Vivres

Vendredi 07 Novembre 2008

Les champignons : petit exposé scientifique, et cas étonnants

Fureur des Vivres n° 11, novembre 2008, les champignons

Les champignons sont des êtres étranges, dans cet article, je vais vous parler succinctement de leur nature biologique et j'exposerai ensuite, quelques cas particuliers amusants, intéressants, voir même spectaculaires.
 


Les champignons : petit exposé scientifique, et cas étonnants
 
Les scientifiques qui s’occupent de classer les êtres vivants ont défini un règne à part entière pour ranger les champignons. Contrairement à ce qu’on pourrait penser au premier abord, ce ne sont pas des végétaux, ni même des animaux, quoique par certains aspects il en soient plus proches. Par exemple, La structure externe de leurs cellules est en grande partie constituée de chitine comme la carapace des insectes.
Mais leur principale caractéristique est qu’ils possèdent une structure et un fonctionnement génétique tout à fait particulier.
Leurs particularités ne sont souvent pas toujours bien connues, ce qui cause les plus grandes difficultés aux mycologues pour établir un classement des espèces. Ou même pour déterminer si les plus à la marge sont bien des champignons, ou, s’il faut les classer ailleurs.
 
Ce que l’on appelle champignon couramment ne constitue en fait que les organes reproducteurs du champignon, le champignon lui-même est le plus souvent constitué d’un réseau filamenteux  souvent installé sous la surface du sol : le mycélium.
 
Le champignon est saprophyte ce qui signifie qui il se nourrit de déchets organiques en décomposition, parasite d'autres êtres vivants, ou, s'associe avec eux selon différentes formes de symbiose.
Ils peuvent parasiter aussi bien les végétaux que les animaux, de nombreux champignons sont en effet des parasites des cultures, (oïdium, septoriose …) et certains autres peuvent parasiter les animaux (mycoses…).
 
Cordyceps militaris  se développe sur des larves d’insectes ou sur une chrysalide et se nourrit de son hôte qu’il finira par momifier complètement.
 
On trouve même des champignons chasseurs de nématodes (petit vers microscopiques) qu’ils capturent à l’aide de « filets » associés à des substances adhésives, certains sont même capables de former un petit lasso qu’ils resserreront pour capturer ceux qui auront le malheur de vouloir s’y faufiler.
 
Il existe des champignons microscopiques constitués d’une seule cellule, mais aussi, le plus gros organisme vivant répertorié est un champignon qui s’étend sur près de 10 km carrés aux Etats-Unis, il pèserait près de 600 tonnes et serait âgé de plusieurs milliers d’années.
 
Nous, les Hommes, les utilisons à des fins gastronomiques et pas seulement en les mangeant directement mais nous cultivons aussi certains pénicillium notamment pour ensemencer les fromages bleus et, Botrytis cinerea qui parasite le raisin et en absorbe l’eau (bien qu’il ne soit pas toujours le bienvenu).
En médecine, Penicillium notatum à nous a donné la pénicilline.
On se sert également de champignons en tant que fournisseurs de substances hallucinogènes lors de cérémonies religieuses, notamment chamaniques.
 
Mais d’autres animaux utilisent aussi les champignons.
De nombreuses espèces de fourmis cultivent des champignons sur des morceaux de feuilles qu'elles ont découpées, qu’elles ramènent à leur nid et qu'elles vont ensemencer afin que le champignon puisse se développer et produire ainsi de la nourriture pour toute la colonie. Chez ces espèces quand une jeune reine part fonder une nouvelle colonie elle emporte avec elle une souche du champignon afin de recommencer la culture.
 
Etienne
 
 

mots clés : Technorati, Technorati

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Lundi 08 Septembre 2008

La biogenèse des arômes pendant l’affinage des fromages

Fureur des Vivres n° 9, septembre 2008, le fromage

Paul le Mens, ingénieur en Sciences des Aliments et en technologie du lait et des fromages, spécialiste de l'analyse sensorielle des aliments nous explique comment l'affinage des fromages permet de passer de la caséine et des triglycérides sans goût à une diversité moléculaire aromatique presque infinie.                      

La biogenèse des arômes pendant l’affinage des fromages:
« de la biodiversité microbiologique à la diversité des arômes »

Note de Patrick : pour des raisons techniques inhérentes à mon incapacité à saisir toutes les subtilités du blog, cet article est légèrement tronqué. La version intégrale est disponible sur le pdf téléchargeable du mois de septembre.

Plan
1.               Les bactéries du lait cru impliquées dans l’affinage des fromages
2.               Les flores fongiques impliquées dans l’affinage des fromages
3.               D’où viennent ces micro-organismes ?
4.               Rôle des micro-organismes dans la qualité sensorielle des fromages
5.               La microstructure d’un jeune fromage, rôle des caséines, rôle des matières grasses
6.               Les enzymes participant à l’affinage des fromages 
7.               La Glycolyse
8.               La protéolyse
9.               La lipolyse :
 
version juin 2007
 
Les bactéries du lait cru impliquées dans l’affinage des fromages  (liste non exhaustive)

Bactéries thermophiles
Streptococus thermophilus
Streptococus salivarius
Lactobacillus helveticus
Lactobacillus delbrueckii

Bactéries mésophiles
Lactobacilles hétérofermentaires facultatifs (CO2, acide lactique L+)
        Lactobacillus casei ssp casei
        Lactobacillus paracasei
        Lactobacillus plantarum
        Lactobacillus rhamnosus
Lactobacilles hétérofermentaires stricts (CO2, NH3, éthanol, acide acétiquen D-et L+)
        Lactobacillus brevis,
        L.buchneri
        L.fermentum
Lactocoques lactis ssp
        L.lactis
L.cremoris
L.lactis var diacetylactis

Autres flore mésophile
        Micrococcus : M.caseolyticus, M.varians, M.flavus, M.luteus, M.roseus
Brevibacterium linens, Brevibacterium casei
Arthrobacter nicotianae
Microbacterium lacticum
Aureobacterium liquefaciens
Staphylocoques coagulase négative : S.epidermidis, S.xylosus,
S.equorum, S.lentus
        Entérocoques : Enterococcus faecalis, E.faecium, E.durans, E.casseflavus
        Leuconostocs : Ln.cremoris, Ln.lactis, Ln.dextranicum,
L.pseudomesenteroides
        Propionibacterium : P.freudenreichii, P. shermanii, P.globusum
 
Autres flores participant à l’affinage
        Pseudomonas : P.fluorescens, P.putida
        Coliformes : Hafnia alvei, Escherichia coli, Enterobacter cloacae, Serratia liquefaciens, Klebsiella pneumoniae, Citrobacter et bien d’autres flores fongiques impliquées dans l’affinage des fromages


Levures
        Kluyveromyces lactis
        Kluyreomyces marxianus
Debaryomyces hansenii
Candida utilis
Yarrowia lipolitica
Geotrichum candidum: très nombreuses souches
Moisissures :  très nombreuses espèces
 
D’où viennent ces micro-organismes ?
-                     des végétaux verts
-                     des végétaux secs
-                     des végétaux situés dans l’environnement la ferme
-                     des végétaux conservés : ensilage, balles rondes enrubannées
-                     des céréales de la ferme
-                     des céréales achetées
-                     des concentrés achetés : bouchon de luzerne, granulés
-                     de la paille
-                     des animaux eux même : intestin (fèces), peaux des trayons, poils, muqueuses, mamelles
-                     de l’homme
-                     de l’empoussièrement
-                     des biofilms de la machine à traire
-                     de l’eau
-                     des biofilms du tank
-                     des biofilms des récipients de caillage
-                     des lactosérums rajoutés
-                     des levains commerciaux achetés
 
Les écosystèmes microbiens au sens large sont complexes et propres à chaque ferme, les variations portent au sein des espèces sur les souches dominantes et sous dominantes, sans oublier les bactériophages qui jouent un rôle dans  la régulation des populations.
Compte tenu de la diversité microbienne du lait cru et des paramètres technologiques qui change dans chaque ferme, la sélection microbienne et le potentiel enzymatique du jeune fromage, va induire des différences entre les fermes et ceci pour une même technologie.
Définition : dans la littérature il faut lire les micro-organismes, comme ceci
Genre, espèce, toute espècs (spp), sous espèce, biovar, biotype, lysotype, souche. Ecrites en nom latin sans accent, écriture universelle. Exemple d’une sous espèce : Lactobacillus casei ssp casei. Souvent seul le nom commun est mentionné.

Rôle des micro-organismes dans l’affinage des fromages

Ils agissent soit séquentiellement soit simultanément ou en interaction
Ils agissent par libération d’enzymes exo-cellulaires (bactéries vivantes) ou endo-cellulaires à la lyse des bactéries (bactéries mortes).
Il faut une biomasse suffisante pour que le pouvoir enzymatique s’exprime : 105-106 log par gramme de fromage
Bactéries lactiques : acidification et activité protéasique limitées
Bactéries d’affinage en surface : leur pouvoir aromatisant ne pourra s’exprimer que si elles arrivent à croître. Cette croissance ne se fait qu’après désacidification et remontée du pH
Levures : activités protéasiques intense
Geotrichum : activités lipasiques et protéasiques élevées
Pénicilliums : activités lipasiques et protéasiques élevées
 
Rôle des micro-organismes sur la qualité sensorielle des fromages

1.                  Sur l’aspect extérieur : feutrage mycélien, état de la croûte (abondante, discrète), couleur (orange, brune), état de surface (sèche, humide)
2.                  Sur la Texture de la pâte : ouvertures, protéolyse, lipolyse, dureté, onctuosité, fondante, collante, coulante, granuleuse, cristallisée
3.                  Sur les odeurs et les arômes : famille animale, fermenté, végétale, fruité…par la protéolyse et lipolyse
4.   Sur la saveur par la protéolyse et la fermentation lactique et lipolyse : amer (peptides amers, acides aminés amers) (pseudomonas, lactobacilles, coliformes), sucré (parmesan), acide (acide lactique, acides aminés acides).
 
Rappel de principaux facteurs de croissance des bactéries :
La température, le pH, les nutriments, l’eau libre (eau réellement disponible, Aw-activité de l’eau), l’inhibition, la compétition, les interactions, oxygène ou non.
 
La microstructure d’un jeune fromage :
 
- Phase aqueuse : lactosérum
Dans la phase aqueuse, on va trouver les protéines solubles, de l’acide lactique, des lactates, du lactose résiduel, du galactose, des molécules aromatiques volatiles, des constituants hydrosolubles non volatils, des minéraux solubles(ions), des acides aminés  et acides gras libres, caséinomacropeptide, NaCl, des enzymes, des bactéries, levures, spores de moisissures
Ca++ 36%, Mg++ 66%, H2PO4- 54%, Citrate H2Cit- 93%, Sodium Na+ 100%, Potassium K+ 100%, chlorure Cl- 100%.
 
- Matrice protéique (charpente) : caséines polymérisées (Extrait sec dégraissé)
Constitué des caséines aS1, aS2, b et para cas K (hydrophobe et insoluble dans l’eau), du calcium lié aux caséines (Ca/ESD), de certaines enzymes. Cette structure piège des globules gras et des bactéries et levures, spores de moisissures, des enzymes (plasmine, chymosine).
Ces M-O auront une activité enzymatique proche de leur localisation dans la matrice
 
- Phase grasse: globules gras, des enzymes Lipoprotéine lipase collés aux globules gras (gg). Les gg sont emprisonné dans la matrice  et d’autres se retrouvent dans les cavités
 
-Les micro-organismes, en biomasse considérable 1 milliard par gramme de fromage: bactéries, levures, moisissures,  emprisonné dans la matrice protéique ou circulant dans les microporosités du fromage et ayant une activité métabolique d’hydrolyse, principalement : lipolyse, protéolyse, amis aussi une activité fermentaire résiduelle par consommation du galactose.

Les enzymes participant à l’affinage des fromages  « digestion enzymatique des constituants du fromage »

Ce sont des protéines globulaires produites par des organismes vivants 
Biocatalyseurs des réactions biochimiques
Activité spécifique spécialisée, site de coupure spécifique d’un substrat donné. Souvent dénaturées par la chaleur
Certaines se situent dans la phase soluble et les cavités du fromage.
Les autres sont élaborées au cours de l’affinage du fromage et seront actives au voisinage des MO. En surface la migration s’effectue sur 1 cm en allant vers le cœur
 
Facteurs de la réaction d’hydrolyse (transformation, dégradation, décomposition) :
-                                             le pH, la plage de pH ou les enzymes peuvent s’exprimer est comprise entre 5.5 et 7
-                                             la température
-                                             eau libre
-                                             quantité, et activation, inhibition
* (exemple,  Lipoprotéine lipase pH optimum 8,5 et 37°C)
.
Les enzymes du lait cru sont retrouvées en partie dans les fromages : lipase, lysosyme (rôle antibactérien), xanthine-oxydase, sulfhydryle oxydase, peroxydase, catalase, phosphatase acide et alcaline, plasmine (hydrolyse des caséinesb, aS1, aS2), estérases, lactoperoxydase, aldolase.
Les enzymes présentes  dans les fromages viennent de la présure rajoutée pour la coagulation (chymosine, pepsine) cas des pâtes molles. Alors que pour les pâtes dures la présure est détruite par le chauffage du caillé. Grâce à la plasmine (enzyme protéolytique naturelle du lait)  dans les pâtes pressées au lait cru, la typicité des fromages est préservée. Mais ce sont surtout  les  bactéries, les levures, les moisissures qui vont alimenter le stock enzymatique du caillé.
La chymosine est détruite par la cuisson en cuve à 56°C, il n’y a donc pas de chymosine résiduelle. Dans les PPNC le taux résiduel est estimé à 15% et en pâte lactique à 35%.
 
La Glycolyse pendant l’affinage des fromages
 
Fermentation de lactose en acide lactique et molécules diverses
L’Influence de l’acidification du lait et la baisse de pH du caillé :
Le premier facteur intervenant sur l’arôme est l’acidification. L’acide lactique va diminuer le pH des acides gras volatils, butyrique C4, caproïque C6, caprylique C8, caprique C10, laurique C12 (directement sapides). Ils vont passer sous une forme moléculaire (R-C00H) volatile. Les sels sont en effet trop hydrophiles pour être volatils.
La fermentation du citrate conduit à une molécule importante dans l’arôme  des fromages frais, le diacétyl (2,3-butanedione) (produit par Lactococcus lactis var diacetylacis), molécule responsable de l’arôme beurrée, d’odeur de la crème, l’arôme de noisette.
L’acétoïne (arôme de crème, lacté, amande) précusseur du diacétyl, semble avoir peut d’intérêt  olfactif direct , contrairement à ce qui pu être écrit.  Néanmoins il pourrait interagir plus moins avec le diacétyl.

T.1, La glycolyse et ses effets sur la qualité des fromages, 

Enzymes ou voie métabolique

Source d’enzymes

Substrat majeur

Molécule produite

Descripteur

sensoriel

ß-galactosidase

Bactéries lactiques

lactose

Glucose

Galactose

Acide lactique (post acidification)

Acide

Cœur dur, blanc

Texture sèche

 

Voie homofermentaire

Bactéries lactiques

Glucose Galactose

Lactates

Acide lactique (post acidification)

Acide

Cœur dur, blanc

Texture sèche

 

Voie hétérofermentaire

Leuconostocs

Glucose Galactose

 

 

Lactates

Ethanol

Acétate

CO2

Acide lactique

Fermenté

Alcoolisé

 

acide

 

Voie du citrate

Lactococcus lactis ssp lactis biovar diacetylactis

Leuconostocs

citrate

Acetate

Diacétyle

Acétoine

CO2

Fermenté

Alcoolisé

Noisette

acide

 

Voie du propionate

Propionibacterium

lactate

Propionate acide gras en C3 et acide acétique C2

acétate

Acide

Arôme d’emmental


La protéolyse pendant l’affinage des fromages


La protéolyse : décomposition des protéines par la voie enzymatique


La dégradation des protéines par les protéases et amino-peptidases conduit à des peptides directement sapides, amer, sucré, acide. Ils peuvent être responsables de l’amertume dans les fromages.


La dégradation des acides aminés en une multitude de composés volatils est essentielle pour la typicité des fromages : alcools, aldéhydes, acides ramifiés, esters, composées souffrés, phénols…


Suivant les espèces microbiennes présentes dans les fromages à partir d’un même acide aminé les molécules finales seront différentes. Par exemple si on prend le cas de la méthionine (L-méthionine, acide aminé soufré, AAI) kluyveromyces lactis (levure) va dégrader la méthionine par la voie d’Erhlich-Neubauer (transminase) et donner du methionol (chou cuit) du methional (pomme de terre cuite) ou de l’acide 3-methyl thio propionique (fermenté, grillé).


Au contraire cet acide sera dégradé par des lyases par Brevibacterium linens ou certains Geotrichum candidum, pour donner du méthane thiol (arôme croupi), rapidement oxydé en diméthyldisulfure (DMDS) (arôme oignon), diméthyltrisulfure (arôme coing, asperge),  diméthyltetrasulfure (DMTS). Ce sont tous des composés avec des seuils de détection très faibles.


Les substrats protidiques de la protéolyse

1.                    les acides aminés (20 acides aminés), on ne parle pas de protéolyse mais de désamination

2.                    les enchaînements d’acides aminés

-                                  les peptides

·                                                  les oligopeptides, enchaînement de 2 à 10 acides aminés

·                                                  polypeptides, enchaînement de 10 à 100 acides aminés

-                                  les protéines enchaînement d’au moins 100 acides aminés


T.2, Hydrolyse des protéines  du lait avec apparition de composées aromatiques et modification de la texture

Enzymes principaux ou voie métabolique

Source principale d’enzymes

Substrat majeur attaqué

 Molécules produites

chymosine

présure

 Caséines : b,  aS1,

polypeptides

pepsine

présure

Caséines : b,  aS1,

peptides

plasmine

lait

Caséines : b,  aS2,

Caseine-gamma

Protéose peptone

polypeptides

Protéases

Extracellulaires

Intracellulaires**

Bactéries lactiques

 

Polypeptides

Peptides

Peptidases

Aminopeptidase

Dipeptidases

Carboxypeptidases***

 

Bacteries lactiques

Polypeptides

Peptides

Peptides et Acides aminés : amer, sucrés, acides

 

Décarboxylases

Microcoques

Enterocoques

Brevibacterium

Acides aminés

Amines biogènes ou non

CO², hydrogène

Aldéhydes ammoniac, CO²

Désaminases

Lactobacilles

Geotrichum candidum

Acides aminés

Aldéhydes

Ammoniac

Acides organiques

Transaminases

Bacteries lactiques

Microcoques

Entérocoques

Acides aminés

Nouveaux acides aminés,

Lyases

Brevibactérium

Pseudomonas

Pénicillium camemberti

Acides aminés

Phénol

Indol

Composés soufrés

 

**actives après lyse des bactéries

*** sauf cher lactocoques


La lipolyse :


La lipolyse : dégradation des lipides par la voie enzymatique


La présence de matières grasse dans les fromages a 3 fonctions essentielles :


1 - sur la texture (sensation de gras, de moelleux) et stabilisation des phases du fromage par les monoglycerides (issus de la dégradation des triglycérides) excellents émulsifiants

2 - .permettre de générer des arômes

3 - fixer les arômes qui sont en général des composés aux propriétés hydrophobes, ils ont donc beaucoup d’affinité pour les matières grasses elles aussi hydrophobes.


Les composé les plus important comme composés d’arômes sont les acides gras, directement sapides de C4 à C12 ou comme précurseurs de C14 à C18, après dégradation oxydation entre autre. Leur seuil de détection olfactif est élevé, mais les niveaux d’acides gras libérés par la lipolyse peuvent être très élevés. Ils sont aussi à l’origine de défaut d’arôme : rance, savon. L’arôme typique du fromage de chèvre est du à un acides gras ramifié le 4-éthyl-octanoïque avec un seuil de perception de 1,7 ppm. Comme il s’agit d’acides, les pH bas vont favoriser l’expression de leur impact olfactif. L’action du pH est bien perceptible dans les fromages de chèvre de type lactique ou l’arôme chèvre ressort nettement contrairement à la Tomme de chèvre de type PPNC à pH plus élevé et moins acidifié.


Les acides gras peuvent s’oxyder soit à l’extrémité carboxyle par bêta oxydation en général, soit au milieu de la chaîne pour les acides gars  mono et poly insaturés.


L’oxydation à l’extrémité de la chaîne lorsqu’elle est incomplète, et c’est souvent le cas pour les acides gras de C6 à C12 peut conduire  à la production de méthyl cétones. Ces molécules participent toujours à la note aromatique des fromages, mais dans certains fromages cela devient un marqueur aromatique dominant. C’est le cas des fromages bleus dans lesquels Pénicillium roqueforti est le principal pourvoyeur d’enzymes de ce catabolisme. Des quantités élevées de méthyl cétone peuvent produits dans ce type de fromages, jusqu’à 20 mg/kg.


L’oxydation intra chaîne des acides gras conduit à des composés saturés tel que des aldéhydes et des cétones à nombre pair de carbone ou à des composés insaturés  tel que des cétones ou des alcools insaturés. Certains de ces composés présentent des seuils très bas et être à l’origine de défauts tels que des arômes de carton ou des arômes métalliques. Dans certains fromages ces composés sont recherchés, l’octéne-1-ol-3, à l’exemple des pâtes molles à croûte fleurie.


L’hydrolyse (transformation) des triglycérides. Les lipases sont des estérases qui catalysent l'hydrolyse des triglycérides au niveau des liaisons entre les acides gras et le glycérol. Il en résulte la formation d’acides gras libres et différents glycérides, mono, ou diglycérides et du glycérol si l’hydrolyse est complète. Exemple odeur de rance, arôme de chèvre (4-methyl-octanoïque).


Tout endommagement de la membrane des globules gras exposera les triglycérides à l’attaque des lipases, exemple : l’arôme butyrique du beurre provient de la production d’acide butyrique C4:0 lors du barattage.


La lipolyse dans les fromages est surtout le fait de la LPL naturelle du lait,  des lipases microbiennes de pseudomonas, des geotrichum et des moisissures.


T.3, Hydrolyse  la matière grasse du lait pendant l’affinage

Enzymes principaux ou voie métabolique

 

Source principale d’enzymes

Substrat majeur attaqué

Molécules produites

Lipases

Lait

Moisissures

Pseudomonas

Geotrichum

triglycérides

Acides gars

Triglycérides partiels

Estérases

Pseudomonas

Levures

microcoques

Acides gras

Composés fruités

Esters, acétate d’éthyle

Enzyme par béta-oxydation

P.camemberti

P.roqueforti

Acides gras

Méthylcétone

Alcool secondaire


En conclusion
 : la biodiversité des enzymes du lait cru et celle des micro-organismes sont à l’origine de la typicité aromatique des fromages.


Le rôle de l’alimentation des vaches, brebis et des chèvres dans la qualité sensorielle des fromages et repoussé au second plan, face à cette biochimie des arômes, du principalement au monde microbien.


Mais il faut nuancer ce propos par la catégorie à la quelle appartienne les fromages :


En pâte pressée non cuite (demi-ferme), patte pressée cuite, le rôle de l’alimentation des ruminants est plus élevé, alors  qu’en pâtes molles et lactiques, les enzymes microbiens jouent le rôle majeur dans la formation des arômes. Il faut considérer le rôle de l’alimentation, plus comme un rôle de précurseur que dans un rôle directement aromatique.


Le nombre d’étude consacré à ce sujet est faible au regard des concluions pratiques que l’on pourrait en tirer : Toutes les vaches ne pourraient pas monter en alpage, les cultures d ‘espèces végétales est un facteur limitant, il n’ay pas d’herbe verte toute l’année. Ces arguments tiennent plus à une argumentation marchande qu’à une réelle application pratique.


Il est plus facile de tenir des discours sur les liens entre alimentation et goût des fromages que d’essayer de comprendre la complexité biochimique de l’affinage.

 

Exemples de descripteurs aromatiques et molécules

L’odeur, l’arôme de chèvre

4-éthyl-octanoïque

Acide gras ramifié C8 :0

n-octanoïque (caprylique)

poids moléculaire 144,2

point de fusion +16,5 °C

existe à l’état libre dans le lait (variabilité animale)

libéré par lipolyse enzymatique par Geotrichum candidium essentiellement, amis aussi Yarrowia lipolytica

les pH bas vont favoriser son expression aromatique

L’odeur de champignon : parfois nommé octotenol 1-3. Alcool insaturé à 8 atomes de carbone qui à la saveur du champignon. Métabolisé par Pénicillium caseoculum, il provient de la transformation de l’acide linoléique


Paul Le Mens
Ingénieur en  Science des Aliments
Ingénieur de technologie du lait et des fromages
Spécialiste de l’analyse sensorielle des aliments
plmvtfr@yahoo.fr


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Lundi 25 Août 2008

Eros sous la tonnelle

Fureur des Vivres n° 8,août 2008, les hauts et les bas de la cuisine des vacances

Selon le sociologue Jean-Denis Urbain, il y a de l’érotisme dans le repas vacancier.
 






Eros sous la tonnelle
 
Des souvenirs d’agapes de vacances, sublimes, étranges ou dramatiques, tout le monde en garde quelques-uns dans un recoin de son disque dur intime. C’est que ces repas-là ne ressemblent à nul autre. Qu’il s’agisse du grand dépaysement tant désiré, ou de confortables retrouvailles familiales, amicales ou conjugales, nos papilles attendent toute l’année ces mastications estivales.

 
«Physiquement et psychologiquement, il s’agit en effet de moments très particuliers», affirme le sociologue et ethnologue Jean-Denis Urbain, auteur de plusieurs livres sur le tourisme. «L’été, sous l’effet de la chaleur, les corps se dénudent. Parallèlement, on consomme des produits frais. Voire crus. De la viande saignante. Des tomates bien rouges – ou pomme d’amour. Des pêches juteuses, à la peau si troublante.» Il y a donc comme un souffle érotique qui volette sur la nappe à carreaux. «De la même manière que l’on se dévêt, on souhaite un rapport sans fard, direct et sensuel avec la nourriture.» Sous la tonnelle des vacances, c’est Eros qui nous sert le gaspacho.

 
Cela dit, le processus inverse existe aussi. L’ambiance sexy du repas vacancier peut ainsi se transformer en stress stomacal dans le cas d’un voyage exotique. «Là, au contraire, on peut avoir tendance à appréhender la prise de nourriture», explique le chercheur. «Manger, c’est faire pénétrer un corps étranger dans son propre organisme. L’ingestion de mets inconnus peut donc être vécue comme un viol.» Pas glop. «Du coup, certains vacanciers cherchent à se rassurer, en consommant des plats qui leur sont familiers à des milliers de kilomètres de chez eux.» C’est vrai. Un soir à Mexico, au royaume des tamales et du mole poblano, on se souvient d’avoir vu des Suisses dévorer une... fondue au gruyère. Tout contents, les Suisses.
 
Estèbe
 

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Vendredi 25 Juillet 2008

Les fruits rouges, champions antioxydants !

Fureur des Vivres n° 7, juillet 2008, les fruits rouges

Si vous voyez rouge depuis le début du mois de juillet sur Fureur des Vivres, c'est aux anthocyanes qu'on le doit, ces pigments qui colorent les petits fruits et baies d'été et qui leur confèrent par la même occasion de fabuleuses vertus antioxydantes !
 


Les fruits rouges, champions antioxydants !
 
Qu’est-ce qu’un antioxydant ?
Au niveau de la cellule, l’oxygène, présent pour l’alimenter sous forme d’énergie, intervient dans une chaîne respiratoire qui produit des phénomènes d’oxydo-réduction à l’origine de la formation des radicaux libres. Ces éléments chimiques sont également formés durant des phénomènes pathologiques infectieux, inflammatoires ou de dégénérescence liée à l’âge. La pollution (métaux lourds, rayonnements ionisants…) peut également être à l’origine de ce stress oxydatif au niveau de la cellule.
Les radicaux libres forment entre eux des réactions en chaîne de péroxydation créant de nouveaux radicaux libres. Ces mécanismes sont à l’origine des maladies comme le cancer.
 
Pour «piéger» ces radicaux libres, certains éléments agissent de façon directe ou indirecte : c’est le cas de certaines protéines et d’enzymes, ainsi que d’antioxydants naturels d’origine nutritionnelle. Parmi ces  molécules présentes dans les fruits et légumes, on dénombre essentiellement les vitamines C et E, les caroténoïdes et les polyphénols ainsi que certains oligo-éléments (sélénium et zinc surtout).

 
Polyphénols, flavonoïdes et anthocyanes
Les recherches sur les effets santé des polyphénols ont débuté beaucoup plus tardivement que pour les autres antioxydants, en raison de la très grande diversité de leurs structures chimiques. Plusieurs centaines de molécules ont été identifiées dans les aliments réparties en plusieurs classes : on peut citer ainsi les taninsresponsables de l'astringence de divers fruits (pellicule et pépins du raisin, coing…), les flavanones responsables de l'amertume du pamplemousse (il s’agit de la naringine) et également abondantes dans l'orange, ou encore les flavonols dont est riche l’oignon, surtout le rouge (en quercétine précisément).
Parmi les polyphénols, la grande classe des flavonoïdes regroupent des pigments naturels hydrosolubles produits par les végétaux pour se protéger du soleil et qui remplacent pour partie la chlorophylle. Ils sont notamment responsables de la coloration des feuilles d’automne…
Et parmi ces pigments naturels, les anthocyanes,responsables de la couleur des fruits rouges, offrent une palette large allant du rouge au bleu en passant par les pourpre, rose, violet que l’on trouve en abondance dans la cerise, le cassis, la fraise, la framboise, la groseille, etc…, tous ces petits fruits et baies que l’on trouve durant l’été !
 
Les bénéfices santé des polyphénols
Les polyphénols interviennent dans la prévention de pathologies comme l’artériosclérose, les maladies cardiaques et accidents vasculaires cérébraux, ainsi que dans la prévention des cancers ; sur ce dernier point, les polyphénols interagissent au niveau de la cellule en l’aidant à se protéger contre les radicaux libres, mais on n’en connaît pas à ce jour les mécanismes biochimiques.
Ils ont une action avérée sur le bon fonctionnement des artères, une étude finlandaise venant de démontrer que la consommation de baies permet de diminuer la pression artérielle et d’accroître le bon cholestérol.
De nombreux travaux attestent par ailleurs les effets positifs des polyphénols sur le diabète. Il est probable également que les polyphénols aient une action dans les mécanismes de dégénérescence neurologique, comme les maladies de Parkinson et d’Alzheimer, ils amélioreraient notamment les fonctions cognitives : une étude réalisée sur des rongeurs a montré que les polyphénols accroissaient la mémoire de ces animaux. Il semblerait également qu’ils aient une action anxiolytique ! Comme le chocolat, les fruits rouges calmeraient-ils et diminueraient-ils l’anxiété ?
Enfin, certains polyphénols auraient une action sur la vision, prévention des dégénérescences maculaires liées à l’âge et de la cataracte. On a même dit que la myrtille favorisait la vision nocturne !
Les polyphénols favorisent également l’action de la vitamine C, autre anti-oxydant, et ralentissent la destruction de ce nutriment fragile.
 
Quels sont champions antioxydants ?
La plupart des caractéristiques sur la santé ont été réalisées in vitro (en laboratoire), et non in vivo sur le corps humain. Comme souvent les tests cliniques grandeur nature (sur 10 voire 20 ans) sont odieusement chers… Certains résultats scientifiques sont donc à déchiffrer avec précaution. Et comme les études n’en sont qu’aux balbutiements, il n’y a pas à ce jour de recommandation officielle en la matière.
Il existe en revanche des tables de composition qui synthétisent la richesse en polyphénols de certains fruits et légumes (celle mise en ligne d’ici la fin du mois de juillet sur le site de l’Afssa – Agence française de sécurité sanitaire des aliments), ou encore des évaluations sur le potentiel d’oxydo-réduction (indices ORAC, capacité d’absorption de l’oxygène radicalaire), donc la valeur antioxydante de ces aliments. Il existe d’autres indices, le «TAC» ((de l’anglais Total Antioxidant Capacity - capacité antioxydante totale) exprime de 1000 à 1999 µmol une «forte capacité antioxydante», et de 2000 à 14000 µmol une «très forte capacité».
 
Les anthocyanines des baies rouges et noires ont un fort pouvoir antioxydant. Selon une étude, sur 150 flavonoïdes, ce sont eux qui auraient la plus forte capacité antioxydante… Parmi les aliments à fort indice ORAC figurent en effet nombre de baies et petits fruits rouges. Les plus sombres sont les plus riches en composés antioxydants : comme signalé dans le tableau (incomplet) ci-dessous, les meilleurs protecteurs sont les myrtille, cassis, canneberge (ou cranberry, quoique ces variétés ne soient pas forcément identiques), fraise, framboise, groseille, mûre, mais aussi le bleuet canadien, la framboise noire, également une baie canadienne, l’aronie, très courante en Scandinavie ou encore la baie de sureau, commune de nos sentiers… qui pour être plus «rares» semblent encore plus protectrices que les premières…
Riche en tanins (140 mg aux 100 g), en vitamine C et en anthocyanes (jusqu’à 400 mg aux 100 g), retenons le cassis comme le champion des polyphénols, section fruits rouges «classiques» européens, car la baie de sureau semble lui être encore supérieure !
 
Une table récapitulative est actuellement à l’étude à l’INRA, qui définirait la quantité totale de polyphénols sur plusieurs centaines d’aliments. Pour l’heure, voici quelques résultats…
 
 
Indice
ORAC
Polyphénols totaux
(mg/100g de fruits frais) *
Indice TAC
(µmol)
Cassis
 
580
 
Myrtilles
2 400
 
 
Mûres
2 036
 
7 701
Canneberges
1 750
 
 
Fraises
1 540
288
5 938
Framboises
1 220
464
6 058
Groseille
 
475
 
Prunes
949
 
 
Avocat
782
 
 
Oranges
750
 
 
Raisins rouges
739
 
 
Cerises
670
 
 
Kiwi
610
 
 
Pamplemousse rose
495
 
 
Raisins blancs
460
 
 
*Table de composition nutritionnelle des aliments Ciqual 2008, mise à disposition par l’Afssa, Agence française de sécurité sanitaire des aliments
 
 
Comment optimiser les capacités antioxydantes des fruits rouges ?
Des fruits à pleine maturité sont plus colorés et contiennent donc plus d’anthocyanes : consommons donc des fruits mûris naturellement au soleil plutôt qu’artificiellement dans leur barquette cartonnée ! Cueillons-les si possible, les baies sauvages, les myrtilles notamment, contiendraient davantage de polyphénols que les myrtilles cultivées. Sinon, achetons-les bio : les fruits et légumes cultivés de façon raisonnée, sans usage des pesticides contiendraient davantage de composés antioxydants que les produits traités.
 
Sachons les conserver dans de bonnes conditions : les baies d’été sont fragiles et leurs nutriments, vitamine C et polyphénols se dégradent vite. Il est impératif de les garder au frais et de les consommer rapidement. La congélation (plutôt que surgélation…) des fruits rouges ne semblent pas influer négativement sur la vitamine C ou le taux de polyphénols. A contrario, elle permet de stopper leur dégradation.
 
Les fruits rouges sont à consommer crus car la cuisson détruit les polyphénols comme la vitamine C.
 
L’idéal est de combiner des composés antioxydants de différentes natures (flavonoïdes, tocophérols, caroténoïdes, vitamine C…) qui interagissent et se combinent entre eux pour renforcer leur action et lutter efficacement contre le stress oxydant.
 
La logique voudrait donc que l’on couple les fruits à fort potentiel antioxydant pour bénéficier pleinement de leurs vertus. Toutefois, des prescriptions importantes et concentrations excessives de polyphénols auraient un effet toxique sur l’organisme. De la mesure donc, comme en toute chose : marions les fruits riches en polyphénols avec ceux en vitamine C (ce qui est souvent le cas, la nature est bien faite) ! Diversifions notre alimentation pour apporter toutes les classes d’aliment et nourrir notre organisme avec tous les nutriments précieux, nutritifs et protecteurs dont il a besoin ! Enfin, profitons de la saison des baies d’été, trop courte, et sachons apprécier, au-delà de leurs bienfaits sur la santé, ce plaisir de pure gourmandise qu’ils procurent !
 
Tiuscha
 
Merci à Augustin Scalbert, responsable de recherche à l'INRA de Clermont-Ferrand, en espérant avoir rapporté ses propos sans erreur, avec clarté et concision…

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Lundi 09 Juin 2008

Faut-il manger cru ?

Fureur des Vivres n° 6, juin 2008, le cru

Manger cru est l’apanage de certains courants «d’alimentation naturelle» qui prônent un retour à l’alimentation originelle : crudivorisme, «alimentation vivante», instinctothérapie se développent sur une base éthique autant que diététique qui consiste à ne manger que du vivant en renouant avec un mode d’alimentation ancestral, préhistorique.

Faut-il manger cru ?

Avant la conquête du feu qui aurait perverti notre instinct et modifié durablement notre façon de manger… Se nourrir d’aliments cuits, sans enzymes, c’est se nourrir d’aliments morts et déjà en voie de putréfaction, qui n’auraient qu’un effet de dégradation sur notre propre organisme*…  
 
Faudrait-il donc ne se nourrir que de cru ? Quels sont les avantages et inconvénients de manger cru ?
 
Manger cru permet de conserver intacts les vitamines, sels minéraux et enzymes «vivantes» que contiennent les aliments, avec leur peaux, là où se concentrent ces nutriments bénéfiques (donc de préférence bio !), et sous réserve bien entendu de leur intégrité. Car, concernant les vitamines en général et la vitamine C en particulier, la plus fragile, elles se détériorent naturellement avec le temps ! Stocker au frais permet de les conserver plus longtemps, à condition qu’il ne s’agisse pas de fruits tropicaux, comme l’ananas, la banane ou… la tomate !
Cette dernière est bien un fruit tropical, et s’il est de notoriété de la stocker à température ambiante, l’intérêt n’est pas uniquement gustatif mais aussi nutritionnel : au froid, elle développe un stress oxydatif, et la vitamine C s’y détériore plus vite. Au-delà d’une température moyenne de 10-12°C, elle se détériore également, pour la raison inverse…
 
Certains fruits et légumes supportent le froid, d’autres pas. Mais aucun n’apprécie être entamé et conservé, même au frais, trop longtemps : là encore, la vitamine C est la première à disparaître. L’oxydation enzymatique s’effectue en fonction de divers paramètres : température de conservation, de cuisson, intégrité des aliments mais également délai de conservation. Les vitamines et sels minéraux s’altèrent nécessairement au fur et à mesure, par oxydation naturelle… Il est donc important de les manger rapidement. Attention également aux bains de rinçage des végétaux ! Une trop longue stagnation risque de dissoudre les vitamines…
Manger cru ne garantit donc pas à 100 % de faire le plein de ces nutriments fragiles mais optimise leur assimilation, c’est une évidence.
Notons toutefois que chaque composé minéral, chaque vitamine a un seuil de destruction propre et que nombre d’entre eux supporte parfaitement une cuisson douce.
 
Durant la cuisson à l’eau, les vitamines sont dissoutes dans le bouillon et à moins d’en boire le jus (faites-le, c’est nutritif et hydratant !) ou de l’utiliser en le mixant avec les légumes cuits pour une soupe nutritive, la perte est sèche. Quant aux sels minéraux, ils précipitent à certaines températures et deviennent moins assimilables, d’après Katia Tardieu, diététicienne libérale.
En matière de cuisson, la vapeur reste le mode de cuisson optimal pour conserver un maximum de sels minéraux et de vitamines, mais une cuisson étuvée (ces deux modes de cuisson ont lieu à environ 90°C), à feu doux et à couvert, est tout à fait acceptable ! A proscrire : les très hautes températures qui n’ont absolument aucun intérêt nutritionnel ; bien au contraire, elles peuvent s’avérer nocives…
 
L’action des enzymes vivantes, des vitamines et sels minéraux d’un régime «tout cru» permet de «détoxifier», de nettoyer l’organisme en favorisant l’élimination des toxines. La satiété est aussi plus grande, car la digestion des fibres crues est plus longue. Du coup, certains en font le régime «minceur» par excellence. Alors en cure ponctuelle ? En attaque avant la saison estivale et le prétendu bikini à arborer ?
 
L’inconvénient de ne manger que cru est de se priver d’autres nutriments qui ne peuvent être assimilés que cuits, comme les protéines, animales et végétales, les glucides complexes des céréales et l’amidon des pommes de terre. Il existe également d’autres catégories de micro-organismes salutaires, comme le lycopène (le pigment rouge) contenu notamment dans la tomate (mais aussi dans la goyave, le pamplemousse rose) : des chercheurs ont constaté une plus grande biodisponibilité du lycopène dans la tomate cuite et cuisinée (soupe, sauce..), qui plus est, en présence de lipides, que dans la tomate crue. D'une manière générale, la transformation et la cuisson des fruits et légumes améliorent la biodisponibilité des caroténoïdes (pigments des végétaux), qui sont peu sensibles à la chaleur. L'alpha-carotène et la lutéine affichent ainsi une meilleure biodisponibilité lorsqu'ils sont consommés sous forme de jus de légumes ayant subi un traitement thermique qu'après la consommation des mêmes légumes entiers, crus ou cuits. Associés entre eux ou avec d’autres sources anti-oxydantes (la vitamine E), les caroténoïdes s’avèrent de sérieux atouts contre les dégénérescences cellulaires, notamment maculaires ; de là parler d’anti-cancer…
 
Par ailleurs, l’action de la cuisson permet d’adoucir les fibres et d’en faciliter leur digestion. Manger tout cru peut provoquer des fermentations, causant ballonnements et irritations de l’intestin, et l’on a vu des personnes ayant mangé majoritairement cru durant plusieurs années révéler des pathologies digestives importantes. Enfin, la cuisson détruit les enzymes, les bonnes comme les nocives (car il n’y a pas que des enzymes favorables à l’organisme !), de même qu’elle détruit les parasites.
Il n’est donc pas conseillé de manger tout cru pour certaines populations à risque, comme les personnes âgées, les femmes enceintes et les enfants en bas âge (les bébés ont un système digestif irrité lorsque l’alimentation est trop riche en crudités et l’introduction de ces dernières ne se fait qu’au compte-goutte, bien après l’alimentation cuite…).
 
En matière de nutrition, les excès sont souvent préjudiciables. La position officielle en matière de cru et de cuit, la plus raisonnable, la plus saine, et la mieux partagée par le plus grand nombre, celle notamment de l’ADLF, association française de diététiciens, est évidemment de panacher le cru et le cuit !
 
*Une étude menée en 1930 par Paul Kouchakoff, de l'Institut de Chimie Clinique de Lausanne, apporte de l’eau au moulin du crudivorisme en dévoilant le processus de «leucocytose digestive». Selon cette étude, les aliments ingérés cuits provoqueraient une hausse des globules blancs, plus forte selon la violence de la cuisson (la vapeur, étant plus douce que la cuisson sous pression, sans parler des hautes températures…) ; par ailleurs, l’étude aurait montré que cette agression serait atténuée par l’ingestion de crudités avant la consommation de légumes cuits à la vapeur. En intervertissant l’ordre de ces aliments durant le repas (cuits puis crus), l’organisme serait moins apte à se défendre contre cette agression du «cuit».
Nb : cette étude n’a pas été vérifiée «officiellement»
 
Remerciements à Katia Tardieu, diététicienne libérale membre de l’ADLF, et à Catherine Renard, responsable de recherche à l’INRA-Avignon.
 
Tiuscha
 

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Vendredi 02 Mai 2008

L'indice Big Mac

Fureur des Vivres n° 5, mai 2008, les nourritures vagabondes

Les étudiants de l’ISEG Bordeaux travaillent toute l’année sur l’alimentation et la nourriture. Ils organisent aussi un évènement «La Victoire à Table» auquel Fureur des Vivres a participé avec Olivier et Ségolène. En échange, ils nous fournissent 2 articles. 


L’indice Big Mac

L’indice Big Mac est une mesure de parité de pouvoir d'achat (PPA), inventée par le magazine The Economist en 1986.
 
Ce qui a poussé les économistes à trouver un nouvel indice de mesure du pouvoir d’achat est le fait que les organismes chargés d’effectuer cette mesure sont obligés de choisir des milliers de produits assez différents d’un pays à un autre. Pour le Big Mac les choses sont bien différentes : le coût de fabrication d’un Big Mac est quasiment le même pour tous les pays et aussi on trouve des Big Mac dans à peu près tous les pays du monde. C’est donc un indice universel. Voici le tableau tel qu’il a été mis à jour en 2007. Voir tableau ci-contre en cliquant dessus pour l'agrandir. 
 
Ce classement permet aussi de voir en un clin d'œil le niveau de vie dans ces pays. Ainsi, l'indice a aussi été utilisé par l'Union de Banques Suisses (UBS) pour mesurer le niveau de vie des villes, en établissant un classement du temps de travail nécessaire pour l'achat d'un bien de consommation déterminé. En 2006, il a fallu travailler 35 minutes au niveau mondial, 13 minutes à Chicago, 21 minutes à Paris ou 90 minutes à Nairobi, pour pouvoir acheter un Big Mac. Le classement permet d'établir clairement et simplement des écarts importants.
 
Néanmoins, cet indice ne permet pas de voir la répartition des coûts, souvent très inégaux selon les pays (travail, agriculture, transport, etc.), avant qu’un produit à première vue d’aspect et d’odeur identique dans le monde entier n’arrive sur le comptoir.

Adrien Fere, Bertrand Majet, Stanislas Decaux, Maxime Miard et Pierre Boulart
Etudiants de l'ISEG Bordeaux - ISEG Programme SUP 1ère année

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Mardi 08 Avril 2008

L’amer c’est bon !

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

Les plantes amères sont souvent des poisons. Cela évoque la cigüe de Socrate, les potions mortelles d’Agatha Christie, les flèches empoisonnées de nos lectures d’enfant, les préparations des sorcières qui emportaient les secrets de fabrication dans les flammes des bûchers et les parapluies bulgares. 

L’amer c’est bon !


Armoise de mon jardin

Sur environ 10 000 plantes comestibles, 5 % sont dangereuses pour l’homme et la plupart sont amères. Dans l’imaginaire collectif, les plantes amères, difficiles à manger sont donc dangereuses. C’est d’ailleurs souvent le goût très désagréable qui protège de l’empoisonnement. Cependant, utilisées à des doses très calculées, les plantes amères peuvent se révéler extrêmement bienfaisantes pour les humains comme pour les animaux.


Absinthe de mon jardin
 
En herboristerie, les amers ou toniques amers sont bourrés de qualités, c’est le cas de l’absinthe, de la rue, de la morelle douce amère, de la quinine… et de la ményanthe ou trèfle d’eau qui contient un amer pur très actif, indécelable au goût et à l’odeur. Rangés dans la catégorie des toniques généraux, ils sont bénéfiques pour de multiples maux et depuis toujours utilisés en médecine pour combattre les faiblesses cardiaques, les fièvres et les vers. L’amertume a aussi des qualités digestives et agissent sur le foie, c’est pour cela qu’elles sont appelées cholagogues et cholérétiques ; l’amer de la plante agissant sur la bile. L’absinthe et les armoises, la gentiane et les centaurées, la rue et l’artichaut entrent dans la composition de nombreuses boissons apéritives ou digestives.

Certaines sont mortelles si elles sont ingérées à hautes doses comme la grande cigüe, l’aconit, la tanaisie, la morelle noire.
 

Pissenlit "dent-de-lion" de mon jardin

Pourquoi ces plantes à l’aspect si inoffensif peuvent-elles devenir si dangereuses ? Parce qu’elles contiennent des alcaloïdes puissants, donnant le goût amer, qui selon les dosages sont bénéfiques pour traiter certaines maladies, ou toxiques voire mortels. Les alcaloïdes sont des substances organiques, principes actifs dans le traitement thérapeutique de certaines maladies. Les plantes amères étaient donc très utilisées en médecine, autrefois on disait même que plus c’était mauvais, plus c’était efficace. En herboristerie et en phytothérapie, on utilise les extraits bruts des plantes qui sont les constituants solubles, les principes actifs sont isolés par des procédés chimiques et cette opération relève davantage de l’industrie pharmaceutique.
Maintenant on a oublié la saveur amère des médicaments enveloppés dans des capsules. Mais interrogez des gens plus âgés ou ayant vécus à la campagne, ils se souviendront des infusions vermifuges de la fin de l’été et autres tisanes pour soigner fièvres et toux qui les ont dégoutés pour longtemps de l’âcre, de l’acerbe, de l’astringent, du tannique, leur laissant un goût d’amertume dans la bouche.

Ségolène

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Lundi 07 Avril 2008

A la recherche des papilles de l’amer

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

Nous sommes plus sensibles à la saveur amère qu’aux autres saveurs, tout en ayant du mal à définir les sensations ressenties, c’est un mystère que nous allons tenter de comprendre. Avec en préambule un rappel du fonctionnement physico-chimique du goût.

 

A la recherche des papilles de l’amer

Le goût est l’ensemble des perceptions que l’on ressent quand on met un aliment en bouche. En Occident, nous avons déterminé quatre saveurs principales que nous percevons facilement : le salé, le sucré, l’amer et l’acide auquel nous avons rajouté l’umami. Ces quatre saveurs sont des opérateurs culturels à la finalité descriptive assez vague puisque certains aliments n’ont aucun de ces goûts, peu d’aliments sont mono-saveur, beaucoup dégagent plusieurs saveurs en même temps voire une suite ininterrompue de saveurs, c’est ce qu’on appelle le continuum.
 
Définition d’une physiologie du goût
Les saveurs et les goûts sont rattachés aux stimuli qui activent les bourgeons du goût sur la langue et qui déclenchent les sensations. Les bourgeons du goût peuvent distinguer et différencier une infinité de saveurs. Les organes de la gustation sont situés très généralement dans la cavité buccale et à l’entrée du tractus alimentaire. Les papilles gustatives sont disséminées sur les muqueuses de l’épiglotte et du pharynx et sont concentrées sur la langue. Ces papilles sont groupées en quatre types :
  • Fongiformes, contiennent peu de bourgeons du goût et sont concentrées principalement à la pointe, puis parsemées jusqu’au 2/3 de la langue.
  • Foliées, situées sur les bords latéraux postérieurs de la langue contiennent une douzaine de bourgeons du goût.
  • Caliciformes,situées au fond de la langue et contiennent environ un millier de bourgeons du goût.
  • Filiformes, ces dernières sans papilles gustatives n’ont qu’une fonction tactile.

Dessin Ségolène

Dans les papilles, l’organe gustatif proprement dit est le bourgeon du goût, corps ovoïde composé des cellules de soutien et de réception : les cellules gustatives. Celles-ci sont pourvues de fibres qui pénètrent dans les pores gustatives et sont en rapport, au pôle opposé, avec la fibre nerveuse sensorielle.
Les lèvres, la langue et les muqueuses buccales sont capables de déchiffrer bon nombre de stimuli, qui contribuent à définir le goût d’un aliment mais qui ne sont en aucun cas une saveur, puisqu’ils font appel à d’autres sphères sensorielles. Parmi eux, les principaux sont
  1. les stimuli tactiles qui permettent de déterminer la texture et la température des aliments ;
  2. stimuli chimico-physiques qui font ressentir l’astringence, l’alcalinité… ;
  3. ceux dus à la sensibilité olfactive rétro nasale liés aux odeurs et arômes de bouche ;
  4. stimuli « d’arrière-goût », forme de continuum.

Dessin Ségolène

Souvent la désignation « le goût de… » désigne à la fois le goût et l’arôme que l’on appelle « flaveur ». En réalité, les arômes sont les odeurs en bouche qui contribuent aux sensations gustatives. Les arômes en bouche sont perçus grâce aux récepteurs des muqueuses olfactives qui captent l’air qui passe dans les narines, grâce aux poils du bulbe olfactif « détecteurs » d’odeur et surtout grâce à l’olfaction rétro-nasale ou rétro-olfaction. Lorsqu’on est enrhumé et que l’on a le nez bouché on ne perçoit plus ces arômes, ce qui montre l’importance des muqueuses dans la perception des arômes.
 
La définition donnée par Brillat-Savarin qui décomposait le goût en trois étapes :
 
  • une sensation gustative complète quand la saveur passe dans l’arrière bouche
  • une sensation gustative directe sur la pointe de la langue,
  • une sensation réfléchie qui correspond au jugement personnel.
est toujours d’actualité sauf en ce qui concerne les localisations sur la langue. La détermination empirique de la position exacte sur la langue des récepteurs sensoriels pour les quatre saveurs primaires (doux, salé, acide, amer) se révèle plus difficile que ne le laissent présager les manuels scolaires. Des données moléculaires et fonctionnelles récentes ont démontré que différentes papilles ne sont pas sélectrices d’un type de goût. Par conséquent l’ancienne carte des papilles réceptrices des saveurs est obsolète.
 
La détection de l’amer
Lorsque nous découvrons un goût, le message sensoriel que nous envoient les papilles gustatives est une information sur les propriétés chimiques des aliments qui reste cependant floue. Réceptionnée par les neurones, ce message prend forme et devient une image sensorielle, mise en mémoire à l’intérieur du cerveau dans l’hypothalamus où elle sera intégrée et stockée, elle intégrera enfin notre conscience. L’hypothalamus est aussi le gardien du contexte dans lequel a été ingéré l’aliment, dans un contexte agréable l’aliment est apprécié, à contrario des circonstances pénibles, une mauvaise digestion peuvent entrainer une aversion de l’aliment ; l’interdit le plus fort étant celui du aux tabous religieux qu’il est difficile de briser. Le goût est comme un gardien de notre alimentation, autorisant ce qui est bon et connu, rejetant ce qui est mauvais et inconnu.
 

On sait maintenant que cette localisation de perception des saveurs est fausse, excepté pour l'amer. Dessin Ségolène.

Les substances les plus amères sont produites par les plantes qui utilisent l’amer comme une défense contre les prédateurs herbivores et des agents pathogènes même si beaucoup d’organismes, dont l’homme, ont évolué en apprenant à les détoxifier. Les substances amères ne sont acceptées qu’à très basses concentrations. Il y a deux types de récepteurs, importants pour le goût, qui transmettent les informations, celles qui concernent l’amer sont les GPRCs (G Protein Coupled Receptors). Quand les récepteurs rencontrent un message sensoriel, une enzyme est activée, envoyant un second message dans les papilles. Ce second message déclenche une cascade de réactions qui, en retour, libère les neurotransmetteurs avec la production de stimuli nerveux.

L’amer est une barrière à l’ingestion d’un très grand nombre de composés de structures différentes. Tous ces composés suscitent la même réaction traduite comme amer sans plus de précision. Les chercheurs ont identifié environ 30 récepteurs qui sont tous quelque peu dissemblables, marquant, par exemple, une variabilité de 10 à 75% dans les compositions amino-acides, qui seuls répondent à des milliers de composés amers structurellement différents, chaque récepteur répond à un certain nombre de composés. Divers récepteurs utilisent probablement aussi divers systèmes pour transmettre les réponses sensorielles aux stimuli nerveux, mais ces mécanismes ne sont pas encore maintenant expliqués avec certitude.
 
La sensibilité à l’amer.
Les individus ont des sensibilités différentes aux saveurs amères. Cette variabilité est provoquée par la sensibilité à l’amer de certaines substances, le phénylthiocarbamide et 6-n-propyl thiouracil, due à la présence d’un récepteur particulier de l’amer. On a découvert qu’une personne sensible à ces deux substances possède une plus grande densité de papilles fongiformes et est par conséquent plus sensible à la fois aux substances amères et sucrées. Le rejet de l’amer et de l’astringent diminue, en général, avec l’âge. Heureusement car l’amer est la saveur de nombreux végétaux riches en polyphénols, flavonoïdes, isoflavones, terpines et glucosinates que l’on trouve dans les plantes amères et tanniques. Il faut développer l’éducation au goût de l’amer qui encourage la consommation d’aliments riches en micronutriments et antioxydants dont notre organisme a besoin et qui présentent un intérêt considérable.
 
Rien n’est inné, on ne peut parvenir à une connaissance et une maîtrise des goûts et des saveurs que par un long apprentissage. Car ainsi que l’écrivait Jean-Anthelme Brillat-Savarin dans la deuxième méditation de la Physiologie du Goût
«Le goût paraît avoir deux usages principaux :
1° Il nous invite, par le plaisir, à réparer les pertes continuelles que nous faisons par l’action de la vie.
2° Il nous aide à choisir, parmi les diverses substances que la nature nous présente, celles qui sont propres à nous servir d’aliments.
Dans ce choix le goût est puissamment aidé par l’odorat […] ; car on peut établir, comme maxime générale, que les substances nutritives ne sont repoussantes ni au goût ni à l’odorat.»
 
Ségolène
 

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Vendredi 04 Avril 2008

Les dents de l’amer

Fureur des Vivres n° 4, avril 2008, l'amer

Pourquoi cette saveur-là rebute-t-elle les palais non initiés? Réponse circonstanciée et biologique.

 



 

Les dents de l’amer

L’amer est une saveur qui traîne plein de casseroles. Une saveur qu’on n’apprécie pas spontanément. D’ailleurs, si 98% des marmots raffolent du sucré (ce qui n’est nullement une statistique scientifique, mais une constatation intuitive autant que personnelle), ils se mettent à piailler pour un peu que leurs tendres gosiers rencontrent un aliment vaguement amer. Le salé et l’acide aussi, deviennent vite les copains des mômes. Mais pas l’amertume. Voilà une saveur d’adulte. D’affranchi. De connaisseur. Qui exige un apprentissage. Pourquoi?
 
Frédéric Brochet, vigneron dans le Poitou, biochimiste et auteur de travaux scientifiques sur la dégustation, éclaire notre lanterne. «C’est une saveur effectivement porteuse de tabou. Elle est associée à la caféine, théine et autres alcaloïdes, substances qui peuvent être toxiques. Pour se prémunir du danger qu’elles représentent, l’évolution nous a pourvus de détecteurs susceptibles de les déceler, pour rejeter les aliments qui les contiennent. Un principe de précaution pour l’espèce, en somme.»

Les papilles sensibles à l’amertume, les papilles caliciformes ­ (soit en forme de calice, manquait plus qu’un éclairage biblique dans cette histoire) se situent au fond de la langue. «Ce sont les derniers remparts avant la déglutition», explique Frédéric Brochet. «Elles nous envoient un message primitif du genre Stop, ne pas avaler. C’est donc une saveur d’initiation, à conquérir à son corps défendant, littéralement.»
 
De là à voir le goût pour l’amertume comme un signe de civilisation il n’y qu’un pas. Pensez-y la prochaine fois que vous braiserez des endives.
 
Estèbe
 

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Mardi 29 Janvier 2008

A la recherche du goût perdu… ou la mémoire du goût.

Fureur des Vivres n°1, janvier 2008, les légumes oubliés

Fureur des Vivres ouvrira régulièrement ses colonnes à des auteurs qui ont quelque chose à dire. Ce mois-ci c'est Tiuscha qui a souhaité s'y coller. Qui est-elle ? Elle se présente elle-même :

"Passionnée par tout ce qui touche de près ou de loin à la gastronomie et au vin, curieuse et éclectique, Tiuscha est auteur de deux blogs : Saveur Passion, généraliste, multiple, gourmand, se veut autant un espace créatif qu’informatif ; Trois petits tours et cuisinons ! est un blog ludique de cuisine pour enfants car l’apprentissage du goût est un cheval de bataille quotidien, surtout quand on a des filles en bas âge !"

 

A la recherche du goût perdu… ou la mémoire du goût.

Aujourd’hui, il n’est question ni de crosnes, ni de panais, ni de vitelottes, mais de la mémoire du goût. Le thème est certes un peu éloigné du sujet du mois mais Fureur des Vivres est un magazine ouvert et curieux ! Or, parler de légumes oubliés, c'est-à-dire qui ont déserté nos fourneaux pour diverses raisons (le topinambour, haï parce que consommé durant une période noire de guerre et de faim, a volontairement été oublié !), c’est soulever cette notion de mémoire du goût, mémoire collective comme individuelle, puisque la première est souvent la somme des secondes…
Aujourd’hui, il est question de science plus que de gourmandise !
 
Le phénomène de la mémorisation des odeurs et des saveurs est un thème extrêmement riche qui relève à la fois de la psychologie et de la neuroscience lorsque l’on étudie un individu en tant « qu’animal », mais aussi, dans le cas du groupe social, de la socio-anthropologie, de l’histoire, voire de la botanique, de l’économie et de la chimie ! La difficulté de mener des études scientifiques sur la mémoire du goût s’explique évidemment par la durée nécessaire à certains domaines de recherche ainsi que par la nécessité de recourir à des équipes pluridisciplinaires.
 
La zone du cerveau qui régit la mémoire du goût semble être le cortex orbito-frontal, étudié à ce titre de près par les chercheurs du goût. Rappelons que la gustation est physiologiquement liée au système olfactif : l’identification d’un aliment s’effectue par l'olfaction captant les arômes et les odeurs, la gustation détectant les saveurs et la somesthésie ressentant le frais, le piquant, le pétillant ou la texture. Si bien que la mémoire du goût ne peut s’étudier qu’en prenant en compte l’ensemble de ces données.
Grâce aux progrès de l’imagerie médicale (IRM, scanner), la recherche en la matière a permis d’identifier un certain nombre de faits : la mémoire du goût, du ressort de la mémoire « implicite » (spontanée, qui ne nécessite pas d’efforts contrairement à la mémoire « intentionnelle ») est un processus identique quels que soient le sexe et l’âge.
 
Le processus de mémoire du goût utilise deux systèmes mnésiques qui se complètent et s’enrichissent : la mémoire "épisodique" qui stocke les souvenirs autobiographiques ("les huîtres que j'ai mangées il y a deux ans dans un restaurant m'ont rendues malade") et la mémoire "sémantique" qui stocke les connaissances générales ("les huîtres sont des fruits de mer, au goût salé et se mangent en général crues"). Et la mémoire donne du sens à l'expérience sensorielle brute qui, elle-même, vient nourrir la mémoire de l'individu !  
Par ailleurs, la mémoire du goût semble être étonnamment plus efficace dans l’identification des différences gustatives que des ressemblances. Ainsi, lors d’une étude menée par l’INRA de Dijon, les dégustateurs ont su indiquer ce qu’ils n’avaient pas l’habitude de consommer tandis qu’ils n’ont pas su reconnaître ce qu’ils avaient l’habitude de consommer ! La mémoire des aliments aurait donc un fonctionnement spécifique et différent des autres schémas de perception, notamment visuel et verbal pour lesquels on observe une meilleure détection des ressemblances que des différences.
 
Mais surtout, la mémoire du goût est fortement subordonnée au contexte émotionnel (cf le rejet des topinambours par nos parents ou grands-parents). La « madeleine de Proust » repose précisément sur cette dimension émotionnelle : les fragrances de la pâtisserie bosselée font ressurgir chez le personnage les souvenirs de sa « tante Léonie », de sa maison, de son ancienne vie en province. Mais, en réalité, c’est la puissance affective de ses souvenirs qui les a révélés à sa mémoire, via l’odeur de la madeleine, medium et créatrice d’émotions ! Plus cette émotion lors de la première dégustation est forte, plus la mémoire fera saillir odeurs et saveurs, et ce avec d’autant plus d’intensité et de rapidité, lors de la deuxième.
 
L’oubli est un phénomène très controversé en psychologie. Oublier une saveur est a priori un non sens. Seuls les gens qui souffrent d’agueusie (perte du goût) ou d’anosmie (perte de l’odorat) peuvent véritablement oublier une saveur s’ils en ont perdu durablement le sens. En dehors de ces cas assez rares, et qui relèvent de la médecine (comme la maladie d’Alzheimer dont la perte de l’odorat serait un des tout premiers signes), il existe un temps de latence entre le moment où l’on a goûté un mets et celui où on le savoure à nouveau et il se peut même que l’on ne le déguste plus jamais de sa vie, sans pour autant qu’il s’agisse d’oubli (c’est bien entendu le cas de la madeleine…). Il s’agira alors juste d’une saveur enfouie dans la mémoire.
 
Un phénomène de « remise à jour » influe également sur la mémoire ; il ne modifie pas notre souvenir mais notre échelle de valeur gustative : au goût du pain dégusté dans notre enfance (et qui n’existe plus car la technologie s’est chargée de modifier nombre d’aliments) se substitue celui du pain mangé aujourd’hui.  Cette mise à jour est amplifiée, entérinée par un processus d’accoutumance qui guide nos préférences en matière de goût : nous nous habituons très vite à une saveur donnée !
 
La mémoire du goût est donc infiniment sélective, soumise aux émotions et sujette aux impacts socio-culturels. Car le social influe sur notre perception gustative, et donc indirectement, sur notre mémoire du goût, notamment sur notre « mémoire sémantique ». L’expérience gustative individuelle se partage avec des membres d’une même unité sociale (famille, voisins, communauté d’un village entier), et se transmet au cours de l’apprentissage du goût de la mère au bébé (à ce stade de l’évolution du petit d’homme, in utero, puis lors de l’allaitement, c’est l’odorat qui guide cette mémoire). Mais, surtout, cette mémoire collective du goût et les sensibilités olfacto-gustatives sont pour l'homme (comme pour toutes les espèces animales) une nécessité vitale ; le rappel d’une expérience désagréable (malaise) mène à l’évitement de l’aliment tandis que le rappel d’une expérience agréable (rassasiement, plaisir) conduit à la consommation de l’aliment. Ainsi, notre aptitude à détecter, analyser puis se rappeler, individuellement et enfin à plusieurs, les aliments sains et les aliments nocifs voire mortels, est essentielle à la survie de l’espèce !
 
Sources :
- interview de Claire Sulmont-Rossé, responsable de recherche de l’unité "Flaveur, Vision, Comportement du consommateur" à l’INRA de Dijon.
- discussion avec Nicolas Herpin, sociologue à l’OSC (Observatoire Sociologique du Changement)
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